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Extrait de Sweet Home, Tome 3 : Sweet Fall ajouté par L_Alpha 2017-08-26T20:04:18+02:00

AUSTIN

— Je me casse, lancé-je à Reece, avant de me relever et de traverser le jardin parfaitement entretenu de la fraternité pour rejoindre notre pavillon d’été.

Rome et moi sommes les seuls à avoir les clés de cet endroit : nous octroyer ce genre de privilège est un peu limite de notre part, je le concède, mais, en tant que plus vieux membres de la Tide et de la fraternité, notre verbe fait loi, ici. Comme Rome y vient de plus en plus rarement, c’est un peu comme ma dépendance, et tant mieux : j’ai terriblement besoin de m’isoler parfois. Surtout en ce moment.

J’ouvre la porte en bois et décide de laisser la lumière éteinte : quand j’allume, des étudiants bourrés y voient le signal d’ouverture d’un baisodrome, et j’ai aucune envie de gérer ce genre de conneries ce soir.

Le pavillon d’été est petit, mais assez dingue : murs lambrissés, parquets, rideaux rouges aux fenêtres, deux canapés en cuir brun, foyer ouvert, kitchenette, télé et, le diamant sur la couronne, une immense baie vitrée au plafond qui jette un halo lumineux pile au centre de la pièce. Un exemple de plus de la façon indécente dont les footeux sont traités dans cette ville. Quel joueur de foot de vingt et une piges a besoin d’un putain de pavillon d’été ? Cela dit, je passe pas mal de temps ici : je ne supporte pas ce genre de fiestas. Regarder les gars se perdre en jeux d’ivrognes et faire les coqs devant les meufs, alors que mamma est en train de hurler de douleur dans son putain de mobile home ou que mes frères se font peut-être canarder par les Kings, très peu pour moi…

Faut juste que je fasse profil bas jusqu’à la draft . C’est mon rôle dans cette pièce de merde : être recruté par une équipe pro et nous sauver tous de cet enfer.

Ça va, j’ai à peine la pression…

Le foot, c’est mon échappatoire, la réponse à mes emmerdes.

La réponse aux prières de tous les Carillo.

Je m’affale sur l’un des canapés et chope mon téléphone : Axel m’a envoyé un SMS. J’ai fait assez de blé pr les cachetons de mamma ce soir. Levi assure dehors, il vend bien. Mamma va mieux qu’il y a qqs heures. Elle a pu s’endormir, là. Les Carillo assurent à leur manière : on continue comme ça, Aust’.

Alors que je range mon téléphone dans ma poche, un peu ailleurs, un vacarme inimaginable éclate au-dehors : des rais de lumière quasi stroboscopiques zèbrent les murs du pavillon, et je me relève d’un bond, cours tirer les rideaux, aménageant entre les deux pans de velours un interstice suffisant pour observer la scène. Par chance, je suis assez loin du bordel, ici, et dissimulé par un bosquet d’arbres. Je ne sais pas ce qui se passe, mais je suis bien planqué.

Et puis, soudain, j’aperçois les uniformes…

Des agents de sécurité du campus, épaulés par de vrais flics, débarquent avec des clébards en laisse : des étudiants se barrent en courant, d’autres sont trop blindés pour capter ce qui se passe. Et là, je le vois : le doyen, dans son costume gris hors de prix, qui trotte sur le patio en fouillant partout d’un regard alerte.

Ce trou du cul peut pas me saquer, bordel…

Les flics alignent les étudiants, et les chiens commencent leur taf, les sniffant un par un… La brigade canine, merde ! Je panique : ces enfoirés sont en train de chercher de la came !

Quelques étudiants essaient de s’arracher, cavalent dans la rue pour fuir le raid, mais les flics les coursent… Au moment où je prends conscience de la chance que j’ai d’être venu me reclure ici, j’entends des bruits à la porte du pavillon : je ferme brusquement les rideaux et tourne la tête vers la poignée… Quel con, j’ai oublié de fermer à clé derrière moi !

