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Sur les chemins noirs



Description ajoutée par ceinwyn79 2016-09-13T06:48:30+02:00

Résumé

2014. "L'année avait été rude. Je m'étais cassé la gueule d'un toit où je faisais le pitre. J'étais tombé du rebord de la nuit, m'étais écrasé sur la Terre. Il avait suffit de huit mètres pour me briser les côtes, les vertèbres, le crâne. J'étais tombé sur un tas d'os. Je regretterais longtemps cette chute parce que je disposais jusqu'alors d'une machine physique qui m'autorisait à vivre en surchauffe.

Pour moi, une noble existence ressemblait aux écrans de contrôle des camions sibériens : tous les voyants d'alerte sont au rouge mais la machine taille sa route. La grande santé ? Elle menait au désastre, j'avais pris cinquante ans en dix mètres. A l'hôpital, tout m'avait souri. Le système de santé français a ceci de merveilleux qu'il ne vous place jamais devant vos responsabilités. On ne m'avait rien reproché, on m'avait sauvé.

La médecine de fine pointe, la sollicitude des infirmières, l'amour de mes proches, la lecture de Villon-le-punk, tout cela m'avait soigné. Un arbre par la fenêtre m'avait insufflé sa joie vibrante et quatre mois plus tard j'étais dehors, bancal, le corps en peine, avec le sang d'un autre dans les veines, le crâne enfoncé, le ventre paralysé, les poumons cicatrisés, la colonne cloutée de vis et le visage difforme.

La vie allait moins swinguer. Il fallait à présent me montrer fidèle au serment de mes nuits de pitié. Corseté dans un lit étroit, je m'étais dit à voix presque haute : "si je m'en sors, je traverse la France à pied". Je m'étais vu sur les chemins de pierre ! Je voulais m'en aller par les chemins cachés, flanqués de haies, par les sous-bois de ronces et les pistes à ornières reliant les villages abandonnés.

Il existait encore une géographie de traverse pour peu que l'on lise les cartes, que l'on accepte le détour et force les passages. Loin des routes, il existait une France ombreuse protégée du vacarme, épargnée par l'aménagement qui est la pollution du mystère. Une campagne du silence, du sorbier et de la chouette effraie. Des motifs pour courir la campagne, j'aurais pu en aligner des dizaines. Me seriner par exemple que j'avais passé vingt ans à courir le monde entre Oulan- Bator et Valparaiso et qu'il était absurde de connaître Samarcande alors qu'il y avait l'Indre- et-Loire.

Mais la vraie raison de cette fuite à travers champs, je la tenais serrée sous la forme d'un papier froissé, au fond de mon sac..." Avec cette traversée à pied de la France réalisée entre août et novembre 2015, Sylvain Tesson part à la rencontre d'un pays sauvage, bizarre et méconnu. C'est aussi l'occasion d'une reconquête intérieure après le terrible accident qui a failli lui coûter la vie en août 2014.

Le voici donc en route, par les petits chemins que plus personne n'emprunte, en route vers ces vastes territoires non connectés, qui ont miraculeusement échappé aux assauts de l'urbanisme et de la technologie, mais qui apparaissent sous sa plume habités par une vie ardente, turbulente et fascinante.

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Classement en biblio - 59 lecteurs

Extrait

Extrait ajouté par Sentaro 2017-05-14T12:50:17+02:00

Je suis persuadé que la conversation permanente avec les livres à une efficacité au moins aussi intense que les médicaments.

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Commentaire video

Vidéo ajoutée par Virgile 2017-08-17T16:05:41+02:00

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Commentaires récents

Commentaire ajouté par LauCrazy 2018-07-23T10:49:29+02:00
Argent

Prenez la route aux côtés de Sylvain Tesson pour parcourir la France, en faire un constat plutôt triste, se reconstruire aussi. Ce livre amène un questionnement sur le développement de la France, sur l'endroit où l'on veut vivre et la catégorie à laquelle on veut appartenir.

Un beau livre qui vous donnera envie d'aller marcher sur les chemins français.

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Commentaire ajouté par Nausicaah 2018-05-05T15:49:19+02:00
Pas apprécié

Sur les chemins noirs, un "carnet de voyage" et de reconstruction, basé sur l'histoire de son écrivain, en route pour une traversée de la France suite à un grave accident.

