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Si vous êtes une femme et que vous osez regarder à l’intérieur de vous-même, alors vous êtes une sorcière.

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Les amitiés, les amours, les réflexions gagnent en amplitude, s'épanouissent, s'affinent, s'enrichissent. Le passage du temps procure la même impression que lors d'une marche en montagne, quand vous approchez du sommet et que vous commencez à pressentir le paysage que vous découvrirez de là-haut. Il n'y aura sans doute jamais de sommet, on mourra sans l'avoir atteint, mais la simple sensation de sa proximité est grisante.

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De nos jours, rien n'est plus mensonger que cette étiquette " pro-vie " dont s'affublent les militants anti-avortement : un grand nombre d'entre eux sont sont aussi favorables à la peine de mort ou, aux Etats-Unis, à la libre circulation des armes ( plus de quinze mille morts en 2017 ), et on ne les voit pas militer avec autant d'ardeur contre les guerres, ni contre la pollution, dont on estime qu'elle a été responsable d'une mort sur six survenues dans le monde en 2015. La " vie " ne les passionne que lorsqu'il s'agit de pourrir celle des femmes.

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Si vous vous donnez la priorité, vous pourrez emprunter des chemins incroyables. Bien sûr, les gens vous traiteront d’égoïste. Mais non. Vous avez des capacités. Vous avez des rêves83. »

Au sein des classes moyennes et supérieures, nombre de mères renoncent à faire pleinement usage de l’éducation qu’elles ont reçue pour se consacrer à celle de leurs enfants, qu’elles veulent la meilleure possible, et cette abnégation révèle une contradiction fondamentale. Le temps, l’argent et l’énergie dépensés pour assurer la réussite et l’épanouissement des petits traduisent, au moins de manière implicite, l’espoir qu’ils accompliront de grandes choses. Les nombreux psychologues, auteurs et éducateurs qui proposent de repérer et d’aider les enfants surdoués, ou à « haut potentiel », confirment l’omniprésence de cette préoccupation. On peut en déduire l’existence d’un large consensus quant à l’importance de la réalisation de soi et à la légitimité du besoin de reconnaissance. Et, bien sûr, ces efforts concernent autant les petites filles que les petits garçons. Personne n’assumerait un traitement différencié : nous ne sommes plus au XIXe siècle. Pourtant, si plus tard ces petites filles ont elles-mêmes des enfants, il est probable qu’une partie de ces ressources auront été dépensées en vain. Lorsqu’elles arriveront à l’âge adulte, soudain, par un étrange tour de passe-passe, tout le monde considérera qu’il ne s’agit plus pour elles de réussir leur vie, mais avant tout de réussir leur vie de famille – à croire que tout ce cirque autour de leur éducation visait surtout à occuper leur mère. C’est principalement sur elles que reposera la responsabilité d’assurer la réussite future de leurs propres enfants. Et si elles souhaitent mener de front vie familiale, vie personnelle et vie professionnelle, il y a de gros risques pour que la maternité les pénalise dans leur parcours, quand la paternité ne nuit en rien à une carrière ou à une vocation – au contraire. En somme, si on voulait être cohérent, il faudrait soit lever le pied sur l’éducation des filles, soit intégrer à leur formation un sérieux entraînement à la guérilla contre le patriarcat, tout en s’employant activement à faire en sorte que cette situation change.

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Ce réflexe évoque la théorie de la « conservation d’énergie » développée par les médecins au XIXe siècle : les organes et les fonctions du corps humain étaient censés lutter pour s’approprier la quantité limitée d’énergie qui y circule. Dès lors, les femmes, dont l’existence avait pour but suprême la reproduction, devaient « conserver leur énergie en elles, autour de l’utérus », expliquent Barbara Ehrenreich et Deirdre English. Enceintes, elles devaient rester allongées et éviter toute autre activité, en particulier intellectuelle : " Les médecins et les pédagogues ont rapidement conclu que l'éducation supérieure pouvait être dangereuse pour la santé des femmes. Une croissance cérébrale trop soutenue, avertissaient-ils, atrophierait l'utérus. Le développement du système reproducteur ne permettait pas le développement de intelligence."

