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Je sais où se cache le frère de Benjamin durant le jour, en attendant que la nuit tombe pour sortir tuer.

Arrivée dans l’ascenseur, j’appuie sur le bouton du 6e étage. L’appareil monte, les portes s’ouvrent puis je m’engage dans le couloir le cœur battant. Quel accueil me réserve Matthew ? M’a-t-il tendu un piège pour m’attirer dans ses filets ? Et si oui, ma magie sera-t-elle assez forte pour le maîtriser ?

Je repense à l’avertissement qu’il m’a lancé :

« Le moment venu, tu viendras me trouver. Tu viendras me trouver, et je te montrerai. »

Il avait raison. Aujourd’hui, j’ai besoin de savoir.

Même si la vérité m’effraie.

J’ai toujours eu conscience d’ignorer à peu près tout du passé de Benjamin. Jusqu’à cette nuit, peu m’importait et je respectais ses secrets. Pourquoi me serais-je intéressée à ce qui s’est produit avant notre rencontre ? En seulement trois mois, l’homme sur qui je fantasmais sans espoir est devenu mon confident, mon amant, mon amour. J’ai découvert qu’il est immortel, j’ai appris à le connaître, à accepter sa part d’ombre, à me réchauffer à son immense lumière. J’ai appris à accepter qu’il m’ait choisie moi, entre toutes, lui qui aurait pu posséder n’importe quelle femme. Je pensais n’avoir pas besoin de plus. Mais...

Mais à présent, je ne peux plus faire l’autruche. Pas après la vision que j’ai eue en rêve.

Lorsque Joan, la meilleure amie de Ben, a commencé à se rapprocher de moi, elle m’a confié un secret à propos de la guerre fratricide qui oppose les frères Marlowe depuis plus d’un siècle. Il y aurait eu une femme entre eux, une certaine Sofia. Joan a découvert le secret grâce à son don de télépathe. Une nuit, au cours d’un affreux cauchemar, Ben répétait avec fièvre : « Sofia... Sofia... » et Joan est entrée dans son esprit. En vision, elle a vu Matthew, le jeune frère de Benjamin, rompre le cou d’une belle rousse aux yeux verts.

Au tout début de ma relation avec Ben, elle m’a montré cette image. Pour elle, cela ne faisait aucun doute : la belle rousse était Sofia. Selon elle, ils l’avaient aimée tous les deux et Matthew, fou de jalousie, l’avait tuée.

Sauf que cette nuit, j’ai eu une autre vision.

De cette femme rousse et Ben, amoureux et douloureusement proches.

Dans ma vision, Ben appelait la belle rousse « Vivienne » et elle était sa maîtresse. Elle voulait, afin qu’il lui prouve son amour, qu’il tue le grand amour de son frère, Sofia.

« Nous sommes en train de devenir l’un des clans des plus puissants de l’histoire de notre race. Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre l’un des nôtres. Si tu m’aimes, avant la fin de cette nuit, Sofia sera morte. De ta main. »

Ben aurait-il pu commettre un acte aussi cruel ? Je n’arrive pas à y croire. Et pourtant, quelque chose de grave s’est passé pour que Matthew attaque ainsi Vivienne, lui rompe le cou puis se mette à pourchasser inlassablement son frère. Quelque chose de grave s’est passé pour que Matthew vienne me trouver afin de me mettre en garde contre Benjamin.

Matthew a semé le doute dans mon esprit et il s’est répandu comme un poison. Lui seul possède l’antidote.

Cet antidote, c’est la vérité.

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Quoi qu'il arrive, souviens-toi que je suis à toi, Gloria. Corps et âme. Pour l'éternité.

Je suis sonnée. Pourquoi Benjamin, après une telle déclaration, m'a-t-il planté là, dans ce bar ? Sous le coup de la stupeur, je me tourne vers Vince, mon meilleur ami.

Il a intérêt à m'expliquer ce qu'il s'est passé entre eux deux quand je les ai laissés seuls !

– Vince, qu'est-ce qui t'a pris d'agresser Ben comme ça ?

– Ce qui m'a pris ? À moi ? Gloria, c'est ton mec le véritable problème, il est complètement cinglé !

Je suffoque devant tant de mauvaise foi.

– Tu n'as pas arrêté de le chercher depuis son arrivée ! Il y a moins de cinq minutes, tu étais prêt à lui mettre ton poing dans la figure ! J'ai tout vu depuis le comptoir, alors ne me prends pas pour une imbécile. Tu te rends compte que ça aurait pu complètement dégénérer ? je demande en frissonnant.

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Il faut que je garde mon calme. Il faut que je prenne exemple sur Ben.