Cependant, si le livre promet une balade dans les paysages français, une redécouverte de nos campagnes, montagnes et coins perdus, ceux-ci sont largement passés au second plan, pour avoir un tout autre récit. En effet, j'en retire de se livre que l'auteur passe son temps à se plaindre et à juger les autres, de manière parfois très déconcertante. De plus, l'écriture n'aide en rien, l'utilisation de mots compliqués juste pour "faire intellectuel" rend le roman moins lisible et augmente l'impression d'un ton hautain et supérieur tout au long du livre. Des livres écrits avec moins de vocabulaires peuvent être beaucoup plus intéressants que ce livre-ci écrit de manière alambiquée pour un effet de style (?).

Première lecture de cet auteur, ce n'est absolument pas mon genre, le livre m'a été très difficile à finir, ayant toujours l'impression que tout allait mal, que tout était mauvais et que l'auteur passait son temps à se plaindre et à prendre tout le monde de haut.

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Commentaire ajouté par iletristan 2018-03-21T11:29:10+01:00
Argent

Sylvain Tesson est tombé d’un toit, chat perché épris de boisson qui a perdu l’équilibre. Ramassé vivant mais en morceaux, le voilà immobilisé, livré aux bons soins des médecins. Dans la solitude de sa chambre, une idée germe : s’il s’en sort, il foulera à nouveau les chemins, ceux de son pays, les chemins oubliés, ceux de la France rurale.

Alors qu’on lui propose une rééducation sur tapis roulant, il préfère s’en aller sac au dos, une carte IGN au 1/25 000ème mentionnant à coup de petits traits noirs les chemins qui faisaient la route des marcheurs d’antan : les chemins noirs. Il traversera la France en l’espace de quelques mois. Partant du Mercantour pour arriver à la pointe du Cotentin, il cheminera parmi les villages abandonnés, les pâturages oubliés, les sentiers mangés par le remembrement. Cette déambulation parfois hasardeuse se heurte à l’impossibilité d’éviter l’empiétement des cités sur la campagne : rond-point, voie rapide, pont, berge aménagée. L’urbanisation est partout.

Pérégrination introspective, Sylvain Tesson réfléchit à ce qui avait fait sa vie jusqu’alors quand le corps n’était pas un obstacle. Dans la rencontre des gens de campagne où le dialogue se livre au minimum, il prend conscience que ce n’est pas l’activisme qui fait la vie mais plutôt la contemplation. Au détour d’un chemin, dans l’onde d’un lac, il convoque l’image de sa mère décédée. Dans le silence où il s’enfonce, il quitte le dispositif qui veut bannir l’hyper-ruralité, et qui le considère comme une malédiction et non comme une grâce.

“Ces tracés en étoile et ces lignes piquetées étaient des sentiers ruraux, des pistes pastorales fixées par le cadastre, des accès pour les services forestiers, des appuis de lisières, des viae antiques à peine entretenues, parfois privées, souvent laissées à la circulation des bêtes. La carte entière se veinait de ces artères. C’étaient mes chemins noirs. Ils ouvraient sur l’échappée, ils étaient oubliés, le silence y régnait, on n’y croisait personne et parfois la broussaille se refermait aussitôt après le passage. Certains hommes espéraient entrer dans l’Histoire. Nous étions quelques-uns à préférer disparaître dans la géographie.”

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Commentaire ajouté par Poljack 2018-02-17T15:40:47+01:00
Or

Mon avis :

Sur les chemins noirs, c’est le carnet de route d’un homme en reconstruction, après une chute d’un toit qui a failli lui être fatale. À de fastidieux exercices de rééducation dans un hôpital, Silvain Tesson préfère une vraie et longue marche, un voyage à pied depuis le Mercantour, au sud-est, jusqu’à la pointe du Contentin, au nord-ouest. Pour ce périple, il choisit de traverser les zones rurales les moins habitées, selon un récent rapport sur l’aménagement des campagnes françaises, en suivant les chemins marqués de petits traits noirs sur les cartes IGN.