Je n’ai pas le temps de traverser la pièce pour bloquer la porte, si bien que l’inconnu s’invite dans le pavillon. Je me fige. L’intrus referme le battant, s’y adosse, lâche un soupir, puis se retourne pour verrouiller la porte. Là où je suis, l’obscurité m’enveloppe : l’inconnu n’a pas pu me voir. Je distingue à peine sa silhouette, mais, en plus de son petit gabarit, je sens un parfum qui, à moins qu’un joueur de la Tide s’asperge le cul de Coco Chanel, m’assure que c’est une meuf qui vient d’entrer.

Je longe les murs obscurs le plus silencieusement possible : j’ignore qui se trouve ici, mais je dois m’assurer que cette fille ne va pas se mettre à hurler et attirer l’attention sur nous. Subir un interrogatoire du doyen à propos de la came sur le campus est la dernière chose dont j’ai besoin : ce connard pense déjà que c’est moi qui suis derrière les deals. Depuis trois ans que je suis là, dès qu’il se passe une merde à la fac, il me la fout sur le dos. Le problème, c’est que, cette fois, il aurait raison…

Pantelante, la fille tente de recouvrer son souffle. Je grimace, essaie de me concentrer pour ne pas merder, mais, quand je tends le bras vers elle, j’effleure le sien et elle commence à hurler : je réagis aussitôt, l’attrape par l’épaule, la retourne et plaque une main sur sa bouche pour la faire taire.

Comme elle lance des coups de pied et tente de me gifler, je me penche à son oreille :

— Boucle-la, merde ! Je vais pas te faire de mal, je veux juste que t’arrêtes de beugler, bordel !

Elle cesse de se débattre et essaie simplement de tirer sur mon poignet pour retirer ma main de sa bouche. Avant ça, je dois m’assurer qu’elle ne va pas se remettre à crier, à attirer l’attention de la terre entière.

— Je virerai ma main que si je suis sûr que tu risques pas de les faire rappliquer, OK ? susurré-je, m’efforçant de me montrer le moins menaçant possible.

Je ne suis pas con pour autant : un type en train de bâillonner une meuf dans un pavillon plongé dans l’obscurité, ça n’inspire pas forcément la confiance. Je sens à son souffle chaud et cadencé qu’elle tente de se calmer, et ses ongles épargnent un peu la peau de mon poignet.

— C’est bien… Maintenant, je vais compter jusqu’à trois et retirer ma main de ta bouche, OK ? Et panique pas : je répète, je te ferai aucun mal. Moi aussi, je me planque. Tu promets de pas gueuler ?

Elle lâche un gémissement discret et troublant, acquiesce, et ses cheveux délicats caressent la peau de mon cou.

— OK… Un… deux… trois…, compté-je à voix basse, avant de retirer lentement la main de sa bouche.

La fille expire soudain, s’éloigne d’un pas et se retourne face à moi. Malgré l’obscurité, je distingue ses yeux immenses d’un vert pastel, presque turquoise, rivés sur moi.

Bordel de merde.

Je connais ce regard…

Il me hante.

Comme elle perçoit mon trouble, elle se rapproche de moi. Un rai de lumière s’immisce soudain sous la porte du pavillon, baignant les lieux d’un ambre mat. Je suis assez près de la fille pour discerner son visage : c’est elle, la pom-pom, et, vu son expression, elle aussi m’a reconnu.

— Au… Austin ? balbutie-t-elle. (Elle n’a pas l’air des plus heureuse de me trouver ici. Son arrivée inopinée ne m’enchante pas vraiment non plus.) J… je ne savais pas que tu étais ici. Je voulais… éviter le doyen, c’est tout, de peur qu’il m’interroge encore. Quand j’ai vu le pavillon, j’ai décidé de me cacher là jusqu’à la fin de l’intervention… Je… je suis désolée, je vais partir, OK ? Je… j…

Je la laisse là, ignorant ses excuses bredouillantes, et vais me rasseoir en silence sur le canapé. C’est trop de stress, putain : j’ai besoin de me poser.