Je suis à deux doigts de m'évanouir. Benjamin, devant moi, feint la désinvolture mais je sens la tension de son corps lorsqu'il s'avance, sans chaleur mais avec décontraction, vers l'homme qui vient de faire irruption dans son salon. Vers l'homme qui a juré de détruire tous ceux que Ben aurait le malheur d'aimer : Matthew Marlowe, son frère.

– Matthew. Qu'est-ce que tu fais à New York ? lui demande-t-il froidement.

– Je me suis soudain souvenu, explique Matthew alors qu'ils se donnent une brève accolade, que j'avais un grand frère et qu'aux dernières nouvelles, il habitait Manhattan. Comme j'avais des affaires à régler en ville, je me suis dit que c'était l'occasion de resserrer nos liens distendus.

– Et bien, puisque tu es là… Je te sers quelque chose à boire ?

Benjamin joue à la perfection son rôle de vampire. Aucune émotion n'est visible sur son visage : ni peur, ni colère, ni tendresse. Il fait comme si je n'existais pas. De mon côté, je reste en retrait et tente tant bien que mal de masquer ma terreur. C'est essentiel au cas où Ben tenterait de me faire passer pour une immortelle. J'imagine que c'est sans doute son plan pour me protéger de Matthew.

– Benjamin, je veux bien goûter cet appétissant breuvage ! s'exclame Matthew en me désignant.

Je réprime un tremblement.

Il doit sentir mon odeur humaine.

– Elle ? demande Ben en riant. Pas question. Elle sent délicieusement bon, je te l'accorde, mais elle n'est pas assez abondante pour deux, dit Ben en avançant vers une desserte où attendent une bouteille du meilleur scotch et un service en cristal.

– Tu t'es donc remis au sang des mortels, Benjamin ? C'en est fini de ta ridicule phase humaniste ?

– Disons que j'ai compris qu'il n'y a pas de mal à se nourrir d'eux tant qu'ils ne se souviennent de rien ! La jeune et belle Gloria que tu vois là a été soigneusement conditionnée. Elle me sert d'en-cas quand je le désire. Nous nous voyons ici pour passer un peu de bon temps ensemble. J'ai ma vie, elle a la sienne, on se croise en coup de vent afin que je m'offre une petite orgie… Mais dès qu'elle quitte cet appartement, elle efface automatiquement ce qui vient de se passer au profit d'un scénario que je lui ai implanté. Elle croit, s'esclaffe Benjamin, que je suis son mystérieux amant.

Voilà donc son plan : me faire passer pour un garde-manger et plus si affinités.

Quelle attitude dois-je adopter pour avoir l'air conditionnée ?

Plantée au beau milieu du salon, je ne cille pas. Avec une expression neutre, vaguement absente, comme j'imagine qu'une personne sous influence le ferait, j'assiste aux retrouvailles des deux frères ennemis.

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Mais hélas, je n’ai pas énormément de temps. Je travaille quatre soirs par semaine jusqu’à deux heures du matin. Je m’entraîne avec Alex les mardis et jeudis et prends des cours sur l’anatomie des vampires avec Joan. Je suis très occupée. Et, vu de l’extérieur, j’ai l’air heureuse.

C’est ce que m’a dit Wanda au téléphone :

– Vu d’ici, tu as l’air heureuse.

Se doute-t-elle de quelque chose ?

Je ne suis pas heureuse, je suis misérable. À cause du manque.

Benjamin.

Je nage dans un océan de mélancolie, ne faisant que me repasser le film de ma brève idylle avec lui.

Souvent, j’attrape ma guitare et rejoue la chanson qu’il m’avait écrite.

She’s light as bird, fierce as a tiger

Gloria, Gloria

She’ll hold you in her claws and here you will stay

Gloria, Gloria

For here is the place you chose,

Ho here is the place you chose

For someone to set you free.

« Fierce as a tiger ». C’est ce que Ben aime en moi : ma force. Alors je m’y accroche comme à une bouée de sauvetage. Oui, je suis malheureuse, mais je ne m’effondre pas pour autant. Je trouve l’énergie de plaisanter avec Jo et les clients du bar, de faire un peu de musique avec Alex, de sortir voir des concerts avec Moïra, de faire du shopping avec Joan. Ma tristesse est comme un bruit de fond, je la fais taire quand je suis avec mes nouveaux amis. Je ne suis pas anéantie.

Je ne suis pas anéantie parce que Joan est persuadée que je compte pour Ben. Alors je me raccroche à l’idée que nous nous retrouverons peut-être.

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Hey, je ne voulais pas te faire de peine !

– Ce n’est pas toi qui me rends triste, c’est le « beau monde » avec qui j’étais.