Lorsqu’il entame son parcours, il ne sait pas s’il tiendra jusqu’au bout ni si la guérison escomptée sera au rendez-vous. Au troisième jour, épuisé, il se demande même « quel intérêt à hisser ce corps en loques jusqu’au nord d’un pays en ruine ? » Qu’importe ! Lui qui a voyagé partout dans le monde, escaladé des montagnes et des églises, traversé des steppes et des déserts traînera son corps meurtri par les sentiers oubliés des campagnes abandonnées.

Chemin faisant, ses pas l’entraîneront sur une autre voie, vers une réflexion sur sa propre vie, son rapport aux choses qui l’entourent, mais aussi sur l’évolution de notre société et les choix parfois monstrueux que le progrès nous impose. Cette escapade sur les chemins noirs deviendra une parenthèse, un moyen de sortir du monde, une forme de clandestinité spirituelle où il est permis de s’abandonner à vivre, dans ces lieux où « personne ne vous indique ni comment vous tenir, ni quoi penser, ni même la direction à prendre. »

Bien qu’émanant d’un éternel « wanderer », l’écriture de Sylvain Tesson possède l’intensité, la densité de ceux qui sont solidement reliés à la terre. Quelque chose qui tient à la fois du minéral, pour la force brute de sa pensée, et du végétal, de la sève, pour sa richesse nourrissante. Ces voyages n’ont jamais été de simples balades touristiques, mais ont toujours été accompagnés d’un cheminement intérieur ; avec Sur les chemins noirs, il ne déroge pas à la règle, mais d’être passé si près de la mort a apporté une nouvelle nuance à sa palette, une pensée plus recentrée, peut-être, mais toujours traversée d’un souffle puissant.

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Commentaire ajouté par carroue 2018-01-02T19:22:25+01:00
Argent

Sylvain Tesson nous fait parcourir avec lui ces chemins noirs.

Nous le suivons dans ses réflexions sur notre monde, l'essentiel de la vie...

Un texte court mais plein de bon sens, de volonté...

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Commentaire ajouté par stoufnie 2017-11-08T09:22:27+01:00
Argent

Sur les chemins noirs raconte une traversée à pied de notre beau pays.

Sylvain Tesson est un écrivain voyageur. Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, il a cette particularité de vivre, et de faire vivre, ses périples sous forme de livres-recueil. Celui-ci se passe juste après son accident. Il a fait une chute d’un toit et après de longs mois d’hospitalisation, il a décidé que sa rééducation passerait par la traversée de la France.

je voulais m’en aller par les chemins cachés, bordés de haies, par les sous-bois de ronces et les pistes à ornières reliant les villages abandonnés. Il y avait encore une géographie de traverse pour peu qu’on lise les cartes, que l’on accepte le détour et force les passages. Loin des routes, il existait une France ombreuse protégée du vacarme, épargnée par l’aménagement qui est la pollution du mystère. Une campagne du silence, du sorbier et de la chouette effraie.

Image associée

Les livres de Sylvain Tesson sont toujours très riches. Riche en rencontre humaine. Riche en citation. Riche de la culture générale de l’auteur. Si bien que ces romans, soit vous les trouvez barbants soit vous en sortez un peu plus éclairé dans certains domaines.

Ici, il aborde la politique, l’agriculture, la géographie et bien d’autres choses. Et lui qui nous a habitués au froid avec son attachement avec la Russie et la Sibérie, nous fait regarder des paysages que nous connaissons d’un œil différent.

Un voyage dans nos campagnes, mais surtout entre les mots de l’auteur.

https://lesciblesdunelectriceavisee.wordpress.com/2017/11/08/sur-les-chemins-noirs-sylvain-tesson/

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Commentaire ajouté par malice13 2017-10-20T16:40:58+02:00
Or

Partir sur les chemins noirs, à la recherche de ses propres chemins noirs... Sylvain Tesson nous invite à un formidable cheminement, à la fois à travers les magnifiques paysages français et à travers ses chemins intérieurs.

"Se rééduquer? Cela commençait par ficher le camp." "Je fis les premiers pas en pensant que si je réussissais cette traversée de France, ce serait une rémission."

L'appel de la nature pour se ressourcer et se guérir, de maux physiques mais aussi d'interrogations profondes...