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Extrait de Sweet Home, Tome 3 : Sweet Fall ajouté par L_Alpha 2017-08-26T19:37:34+02:00

LEXI

Lorsque la foule commence à quitter le stade au compte-gouttes, l’équipe de pom-poms se retranche dans le tunnel, grisée par la victoire, mais je reste seule derrière, m’attardant pour contempler la scène. Il y a quelque chose de singulier – d’apocalyptique, presque – à voir le stade soudain si calme, comme au sortir d’une catastrophe naturelle. Des gobelets en plastique rouge jonchent les tribunes, des confettis la pelouse, et une puissante odeur de bière imprègne l’air humide.

— C’est étrange, pas vrai ? lâche une voix masculine à l’accent marqué de l’Alabama.

Surprise, je lâche mes pompons sur le sol et pose une main sur ma poitrine. Lorsque j’aperçois le carmin d’un maillot, je lève les yeux vers l’inconnu, une main en visière pour mieux le voir, et en reste bouche bée…

— De… de quoi ? demandé-je d’une toute petite voix, levant un peu plus la tête pour m’assurer de l’identité du joueur qui se tient à quelques pas de moi.

Ma main m’offre assez d’ombre pour que je le voie enfin correctement : c’est Austin Carillo, receveur éloigné. Le numéro 83. Il s’approche de moi depuis l’entrée du tunnel qui court sous les tribunes.

— Ça. Le calme après la tempête. (Il désigne le stade vide d’un geste de la main.) C’est le moment que je préfère les jours de match.

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Extrait de Sweet Home, Tome 3 : Sweet Fall ajouté par L_Alpha 2017-08-26T19:58:24+02:00

AUSTIN

Je me détends un peu : on a déjà passé l’éponge, tous les deux.

— OK, mec. Au fait, l’Anglaise avec qui tu traînes…, lui lancé-je, juste avant qu’il disparaisse.

— Molly ? C’est quoi, ta question ?

— Elle se balade avec une petite goth, une pom-pom…

Rome fronce les sourcils comme s’il essayait de la remettre et, quelques secondes plus tard, son visage s’éclaire.

— OK, je vois. Et ? J’esquive son regard.

— C’est quoi, son nom ?

Comme il ne dit rien pendant un moment, je lève les yeux vers lui et le trouve en pleine réflexion. Il finit par hausser les épaules.

— Putain, la colle… Lana ? Lucy, Lizzy… un truc du genre. Lexi ? Oui, je crois que c’est ça : Lexi. (Il esquisse un sourire.) Tu me dis pourquoi ça t’intéresse ? Je reste de marbre et il pouffe.

— J’avais pas grand espoir, j’avoue. Allez, je me casse !

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Extrait de Sweet Home, Tome 3 : Sweet Fall ajouté par L_Alpha 2017-08-26T19:57:20+02:00

AUSTIN

« Tu me fous les jetons, Carillo. J’ai peur de toi. Tu en es fier ? »

Le commentaire de la pom-pom me hante. Je reste affalé sur mon pieu… Je me dégoûte : cette fille, dont je ne connais même pas le prénom, a peur de moi. Toute cette merde me rend dingue : mamma m’a toujours appris à respecter les femmes, et voilà que je harcèle cette meuf, traque ses moindres déplacements, la brutalise, même… Et tout ça pour le gang, merde ! Quelle putain de vie de merde !

La mamma aurait raison d’avoir honte de son fils, mais il faut bien que je protège notre famiglia , non ? La dernière chose dont notre mère aurait besoin, c’est que l’un d’entre nous se retrouve au trou. L’un de nous, voire plus… Comment on ferait pour veiller sur elle ?

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Extrait de Sweet Home, Tome 3 : Sweet Fall ajouté par L_Alpha 2017-08-26T19:50:41+02:00

LEXI

Mon cœur apeuré martèle mes côtes, mais, au moment où je m’apprête à fuir les lieux, un rugissement grave et déchirant résonne jusque dans le couloir et m’enveloppe tout entière… J’ignore qui souffre ce soir dans ce vestiaire, mais ce cri sonne comme le râle d’un esprit tourmenté, comme le dernier hurlement d’une âme arrachée à son corps.

