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Commentaire de la_plume_trempee_dans_l_encre_de_la_vie

Ta putain de vie commence maintenant !


Ce livre me laisse très mitigé. Déchiré entre ses points positifs et ses points négatifs.

 

Ne serait-ce qu'au niveau de la langue, je suis très partagé. Le ton va volontairement du courant-familier au très familier, mais sans paraître artificiel. On ne lit pas une imitation de langage adolescent, on lit un adolescent (ou plutôt une post-ado). C'est un bon point. Là où ça se gâte, c'est que le texte est ponctué de mots orduriers — soit, j'en utilise aussi — et d'anglicismes. Là, c'est plus dérangeant, dans la mesure où si certains passent très bien, d'autres font tâche. Par ailleurs, il subsiste quelques fautes de français pur, ce que je trouve peu acceptable : en tête de file, les "au final" — néologisme barbare qui substantive un adjectif qui n'a aucune raison de l'être. Et malheureusement elle est de plus en plus courante. Je n'ai pas traqué les "basé sur", mais ça ne m'étonnerait pas que le texte en contienne.¹

Ensuite, la typographie. Les termes, mots et expressions-clés sont mis en valeur, dans le corps de texte, par des lettres capitales et du gras. Pourquoi pas ! C'est très pratique pour se souvenir de ce qui est important... sauf qu'on tombe rapidement dans l'excès et ça devient lourd. Surligner tout son cours n'aide pas à l'apprendre. Mettre trois mots en gras toutes les phrases... ben on perd un peu l'effet captivant du procédé. On est juste noyé entre minuscules et majuscules.

Les notes de bas de page : parlons-en. Je trouve que c'est une très bonne idée d'annoter les références culturelles qui jalonnent le récit (Terminator, Jacques Brel, Don Quichotte, Cabanel,...). Je trouve aussi que c'est une bonne idée de définir certains mots complexes ou anglicismes pour rendre l'ouvrage accessible à vraiment tout le monde (synapses, "rare is beautiful",...). Mais à un moment donné, il faut arrêter de se foutre des gens, et je me suis senti presque insulté que des mots comme "rivaliser", "saccage" ou "intuition" soient définis. Je suis peut-être susceptible mais quand même !

Parlons maintenant du ton. Il est bienveillant, tolérant, inclusif — pas d'écriture inclusive, qui n'a rien d'inclusif, mais il cherche à concerner tout le monde. Il vous fait vous sentir concerné, et ça fait du bien. Il est dynamique et exhorte à l'action. « Bougez-vous, soyez acteurs de votre vie », grosso modo. C'est là qu'on rencontre le plus gros problème de ce livre, qui n'est que partiellement évité : un petit côté moralisateur. Je sais que ce n'était pas dans les intentions de l'auteure, comme je l'ai dit elle est bienveillante. Mais ce recours incessant aux impératifs peut en braquer plus d'un ou, au moins, le freiner. On est un peu le cul entre deux chaises : entre un ton super motivant, qui enjoint à agir, et de l'autre côté cet aspect moralisateur, ces ordres à l'adresse du lecteur qui, même bienveillants et fondés, peuvent avoir l'effet inverse. Le parti pris de l'auteure est d'ébranler cette apathie généralisée et de donner des clés pour agir ; je respecte tout à fait ce choix.

Rentrons dans du 100% positif : le propos. Parce que malgré tout ce que j'ai à reprocher à ce livre, ce qu'il dit fait un bien fou. Un bien immense. Ce livre, c'est un condensé de positivisme, de bienveillance, d'amour, de respect, de tolérance. Un livre qui nous pousse, nous, adolescents, à nous aimer pour de vrai.

 

Ce livre n'est pas une clé. Comme il le dit si bien, la clé de notre coffre au trésor n'est pas à chercher à l'extérieur mais à l'intérieur de nous. Ou, comme le disait Ionesco en 1961 dans un autre contexte, « il est ridicule de penser pour tout le monde et de donner à tout ce monde une philosophie automatique ; l'auteur [...] pose des problèmes. Dans leur recueillement, dans leur solitude, les gens doivent y penser et tâcher de les résoudre pour eux en tout liberté. [...] C'est de ce vide qu'un homme libre doit se tirer tout seul, par ses propres forces et non par la force des autres »². Le livre de Louise Pasteau n'est pas une clé, un guide, un manuel : il est un vecteur de réflexion. Il enfonce des portes et nous laisse, lecteur, la possibilité d'y réfléchir — ou non.

 

Une lecture qui, malgré trop de points négatifs, fait énormément de bien et donne envie de se reprendre en main. Ce livre ne conviendra peut-être pas à tous les ados mais peut être utile à beaucoup... et on en a (presque) tous bien besoin !

 

_________________________

¹ Elle se justifie — plus ou moins bien — du ton qu'elle adopte dans l'ouvrage p.88 [Albin Michel, 2018].

² E. Ionesco, « À propos de "Rhinocéros" aux Etats-Unis », Arts, 1961. Présent dans Notes et contre-notes, Gallimard, 1966. Il parle dans cet extrait des idéologies de masses qu'il dénonce dans sa pièce Rhinocéros et de la fin de celle-ci, critiquée pour le vide qu'elle laisse. Il explique que c'est au lecteur de trouver sa propre clé en réfléchissant pour qu'elle ait une valeur.

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