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Commentaire ajouté par Sentaro 2017-05-06T12:39:58+02:00
Diamant

Sylvain Tesson m'a offert, avec ce livre, un formidable cadeau : il m'a emmené "en aventure" avec lui. Non pas à l'autre bout du monde, là où je n'irai jamais, mais à deux pas de chez moi. Dans la France des chemins noirs que je ne soupçonnais même pas. Avec lui - j'allais presque écrire - en lui, j'ai partagé ses luttes, ses doutes, ses interrogations, ses découvertes, ses rencontres et ses émerveillements. Le soir, au bivouac, j'ai ressenti ses douleurs et ses joies.

Loin du simple récit de voyage factuel, qui fini par devenir ennuyant, c'est le livre de la maturité. La plume de Sylvain Tesson, toujours aussi fluide et agréable, mais apaisée, est une invite à la réflexion et à l'action. Cependant, attention, car à peine refermé, ce livre donne envie de se saisir de ses affaires et de (re)partir. Un grand bonheur de lecture que je recommande à tout le monde.

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Commentaire ajouté par yohanan 2017-03-24T17:05:31+01:00
Bronze

Ce livre est une voie à travers la France des Alpes-Maritime au Cotentin mais plus que le récit d'une marche c'est aussi une démarche poétique que nous livre Sylvain Tesson. Le grand aventurier après un accident décide de parcourir les " chemins noirs".

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Commentaire ajouté par PoppyZ 2017-02-05T07:53:32+01:00
PAL

Géographe de formation, l’écrivain, alpiniste et voyageur n’avait pas beaucoup de considération pour ceux qui empruntent les chemins. Une chute de dix mètres, et remarcher devient un but. Un pas après l’autre, il a voulu traverser la France pour se remettre à l’endroit.

Sylvain Tesson : «La marche m’a remis d’aplomb, physiquement et mentalement, elle dissipe les nuages noirs»

L’écrivain Sylvain Tesson, qui a parcouru le monde et escaladé tout ce qu’il trouvait sur son chemin (montagnes, cathédrales, immeubles, maisons…), se livre dans Sur les chemins noirs (Gallimard) à un voyage intérieur. Intérieur car, pour une fois, il sillonne son propre pays. Intérieur car, meurtri physiquement et psychologiquement par un grave accident et un deuil, il a fait de cette marche une opération de rééducation et une tentative de réconciliation avec lui-même.

Vous aviez déjà pratiqué la marche avant votre accident ? N’était-ce pas trop lent pour vous ?

"Je l’avais pratiquée, oui, mais seulement en tant qu’alpiniste. En montagne, on appelle cela la «marche d’approche». C’est un peu comme un parvis avant d’attaquer la montagne. Ou les escaliers avant l’amour. Après mon accident [en août 2014, il a chuté de près de 10 mètres en escaladant la façade d’une maison, à Chamonix, alors qu’il allait rendre le manuscrit de son récit Bérézina, ndlr], je ne pouvais plus gambader de la même manière, cette marche a été aussi une rééducation. Jusqu’alors, la marche évoquait plutôt un séjour en thalassothérapie. En France, c’est une activité forcément paisible. C’est un petit pays tellement peuplé, on ne peut même pas s’y perdre. Cela me fait penser à cette affiche électorale de François Mitterrand, «La Force tranquille» : il est en premier plan avec, en fond, un paysage français."

Etiez-vous très différent à l’arrivée, au-delà des aspects mécaniques et physiques ?

"Tout marche ensemble, les aspects physiques sont justement essentiels. La marche m’a remis d’aplomb, physiquement et psychologiquement. Elle m’a apporté un vrai rétablissement moral. J’avais des périodes très sombres avant de partir. La marche dissipe les nuages noirs. J’ai aussi vécu cette marche de façon médiévale, presque arthurienne. Traverser les forêts rend très sensible au merveilleux de la nature. Il faudrait prescrire à tous les accidentés la marche dans la nature avec nuits à la belle étoile."

Vous abattiez quand même 30 ou 40 kilomètres par jour !