La complainte mystérieuse m’attire : la souffrance attire la souffrance, comme on dit…

J’ai à peine le temps de me raisonner que j’avance en direction du vestiaire, vers cette personne peut-être plus brisée encore que je le suis, ce quelqu’un qui – pourquoi pas ? – pourrait me comprendre…

Plus j’approche de la porte, plus le fracas s’intensifie… Il y a un bref silence, puis un hurlement de pure souffrance qui se répercute, sinistre, contre les casiers métalliques. Peut-être fais-je une erreur en entrant ici : et si cette personne préférait être seule ? Oui, ce serait malvenu de ma part d’intervenir : cela ne me regarde pas.

Pourtant… je n’arrive pas à partir. Je reste plantée là, les yeux rivés sur la porte. Trois pas. Trois pas, et je pourrai poser une main sur la poignée, entrer dans la pièce, découvrir qui souffre à ce point et, peut-être… l’aider ?

Je serre un peu plus mon sac contre moi, mince bouclier, fais le dernier pas qui me sépare de la porte, l’ouvre… et me fige en découvrant qui se trouve dans le vestiaire.

Carillo.

Austin Carillo, le torse musculeux aux abdominaux ciselés, entièrement nu, recouvert d’une série de tatouages noirs ou colorés. Assis sur le sol, adossé au battant métallique et froid d’un casier, il est à bout de souffle, la tête dans les mains. Je l’observe sans bouger, incapable de savoir quoi faire : Carillo est en souffrance, c’est certain, mais… il me déteste. Il m’a menacée. Je suis probablement la dernière personne sur terre qu’il voudrait voir ici.

Enfin décidée, je m’apprête à partir pour le laisser en paix, mais, à peine ai-je levé un pied que Carillo tourne subitement la tête vers moi. Je me fige, pétrifiée.

La tension a zébré de sang ses yeux sombres, et sa barbe de trois jours dissimule des joues rougies par ses mains rageuses. Mais sitôt qu’il me voit, il serre les dents, hors de lui.

Merde, merde…

J’ai fait une erreur.

Une énorme erreur.

Austin plaque avec violence ses mains sur le sol et se relève d’un coup : il a beau être loin dans la pièce, son mètre quatre-vingt-quinze se dresse devant moi comme une tour menaçante. Nous nous regardons en silence, et je me mets à trembler… Il est furieux…

Il me terrifie.

C’est un membre de gang, un gars des Imperatori. La police l’a arrêté plusieurs fois. Son frère a fait de la prison… Et je me retrouve seule avec lui, seule alors qu’il déborde de rage. J’ai l’impression que sa colère se tourne tout entière contre moi, et il n’y a personne ici pour me venir en aide.

Carillo avance, mais s’arrête à quelques pas. Il se tient devant moi comme un astre flamboyant de rage pure. Il y a comme une aura d’énergie terrifiante autour de lui…

Il m’observe de ses yeux d’un brun presque noir et grimace. J’agrippe mon sac plus fort encore, mais… soudain, la tension sur son visage s’estompe légèrement. Je fronce les sourcils, troublée.

Qu’est-ce qui a pu attirer son attention comme ça, d’un coup ?

Et puis, je comprends : je ne me suis pas remaquillée. La voix a brisé si facilement mes défenses mentales que, secouée, je n’ai plus pensé qu’à rentrer chez moi, délaissant khôl et fond de teint. Soudain, une gêne extrême m’envahit : je ne supporte pas l’idée qu’il puisse me voir comme ça, si… brute, naturelle… Imparfaite. Pourquoi ? Je ne me l’explique pas : après tout, il me hait, et je ne pourrais avoir davantage peur de lui… Pourtant, cela m’importe, sur l’instant. Cela me perturbe qu’il ait vu la vraie Lexington.

Cette fille si fade et décevante.

Cette fille bardée de défauts.

— Qu’est-ce que tu fous ici, bordel ? grogne-t-il, le visage de nouveau sévère, me ramenant à la réalité.