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Ce réflexe évoque la théorie de la « conservation d’énergie » développée par les médecins au XIXe siècle : les organes et les fonctions du corps humain étaient censés lutter pour s’approprier la quantité limitée d’énergie qui y circule. Dès lors, les femmes, dont l’existence avait pour but suprême la reproduction, devaient « conserver leur énergie en elles, autour de l’utérus », expliquent Barbara Ehrenreich et Deirdre English. Enceintes, elles devaient rester allongées et éviter tou

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De nos jours, l’État n’organise plus des exécutions publiques de prétendues sorcières, mais la peine de mort pour les femmes qui veulent être libres s’est en quelque sorte privatisée : quand l’une d’elles est tuée par son compagnon ou son ex-compagnon (ce qui, en France, se produit une fois tous les trois jours en moyenne), c’est souvent parce qu’elle est partie ou qu’elle a annoncé son intention de le faire, telle Émilie Hallouin, ligotée par son mari sur les rails du TGV Paris-Nantes le 12 juin 2017, jour de ses trente-quatre ans51. Et la presse traite ces meurtres avec la même trivialité déréalisante que celle avec laquelle on évoque les bûchers des sorcières52. Lorsqu’un homme immole son épouse par le feu au Plessis-Robinson, Le Parisien (23 septembre 2017) commence par titrer : « Il met le feu à sa femme et incendie l’appartement », comme si la victime était un bien meuble et comme si l’information essentielle était l’incendie de l’appartement ; le journaliste semble presque trouver cocasse la maladresse du mari. Les seuls cas où l’on accorde à un féminicide la place qu’il mérite, où l’on reconnaît sa gravité, c’est lorsque le meurtrier est noir ou arabe, mais il s’agit alors d’alimenter le racisme et non de défendre la cause des femmes.

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Elle travaille à l’atelier des colorants où, la première année, la production s’améliore considérablement. Mais les employées sont harcelées par leurs collègues masculins ; un jour, elles voient une affichette qui dit : « Sauvez un emploi, tuez une femme. » Comme si cela ne suffisait pas, le mari de Betty Riggs met le feu à sa voiture sur le parking ; il s’introduit dans l’atelier pour lui casser la figure. Puis, à la fin de la décennie, l’entreprise s’intéresse soudain aux effets sur la santé de ses employées des substances qu’elles manipulent. Tout en se refusant à mettre en place des mesures de protection supplémentaires et alors que ces substances menacent aussi la santé reproductive des hommes, elle décide que les femmes fécondes de moins de cinquante ans ne pourront plus travailler dans cet atelier… à moins de se faire stériliser. Les salariées, au nombre de sept, sont déchirées. Cinq d’entre elles, parce qu’elles ont absolument besoin de cet emploi, se résignent à se faire opérer – dont Betty Riggs, qui n’a alors que vingt-six ans. Moins de deux ans plus tard, fin 1979, la direction, aux prises avec les services gouvernementaux chargés de veiller à la sécurité au travail, réagit en fermant l’atelier des colorants : « Les postes pour lesquels les femmes ont sacrifié leur utérus sont supprimés. » Elles perdront le procès qu’elles intenteront à l’entreprise : un juge fédéral estimera qu’elles ont « eu le choix »45. Betty Riggs devra retourner aux « boulots de femme » et gagner sa vie en faisant des ménages. Pas de bûcher ici, mais toujours un pouvoir patriarcal qui exclut, qui cogne et qui mutile pour maintenir les réfractaires dans leur position d’éternelles subalternes.

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La façon dont les filles sont élevées et socialisées leur apprend à redouter la solitude et laisse leurs facultés d'autonomie largement en friche. Derrière la figure fameuse de la "célibataire à chat", laissée-pour-compte censée être un objet de pitié et de dérision, on distingue l'ombre de la redoutable sorcière d'autrefois, flanquée de son "familier" diabolique

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Depuis, où que je le rencontre, le mot " sorcière " aimante mon attention, comme s'il annonçait toujours une force qui pouvait être mienne. Quelque chose autour de lui grouille d'énergie. Il renvoie à un savoir au ras du sol, à une force vitale, à une expérience accumulée que le savoir officiel méprise ou réprime.

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