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Sous le vent du monde, Tome 5 : Ceux qui parlent au bord de la pierre



Description ajoutée par Gkone 2016-06-02T21:30:02+02:00

Résumé

Au bord de la future mer Méditerranée, 32 000 ans avant J.-C., vivement les Doah, des hommes de Cro-Magnon. Mais les eaux montent et le chamane de la tribu se demande s’il est sage de rester au bord de l’eau. Il y a plusieurs années, son frère Naobah est parti de l’autre côté de la montagne avec sa compagne Aruaeh. Or voilà qu’apparaissent au chamane et à sa tribus deux êtres, à la fois Doah et issus d’une autre tribu mystérieuse, témoins du tragique destin de Naobah et Aruaeh...

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Classement en biblio - 7 lecteurs

Extrait

Les yeux clos, celui qui entend écoutait.

Assis, jambes croisées et le dos courbé, sa tête effleurait les branches entrecroisées qui soutenaient la grande peau couvrant l'abri du rêve et dont il pouvait, sans écarter les bras, toucher les parois courbes.

Les crépitements de la pluie ruisselante l'enveloppaient. Seul bruit. Dohuka n'entendait rien d'autre. La pluie. La pluie, sans discontinuer, tombait depuis toujours comme si elle ne devait jamais plus s'arrêter.

Avant Dohuka, Bak'o'hashieeodo savait changer la course des nuages du monde du dessus, mais son corps enseveli n'était pas revenu, son nom n'était pas prononcé, et plus personne, parmi les Doah de moins en moins nombreux, n'ordonnait aux nuages.

Dohuka était le dernier hisodrah, celui de maintenant. Il pouvait parler aux forces et aux gens de odrah, le monde du dessous qui soutient drah, celui du dessus - pas aux nuages.

Mais Dohuka se taisait, il s'était tu jour et nuit, avec au fond des oreilles et des yeux l'inextinguible brûlure des dernières paroles entendues et des dernières images vues, jaillies du ventre de odrah à travers la roche.

Pas une fois, au cours des temps froids, Dohuka n'était venu se préparer au passage dans l'abri du rêve.

Il s'était enfin décidé : la pluie qui avait goulûment avalé la neige semblait vouloir faire gronder toujours plus fort les rivières et monter toujours plus haut la grande eau jusqu'au ciel et tout engloutir.

Des frissons secouaient son corps maigre, recroquevillé dans cette position évoquant une souche noueuse, frôlée au seuil de l'ombre épaisse intérieure par la grisaille du dehors. La pluie frappant l'abri et le sol avait progressivement substitué au souffle de Dohuka son rythme monotone. Des aigreurs remontaient dans sa gorge, au fond de son ventre vide et gargouillant. Il attendait le signe qui l'eût conforté dans le choix qu'il se préparait à faire - ce qui se produisit n'était pas ce qu'il espérait, et cela l'irrita, en le tirant soudain de l'engourdissement dans lequel il avait insensiblement glissé.

Un bruit de pas légers sur la terre gorgée.

Les pas s'approchèrent s'arrêtèrent.

Dohuka, immobile, ouvrit lentement les paupières. Par l'ouverture de l'abri, il voyait ruisseler la terre couleur de vieux sang jusqu'à l'arête rocheuse, à quelques pas ; au-delà, l'étendue grise de aruduiroah, la grande eau, fuyait pour se mêler aux nuages du ciel bas. Se penchant légèrement, Dohuka aperçut le genou de celui qui se tenait accroupi au bout du sentier raviné serpentant parmi les buissons ras de l'abri du rêve aux huttes des Doah. Pas besoin d'en voir plus pour savoir à qui appartenait ce genou osseux.

Il ne pouvait s'agir que de Hiéhura.

Un instant, penché dans cette posture inconfortable qui lui tiraillait le dos, Dohuka fixa le genou marqué d'écorchures. Puis, il reprit sa position première et la contracture s'atténua entre ses épaules.

Il referma les yeux.

Le jour, grand comme un homme, jeune à présent, n'était pas encore enfant quand Dohuka avait quitté la hutte des Doah pour venir s'accroupir dans l'abri du rêve, alors les Doah avaient levé vers lui leurs regards brouillés par le manque de sommeil et l'avaient regardé s'éloigner, sans un mot, attendant sans doute qu'il parle, mais il n'avait rien dit, rien au sujet de la vieille femme au souffle devenu très lent, rien non plus sur ce qu'il allait faire, emportant avec lui leur silence et le sien. Il lui semblait que la vieille femme était déjà vieille femme quand il n'était lui-même qu'au matin de son nom - déjà vieille femme, en tout cas, le jour où Naobah était parti…

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Date de sortie

Sous le vent du monde, Tome 5 : Ceux qui parlent au bord de la pierre

  • France : 2016-06-15 (Français)

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Les chiffres

Lecteurs 7
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Extraits 1
Evaluations 1
Note globale 10 / 10

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