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Quand j’étais enfant, je pouvais rester des heures devant une cheminée à observer les flammes. Chez moi, on trouvait que c’était un drôle de passe-temps. Aujourd’hui, presque vingt ans plus tard, je fais la même chose avec le bout incandescent de ma cigarette. Je regarde la cendre s’allonger pour devenir aussi longue que mon doigt, ou l’extrémité de la clope devenir orange au fur et à mesure que le feu mange le papier.

La maison était bondée. Tellement pleine à craquer de mecs bourrés titubant et puant la transpiration qu’un long soupir n’y changerait rien ; tout l’oxygène de la pièce avait été aspiré, la débauche était partout. Mes os saturaient de la ligne de basse, des cris, du caquètement de filles trop jeunes pour acheter de la bière, qui étaient sur le point de gerber les six cannettes de limonade à la vodka qu’elles venaient de s’enfiler.

Installée dans le fauteuil préféré de Maman, un délire sur-rembourré et importé de je ne sais où, j’encaissais le chaos et je me sentais chez moi.

Papa était persuadé que j’étais une gentille fifille, je n’avais donc aucune culpabilité, pas plus vis-à-vis de mes actes que de ceux des autres.

Une beauté coiffée en banane avec des paillettes plein les cheveux et une teinture bleue me tendit un pétard – rien d’autre qu’un peu d’herbe magique roulée dans du papier. L’espace d’un instant, je la regardai dans les yeux, pour tenter de deviner si le joint était chargé, avant d’accepter. Je soufflai en direction du plafond, regardai la fumée rejoindre l’épais nuage blanc flottant déjà partout dans le grand espace qu’on appelait la galerie. Cet endroit était a priori destiné à la dégustation de vin et aux invités prestigieux, pas aux ivrognes en col bleu qui s’appuyaient contre les toiles et renversaient les vases.

Aussitôt, je me détendis et laissai retomber ma tête contre le coussin. Question cannabis à usage récréatif, le Colorado était l’un de mes trois États de prédilection pour passer des vacances. Le fait que mes parents possèdent une maison à Estes Park en faisait ma destination préférée.

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— Je sais que je suis une conne. Tu ne mérites pas ça. Mais j’ai essayé de te prévenir.

Il se retourna, les mains en avant.

— Me prévenir de quoi ? hurla-t-il. Du pied que c’est d’être avec toi ? De l’admiration qu’on éprouve en te voyant renoncer à tout ce que tu connaissais pour bosser comme une malade dans l’espoir que ta sœur s’en apercevra depuis l’autre côté de la planète ? Du fait que t’allais me faire rire comme personne ?

Du bout de ma manche, j’essuyai une larme.

— Tu pourrais avoir tout ça avec n’importe quelle fille normale.

— Je ne veux pas de fille normale, Ellie. Je te veux, toi.

J’eus un petit rire, mais mon sourire s’effaça rapidement.

— Je t’ai dit qu’à cause de moi tu te sentirais mal. Que tu étais trop gentil pour fréquenter quelqu’un comme moi.

— Quelqu’un comme toi ? Tu aurais dû me prévenir que j’allais sourire chaque fois que je penserais à toi, c’est-à-dire tout le temps ! Tu aurais dû me prévenir de ça aussi. Tu aurais dû me dire que tu es belle le matin, le soir, en sortant de la douche ou avec dix jours de crasse sur la figure.

— Ce n’est pas drôle.

— Non ! Ça ne l’est pas ! Putain, Ellie, je suis là, devant toi, et je te dis que je veux être avec toi, et je sais que tu veux la même chose. Je le sais ! Tes arguments ne valent absolument rien.

— Pour toi, peut-être.

— Et moi qui te croyais maso. Non, en fait, tu es sadique !

— Je t’avais prévenu ! hurlai-je en pleurant.

— Tu ne m’avais pas prévenu que je tomberais amoureux de toi, bordel de merde !

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Il n'y a que l'amour qui puisse faire autant souffrir

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- Mais je ne pouvais rien effacer, et je ne voulais pas que tu me détestes.

- Je ne peux pas te haïr. Tu es ma soeur.