"Oui, mais ce n’était rien pour celui que j’étais avant, un sportif en très bonne condition physique. J’allais bien alors, comme va bien un adolescent : j’étais en surchauffe permanente, dans un état d’excitation générale. Surchauffe que j’entretenais en mettant du fioul dans la machine, le fioul étant l’alcool. Dans cet état d’exaltation, je négligeais beaucoup ce qui m’entourait. Depuis l’accident, j’ai arrêté complètement l’alcool. Il me reste quelques petits pincements de nostalgie parfois, mais ils disparaissent vite avec la découverte des matins limpides. J’ai découvert la chance que j’avais de vivre dans ce pays, et de pouvoir simplement marcher, ce qui n’était pas évident juste après la chute. Dès que j’ai compris que j’allais retrouver l’usage de mes jambes, je n’ai pensé qu’à cette marche."

Cet accident fut comme un rite de passage à l’âge adulte ?

"Même plus qu’adulte : quand j’étais encore à l’hôpital, cette chute de dix mètres de haut m’avait fait vieillir de cinquante ans. Je suis passé de l’état de sportif en très bonne santé à celui de vieille dame en convalescence. Les premiers pas ont été très laborieux. Comme si chacun d’eux était une escalade. Après, j’ai découvert à la marche des vertus que je ne soupçonnais pas, un principe de thermodynamique, qui favorise non seulement les idées mais aussi un auto-entretien général de tout le corps. J’ai recommencé l’escalade, mais de façon raisonnable. Maintenant, j’utilise des cordes. Et surtout, je ne fais plus d’escalade en solo. Vous savez ce qu’en disent les alpinistes ? «Si tu tombes, c’est la chute, et si tu chutes, c’est la tombe.»

La montagne est le dernier espace sauvage ?

"Malheureusement non, dès qu’on l’approche de très près, les empreintes humaines sont partout. Lorsque vous grimpez une paroi, vous découvrez une multitude de pitons plantés dans la roche. C’est un grand débat actuellement entre les alpinistes et tous ceux qui pratiquent la montagne. Il existe par exemple un mouvement qui s’appelle «Mountain Wilderness», pour la préservation de l’aspect sauvage de la montagne - autrefois, pour se rapprocher du «wilderness» anglais, on utilisait cette très belle expression d’«espaces adamiques» -, qui a entrepris de préserver les parois rocheuses des pitons. Les pitons sont un peu à la montagne ce que les ronds-points sont à la plaine, un aménagement du territoire sur le granit. Avant, les alpinistes retiraient leurs pitons au fur et à mesure de leur grimpée. Aujourd’hui, les pitons sont posés à la perceuse, avec des chevilles à expansion.

La montagne n’est plus un espace préservé. Il y a des refuges partout. Même dans les «gouffres effroyables» dont parlait Chateaubriand. On voit bien la marque de l’aménagement du territoire. Si on est attentif, on verra aussi le balisage, qui signale le moindre sentier de randonnée."

Votre itinéraire ne suit pas la diagonale du vide ?

"C’est une notion du siècle passé. C’était un terme de la Datar [remplacée en 2014 par le Commissariat général à l’égalité des territoires]. Cette diagonale traversait la France de la Meuse aux Landes. Cette ligne était tracée à partir des faibles taux de densité de la population. C’est d’ailleurs l’itinéraire qu’a suivi l’écrivain Jacques Lacarrière pour écrire Chemin faisant (Fayard, 1974). Il arrivait de Grèce, après le coup d’Etat, et ne voulait voir personne. C’était aussi mon objectif. Je voulais retrouver le silence. Le silence, c’est quand on entend enfin les insectes xylophages, ceux qui rongent le bois.

Mon itinéraire est aussi inspiré de la littérature des agences d’aménagement du territoire et des cartes IGN. Quand j’étais à l’hôpital, à l’été 2015, j’ai entendu aux informations le compte rendu d’un rapport commandé par le Premier ministre sur l’hyperruralité. Ce terme m’a interpellé. Au critère démographique, on avait ajouté un critère d’éloignement administratif, les distances avec les CHU, les prisons ou les préfectures… Il y a toujours une arrière-pensée à l’aménagement du territoire, on vous parle de proximité du CHU en ayant en tête le contrôle, les impôts et les prisons. Les liens routiers avec les ronds-points et les zones d’activité commerciale ne résoudront jamais la désubstantialisation des campagnes. Nous avons tous traversé des villages vides, qui semblent morts. Ils ne font qu’ajouter un désastre à la catastrophe.

J’ai quitté cet itinéraire à la sortie du Massif central car je voulais rejoindre le littoral. Je voulais que cette marche s’achève au bord d’une falaise sur la mer. Les falaises du Cotentin étaient parfaites. Mais, depuis le Mercantour, le trajet reste diagonal."