— J… je… Il fait un pas de plus en avant. Il est si près que je sens sa puissante odeur de musc, celle d’un match gagné dans la sueur et l’effort… Cela ne fait qu’ajouter à son côté ténébreux et sauvage.

— J-je quoi ? pouffe-t-il sèchement, sans le moindre humour. Toujours au mauvais endroit au mauvais moment, hein ? T’avais rien à foutre là-bas, l’autre soir, et t’as rien à foutre ici.

Je déglutis péniblement, apeurée, et, quand je tente de faire un pas en arrière, il m’attrape par le bras et me tire vers lui. Je lâche un petit cri d’effroi… mais il ne me fait pas mal. Pour tout dire, il m’effleure à peine. Je lève les yeux vers lui à contrecœur.

— Ton pote pom-pom, tu lui as cafté quelque chose ? siffle-t-il entre ses dents avec un calme menaçant.

Incapable d’articuler le moindre mot, je secoue frénétiquement la tête. Austin empoigne mon bras un peu plus fort et, instinctivement, j’essaie de me libérer de son emprise.

— Réponds ! Il m’a regardé tout le match comme si j’étais un putain de tueur en série !

Je prends une respiration profonde et réunis juste assez de courage pour lancer : — Je ne lui ai rien dit. (Il se renfrogne : il n’en croit pas un mot.) Je te le promets, je ne lui ai rien dit. Je te le jure. Je n’ai rien dit au doyen quand il m’a interrogée, et Lyle… Lyle a vu que tu me fusillais du regard pendant le match, alors il m’a mise en garde contre toi, c’est tout…

Il lâche mon bras, et je le masse doucement.

Austin se passe les mains dans les cheveux et lâche un soupir soulagé sans pour autant me quitter une seule seconde du regard. Il me dévisage, et c’est comme s’il luttait intérieurement… Et puis, sans crier gare, il revêt de nouveau son masque de membre impitoyable des Imperatori.

— Je te déconseille de lâcher la moindre info sur ce que t’as vu, me menace-t-il d’une voix effilée comme une lame. Je t’ai à l’œil. J’ignore où je puise la force de lui tenir tête, mais je m’approche soudain de Carillo : cette fois, c’est lui qui se raidit.

— Je t’ai déjà dit que je ne dirai rien, et je tiendrai parole. Je sais ce que c’est que d’avoir un secret, de savoir que quelqu’un a appris quelque chose qu’on aurait préféré garder pour soi seul. Crois-moi, je comprends ce que tu ressens. Je ne dirai rien, point. Par contre, toi, tu attires l’attention de tout le monde : c’est toi qui déconnes à me fusiller du regard comme si tu voulais me voir morte, à manquer de discrétion alors que le doyen soupçonne déjà que j’ai vu quelque chose… Commence par mieux dissimuler tes émotions.

Il reste silencieux, et son regard dur m’impose de baisser les yeux : c’est à cet instant que je découvre sur son torse nu le tatouage d’un immense crucifix, au pied duquel la mère du Christ, le visage dévasté par le chagrin, lève des yeux affligés vers son fils supplicié.

Partout, des tatouages – religieux pour la plupart – recouvrent la peau de son torse et de ses bras. Certains sont accompagnés de phrases ou de mot en langue étrangère ; de l’italien, je crois.

Austin croise ses bras musculeux et grimace de colère.

— Dégage de là, m’ordonne-t-il, glaçant.

Sans la moindre hésitation, je me retourne pour partir, mais lui lance un dernier regard courageux par-dessus mon épaule.

— Tu me fous les jetons, Carillo. J’ai peur de toi. Tu en es fier ? Je sais qui tu es, maintenant : ta famille, ton quartier. On m’a prévenue. Alors, tu peux arrêter avec tes menaces et tes regards assassins : tu es dangereux, j’ai compris. J’ai tellement peur de toi que je n’en dors plus la nuit. Je sais que tu me ferais du mal sans le moindre remords si je caftais, je ne suis pas idiote. Alors, je t’en prie… S’il te plaît, laisse-moi tranquille. Je ne parlerai jamais de ce que j’ai vu. J’ai juste besoin de savoir que tu vas me laisser tranquille.