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Il me caressa la joue, suivit la ligne de ma mâchoire.

— Tu es sûre d’être prête ?

— De quoi veux-tu que j’aie peur ? Tu connais déjà mon côté obscur, et tu as continué à m’aimer malgré tout.

— Et si la situation s’inversait ?

Je me mordis la lèvre, en regardant les siennes. Il était honnête, il était fort, il était beau et il était à moi.

— Tu n’es pas le seul capable de traverser les flammes pour sauver ce que tu aimes.

D’un long regard, il parcourut mon visage, puis laissa échapper un petit rire et secoua la tête, avant de poser sa bouche sur la mienne.

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— Le 7 novembre. Comme ça, on est sûrs que la saison sera terminée, mais tous les gars ne seront peut-être pas encore repartis.

— Ça me paraît très bien.

— Le 7 novembre, répéta-t-il.

— Parfait.

— J’envoie un texto à Papa. Tu n’as plus que quelques secondes pour changer d’avis.

Il croyait que je bluffais.

J’attendis sans rien dire, amusée par sa réaction.

Il ferma les yeux.

— Je te préviens, si c’est bidon, tu vas me briser le cœur.

Je lui pris le téléphone des mains, tapai le message et l’envoyai.

— C’est fait ! Envoyé ! L’affaire est dans le sac, Tyler Maddox ! Je serai ta femme le 7 novembre.

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— Puisque mon père est médium, il pourra peut-être me dire quand tu te décideras à choisir une date pour le mariage, répondit Tyler, en ne plaisantant qu’à moitié.

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— Maman, tes rêves ne sont pas les miens, et il est peut-être temps que tu l’acceptes. J’ai commis beaucoup d’erreurs, je t’ai brisé le cœur, et j’en suis sincèrement désolée. Il me reste beaucoup à accomplir, et beaucoup de choses à rattraper, mais je ne m’excuserai pas de vouloir garder le travail qui me plaît et d’être fiancée à l’homme qui est tout pour moi. Il est possible que l’on doive parfois se salir les mains pour boucler les fins de mois, même si cela vous semble indécent… mais j’adore être indécente avec lui.

Un petit sourire se dessina sur les lèvres de Tyler.

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Je repensai à ce qu’il venait de dire, laissai ses mots se mêler à tout ce que j’avais appris ces deux derniers mois. Reprendre une ancienne relation ou en démarrer une, c’était la garantie d’une rechute, et Tyler et moi entrions dans les deux catégories. Malgré cela, je savais que personne ne pourrait m’apprendre à aimer mieux que lui.

— Est-ce qu’on peut juste…

— Tout ce que tu voudras, bébé, dit-il.

Je repris place sur le siège passager, et Tyler garda ma main dans la sienne, posée sur sa cuisse, pendant tout le trajet. Je n’éprouvais ni stress, ni inquiétude, ni nervosité, au contraire. C’était comme si tout se mettait enfin en place dans ma vie, le même jour. La nouvelle Ellie rentrait chez elle, elle était amoureuse, fiancée, et heureuse. Je ne voyais pas plus stimulant pour sa santé psychologique. Je ne m’attendais pas à ce que la vie soit un long fleuve tranquille mais, quand je regardais Tyler, « comblée » était le seul mot qui me venait à l’esprit.

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Quand il s’écarta, nous restâmes front contre front. Il avait les yeux fermés, le souffle court. Quand il les ouvrit enfin, je ne lui laissai pas le temps de poser sa question, et lâchai ma réponse dans la précipitation.

— Oui !

Un petit sourire d’espoir se dessina sur ses lèvres.

— Vraiment ?

— Mais…

Le sourire s’évanouit, l’espoir dans son regard, aussi.

— … il me reste beaucoup de travail. Je vais avoir besoin de beaucoup de temps, et de patience.

Il secoua la tête, se redressa sur son siège, prêt au combat. Puis il ouvrit l’écrin, en sortit l’anneau en or blanc surmonté d’un petit solitaire rond.

— Il n’est pas aussi gros que celui de Finley, je sais, mais…

— Je m’en fous. Ce qui compte, c’est ce qu’il signifie.

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