Moïra vérifie d’un rapide coup d’œil si Arty, son patron, est dans les parages avant de me dire :

– Allez, suis-moi dans la réserve, je vais nous préparer un petit café pendant que tu me raconteras tes malheurs. À moins que tu ne préfères quelque chose d’un peu plus fort ? Scotch, vodka, rhum ? On a toujours des bouteilles à l’arrière pour quand on improvise une petite fête.

– Il est un peu tôt pour ça, Moïra, je réponds en feignant d’être outrée.

– Pas quand on a touché le fond. J’en déduis à ton refus que, malgré ta mine maussade, tu ne vas pas si mal que ça.

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Comme il n’a pas réussi à se libérer cet après-midi, Benjamin vous propose de dîner, miss Robin. Les autres seront là aussi.

Quels autres ?

– Il va sans dire qu’il vous verra d’abord en tête-à-tête. Pourriez-vous être chez lui à 18h30 ?

Chez lui ?

Un peu décontenancée, je réponds :

– Euh... Bien sûr.

– Super, je vous envoie l’adresse !

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Il pivote légèrement et relève son visage vers le mien. Sa main se soulève, s’approche de ma joue, hésite... Mon souffle se fait court. Mais Marlowe se ravise. Plutôt que de me toucher il laisse retomber son bras.

– S’il vous plaît, Gloria...

Ma respiration devient plus dense, plus profonde. Je constate que, depuis tout à l’heure, le vent venu de l’océan est tombé. Le seul bruit à retentir dans la nuit est celui de nos deux voix. La proximité du corps de Marlowe me brûle. C’est comme un appel. Tout en moi est tendu vers lui, tourné vers lui, prêt à s’abandonner à lui.

C’est lui qui semble effrayé à présent.

Et à cause de cette peur que je perçois en lui, je comprends brusquement ce qu’il ne parvient pas à me dire.

Alors, comme je me serais jetée dans le vide, j’embrasse les lèvres de Benjamin Marlowe.

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J’ai encore vu ma mère en rêve cette nuit.

Elle se tient dans la cuisine de notre ancien appartement de Seattle. Elle fait la vaisselle en fredonnant. Je me tiens dans l’encadrement de la porte. J’ai six ans. J’écoute, subjuguée, sa voix de sirène. Elle se retourne et m’aperçoit. Elle s’exclame :

– Ma chérie, qu’est ce que tu fais là ?

Je cours vers elle et me jette dans ses bras.

– Maman, chante ! S’il te plaît, chante encore ma chanson !

Elle m’installe sur ses genoux et, alors que je niche ma tête au creux de son cou, elle entonne le refrain bien connu de Van Morrison.

– Gloria ! G.L.O.R.I.A ! Gloria !

Je ris en frappant le tempo dans mes mains. Ma mère me sert contre elle et me dit :

– Chante, Gloria. Maintenant c’est ton tour, chante ta chanson.

Je m’exécute, ravie. Je suis en train de chanter à pleins poumons, toujours serrée contre elle, quand je sens quelque chose d’humide et de chaud mouiller ma poitrine. Je m’écarte pour voir ce dont il s’agit et constate que le haut de mon pyjama est trempé de sang. Je crois d’abord que c’est le mien et commence à paniquer, puis je me rends compte que c'est du cou de ma mère que coule le liquide rouge et poisseux. Je crie, je pleure alors qu'elle tente de me calmer.

-Chut, Gloria, chut... La mort n'est rien... La mort ne peut pas m'empêcher de veiller sur toi...

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Très chère miss Robin,

Je me suis dit que vous auriez sans doute faim après un si long voyage. Et peut-être un peu soif aussi. Mettez vous l’aise. Sam, mon chauffeur, s’occupe de vous conduire à moi. J’ai hâte de vous rencontrer enfin.

À tout de suite,

Benjamin M.

Quelle prévenance ! Benjamin Marlowe sait prendre soin de ses invités.

Quel genre d’homme est-il ?

Je l’imagine impressionnant, intimidant.

Pas trop effrayant, j’espère.

Je regarde de nouveau l’élégante graphie de la carte. Ce n’est certainement pas un garçon de ma génération qui écrirait comme ça !

Tout de même, j’espère que ce Marlowe n’est pas du genre vieux beau qui drague les minettes... Mais je ne pense pas, j’ai un bon pressentiment le concernant et je suis une fille plutôt intuitive.

Moi aussi j’ai hâte de vous rencontrer enfin, Mr. Marlowe. Hâte et peur à la fois.

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– Encore une ancienne conquête ? Wanda Rivers, tu es une incorrigible tombeuse !

Elle hausse les épaules et me répond comme d’habitude en chanson :

– So many men, so little time... How would I choose ?

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