Je ne prends pas le temps d’étudier sa réaction : je quitte le vestiaire et file à toutes jambes jusqu’au foyer de la sororité, dont je gravis quatre à quatre les marches jusqu’à ma chambre au troisième étage.

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Extrait de Sweet Home, Tome 3 : Sweet Fall ajouté par L_Alpha 2017-08-26T19:47:51+02:00

AUSTIN

— T’as rien vu, pétasse, OK ? Et comme t’as rien vu, tu diras rien, t’entends ou pas ? T’entends, sale conne ? T’as intérêt à fermer ta putain de gueule ! la menace-t-il, bestial.

— P… promis… Je dirai r… rien… Laisse-moi partir, j… je t’en supplie…, bafouille la fille, la voix brisée par la peur.

Faut que j’arrête Axel avant que ça aille trop loin, que j’empêche ce con d’ajouter une agression à son casier en fonte. Une fois derrière lui, j’attrape ses bras et le retourne vers moi.

— Lâche-la, Ax’, putain ! lui ordonné-je.

Je jette un regard à la pauvre meuf par-dessus l’épaule de mon frangin, et deux grands yeux verts écarquillés se posent sur moi… Je me fige aussitôt.

Bordel de merde…

C’est la pom-pom de l’autre fois. Celle avec qui j’ai parlé après le match. Je lève les yeux au ciel : quelqu’un m’en veut, là-haut, c’est certain… Soudain, Axel se plante devant moi, le visage à quelques centimètres seulement du mien.

— Elle en a trop vu, cette pute : faut lui faire comprendre qu’elle a intérêt à rien lâcher, et faut le faire maintenant ! On peut pas prendre de risques ! siffle-t-il, les poings serrés, tandis que la pom-pom chétive se plaque plus encore contre le mur, soucieuse de regarder partout, sauf dans notre direction. Elle chiale, bordel… Son visage pâle est barbouillé de maquillage noir…

— Elle dira rien, lâché-je en me tournant vers la fille. Pas vrai ? grogné-je presque. (La pauvre est paralysée par la peur.) Dis-lui, bordel ! Ses pleurs redoublent.

Tremblante, elle bredouille :

— J… je dirai r… rien… Enserrant le bras d’Axel, je l’oblige à me regarder.

— Les keufs sont là, faut que tu t’arraches. Je vais m’assurer qu’elle la boucle.

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Extrait de Sweet Home, Tome 3 : Sweet Fall ajouté par L_Alpha 2017-08-26T19:45:26+02:00

AUSTIN

Deux minutes, pas plus, et j’aperçois du mouvement derrière le Denny Chimes – la grande tour du campus –, à l’ombre des arbres. Un gosse au look de camé passe près de moi à la hâte en fourrant un petit sachet blanc dans son short. Je baisse la tête pour ne pas être reconnu, mais moi, je n’ai aucun mal à identifier ce qu’il vient d’acheter : de la coke.

De la putain de cocaïne… De la coke sur le campus, bordel de merde ! Le coach avait raison.

— Austin, t’es là, mec ! Je commençais à me dire que tu viendrais pas.

Je me rue sur mon grand frère, prêt à lui offrir un nouveau trou du cul, quand j’aperçois quelqu’un qui sort de l’ombre. Mon sang ne fait qu’un tour… Non… Non… Non, non, non, non, non ! Levi. — Hé, Austin ! me lance-t-il avec un geste de la main. Je suis aussitôt pris de nausée. Mon petit frère – il est encore tout gosse, merde ! – trotte vers moi, son jean et son tee-shirt dix fois trop grands pour sa carrure d’ado, les poches pleines de sachets de poudre blanche… Il a la peau plus claire que moi et Axel – qui pourrait d’ailleurs aussi bien passer pour mon frère jumeau. Levi… notre petit gars, encore innocent… Celui qui avait encore une chance de rester loin du collimateur des flics et des juges.