Est-ce si différent de marcher en France et en Sibérie ?

"En France, on assiste à ce que Braudel appelle «l’extrême morcellement». Le paysage change constamment, à la simple échelle du pas. Le temps d’une marche, on peut ainsi observer différents aspects géologiques, quand on passe d’un sol calcaire à un sol granitique par exemple, ou au gré des changements climatiques, culturels et architecturaux. Le paysage français est une œuvre de marqueterie extravagante. Lorsque l’on marche en Sibérie, on assiste au contraire à un spectaculaire déploiement d’uniformité, le paysage reste le même sur des immensités, jour après jour. Avancer pendant deux semaines sans voir la moindre variation peut apporter l’ivresse d’une longue traversée en mer.

La mosaïque française dit beaucoup sur l’inutilité des débats sans fin sur «une» identité nationale. Les paysages français devraient décourager tous les combats de coqs. La singularité française réside justement dans cet extrême morcellement."

Quels sont les paysages qui vous ont le plus bouleversé ?

"On revient toujours aux paysages qui nous sont familiers, on aime mieux ce qu’on connaît bien. Mes paysages de prédilection sont provençaux. Ceux du Mercantour, les Alpes-de-Haute-Provence, la Vésubie. Je les ai fréquentés dès l’enfance, j’en aime toutes les odeurs, la sécheresse. J’aime cette terre qui ne retient rien. Les paysages humides, au contraire, m’inquiètent : à force de vivre sur des terres qui retiennent l’humidité, les gens qui y habitent retiennent aussi les secrets, c’est peut-être une forme de folie. Je préfère la chaleur exubérante du Sud."

La marche est-elle aussi une histoire de rencontres ?

"Ce n’était pas mon objectif de départ. Je voulais vraiment faire une marche d’évitement. J’ai pris les chemins les plus écartés. Mais, du coup, les rares rencontres n’en sont que plus marquantes. Elles étaient toutes surprenantes et je ne les oublierai pas. Elles sont gravées dans ma mémoire. Je me souviens d’une vieille dame accrochée à son village déserté comme une naufragée à un radeau. Les gens que j’ai croisés n’avaient pas du tout les mêmes conversations ni les mêmes centres d’intérêt que les citadins. Ils ne parlent pas de l’actualité, mais de leur écosystème, des arbres, des champignons, du temps… J’ai retrouvé aussi les animaux et les végétaux qui se cachent, qu’on ne veut pas voir, les araignées et les orties par exemple."

La marche vous rappelle-t-elle vos études de géographie ?

"La géographie physique me passionnait, elle permet de lire les paysages, ses accidents, ses plis et replis. Les plaques tectoniques ou un changement géologique y sont lisibles. Mais davantage en Mongolie qu’en France. En Mongolie, vous pouvez prendre des chemins sans qu’il y ait de trace de passage humain, les traces des précédentes invasions sont effacées depuis longtemps. En France, même sur une paroi des Grandes Jorasses, on tombe sur toute une quincaillerie de pitons, tout un écomusée."

Vous remarcherez en France ?

"C’était une étape. Un moment de méditation, de reconstruction. J’ai pu constater à quel point la marche en plaine permet cette échappée réflexive. Je pense qu’on ne peut pas philosopher en escaladant les montagnes, tout notre esprit est mobilisé par le terrain, par le bloc d’après. Aujourd’hui, je peux recommencer à partir plus loin, en Grèce ou en Chine."

Alexandra Schwartzbrod , Catherine Calvet

Libération.fr

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Date de sortie

Sortie récente

"Sur les chemins noirs" est sorti 2019-02-07T00:00:00+01:00 en version poche
background Layer 1 07 Février

Dates de sortie

Sur les chemins noirs

  • France : 2016-10-13 (Français)
  • France : 2019-02-07 - Poche (Français)

Activité récente

MAIA64 le place en liste or
2018-06-14T10:03:24+02:00
Poljack l'ajoute dans sa biblio or
2018-02-17T15:40:08+01:00

Les chiffres

Lecteurs 59
Commentaires 12
Extraits 17
Evaluations 17
Note globale 7.53 / 10

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