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Extrait de Sweet Home, Tome 3 : Sweet Fall ajouté par L_Alpha 2017-08-26T19:42:41+02:00

LEXI

Molly entre d’un pas timide, calant ses lunettes sur son nez, et Ally lui emboîte le pas en foudroyant Cass du regard.

— De quoi vous parliez ? J’ai entendu mon prénom, nous demande Molly, préoccupée.

J’avale ma salive et tourne aussitôt le regard vers Cass, affalée sur le canapé, l’air de rien.

— Heu… Eh bien, on…, balbutié-je, remerciant intérieurement mon maquillage de dissimuler mes pommettes rosies par la gêne. Cass roule des yeux.

— On parlait de ta foufoune humide depuis que tu fricotes avec Rome Prince, alias Mister Je-change-les-chattes-en-robinets !

Ally reste interdite face à la vulgarité de notre amie.

— Cass, c’est mon cousin ! C’est comme un frère pour moi, putain !

— La vache, Cass, j’ai jamais entendu un truc aussi salace ! lâche Molly, les yeux écarquillés derrière ses verres de lunettes.

Cass m’adresse un petit clin d’œil complice.

— OK, je reformule : on parlait de la bonne grosse gaule que tu fous à Rome Prince. C’est mieux comme ça, Votre Majesté ?

Le visage de Molly vire à l’écarlate, et Ally lui passe un bras autour des épaules.

— Il ne se passe rien entre nous, marmonne Molly.

Même Ally semble ne pas en croire un traître mot.

— Mon cul, oui ! crache Cass.

Molly lâche ses bouquins sur ma commode et cale les mains sur ses hanches.

— Cass ! La Texane hausse les épaules.

— Blablabla, Molly. Il va ranger sa looongue limo dans ton petit garage, ça va pas tarder, écoute Mama Cass…

Molly soupire et se pince l’arête du nez.

— T’es irrécupérable, ma pauvre…, maugrée-t-elle.

— Bon, résumons : moi, j’ai mon gros cowboy de JD, Molly va cirer la canne de Flash sous peu, et Ally est trop belle pour rester seule bien longtemps. Du coup, il ne reste plus que toi, Sexy-Lexi, ma petite princesse gothique préférée, annonce Cass, penchée en avant.

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Extrait de Sweet Home, Tome 3 : Sweet Fall ajouté par L_Alpha 2017-08-26T19:40:08+02:00

LEXI

— Yo, poulette ! Ça roulette ? lance-t-elle en entrant dans ma chambre, vêtue d’un jean orné de diamants fantaisie et de son habituel débardeur noir moulant. (Elle va immédiatement s’affaler sur le canapé en velours noir installé près du mur.) Qu’est-ce que tu fous au pieu à 17 heures ? s’étonne-t-elle, ses yeux bleus écarquillés. Oh merde, tu t’astiquais le bourgeon ? Tu veux que je te laisse ? T’as besoin d’un petit… (Elle se penche et murmure, la main en paravent.) Sexy-Lexi Time ?

Elle lève alors la main gauche, se met à faire frétiller son majeur comme un vibro et se lèche les lèvres de manière suggestive. Je lui lance aussitôt un coussin à la tête avec un grognement faussement agacé. Le projectile s’écrase mollement sur son visage et elle fronce les sourcils.

— OK, OK ! Mais y a pas de honte à se gâter le clito, chérie ! Je le fais minimum deux fois par jour, perso. Enfin, je le faisais avant que Jimmy-Don s’en charge à ma place… La vache, ce que ce type peut faire rien qu’avec le bout de sa langue !

— Merci pour les détails, Cass…, lâché-je avec une grimace. Tu sais où sont Al’ et Molly ?

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Dear Daisy,

Weight: 98lbs

Calories: 2000

This is my first letter to you, well, my first journal entry, I mean.

Since you have left me, I really don’t know who I can speak to, so I have decided to keep speaking to you… through the medium of pen and page. Instead of our nightly chats on the phone about our progress that day, I will talk to you here. I will tell you my weight, how many calories I’ve eaten… just like before.

But this is not like before, is it?

It’s not the same. The contact is not nearly enough, but it is all I have… all I have left of you, Daisy, my closest friend.

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