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Extrait ajouté par wizbiz06 2012-05-11T17:37:15+02:00

Plyne fronçait les sourcils. Il tourna la tête pour regarder le pianiste, remarqua son sourire serein et se sentit mal à l’aise. Il se rembrunit. Mais sa mauvaise humeur fut de courte durée. Il jeta un coup d’œil sur Turley et sa figure s’éclaira. — Bon, ça va, fit-il. Tout ça n’a pas de sens. C’est du bavardage. Toi, t’es abruti et moi, j’ai mon boulot à faire. J’vais pas perdre mon temps à discuter avec toi. Le videur s’éloigna. Autour des tables comme devant le comptoir, tout le monde se remit à boire. Turley et Eddie se rassirent, Eddie faisant face à son piano. Il plaqua quelques accords, et bientôt la mélodie se dégagea, apaisée, tendre et douce. Les sons nostalgiques firent naître un sourire rêveur sur les lèvres de Turley

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Extrait ajouté par wizbiz06 2012-05-11T17:37:05+02:00

C’était celle du videur, autrefois surnommé l’Ours de Harleyville, que les clients du « Hut » connaissaient sous son vrai nom de Wally Plyne, mais que de rares admirateurs persistaient à appeler l’Ours. Un mètre quatre-vingt-trois, cent dix kilos, le cheveu rare, coupé court et crêpé, l’oreille gauche en chou-fleur, le nez informe à force d’avoir été cassé – on aurait dit une boule de mastic collée au milieu du disque granuleux de sa figure. Sa bouche était pleine de prothèses en tous genres et, du menton à la clavicule, serpentait une cicatrice recousue sans grand soin, sans doute par un interne débordé. Plyne n’était pas fier de sa cicatrice et, pour la cacher dans la mesure du possible, relevait très haut le col de sa chemise. Les ravages de sa figure le rendaient très susceptible; dès qu’on le regardait d’un peu trop près, il se raidissait, les veines de son cou se gonflaient, sa nuque se congestionnait et son regard semblait implorer celui qui le regardait de ne pas rire. Si l’autre éclatait de rire en dépit de cette prière muette, comme cela s’était parfois produit, il se retrouvait subitement avec plusieurs côtes cassées et des contusions internes. Les clients du « Harriet’s Hut », obéissant à l’instinct de conservation, se gardaient donc de s’amuser aux dépens du videur

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Extrait ajouté par wizbiz06 2012-05-11T17:36:52+02:00

Sans regarder Harriet, il avança la main pour serrer celle de la patronne, puis changeant d’avis, laissa dériver son bras. Harriet hocha la tête, avec un air de reproche maternel. Un sourire pensif éclaira sa face lunaire, un sourire plein de sympathie. La main sur la tête de Turley, elle ébouriffa ses cheveux déjà en désordre, comme pour lui faire comprendre que, malgré les apparences, les gens avaient du cœur, au « Harriet’s Hut », et qu’il pouvait se reposer, récupérer tout à son aise

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Extrait ajouté par wizbiz06 2012-05-11T17:36:44+02:00

Eddie leva les yeux et vit Harriet, la propriétaire du « Hut ». C’était une très grosse femme de quarante et quelques années, le cheveu oxygéné, la poitrine énorme et débordante, les hanches prodigieuses. Mais en dépit de son embonpoint, elle avait la taille relativement mince. Ses traits avaient quelque chose de slave, le nez à la racine large, légèrement épaté et l’œil gris bleu, un regard direct qui semblait dire : « Avec moi, s’agit d’être régulier ! Je n’ai que faire des petits voyous à la noix, des marloupins, des carottiers et des faisandiers en tout genre. Celui qui cherchera à me repasser se retrouvera avec les dents de devant en moins. » Turley glissait encore de sa chaise. Harriet l’empoigna, comme il basculait sur le côté. Ses mains grasses le maintinrent solidement sous les aisselles, pendant qu’elle se penchait pour examiner la bosse de son crâne

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Extrait ajouté par wizbiz06 2012-05-11T17:36:37+02:00

Turley se retourna pour jeter un coup d’œil vers la porte donnant sur la rue. Distraitement, il effleura sa joue gauche et fit une grimace de douleur. De nouveau, tout se brouilla dans sa tête et il commença à osciller comme si sa chaise, montée sur roues, roulait sur une route mal pavée. — Qu’est-ce qu’il a, le plancher, ici ? Marmonna-t-il, les yeux mi-clos. Tu parles d’une boîte ! Ils sont même pas foutus de réparer leur plancher. Les chaises tiennent pas debout … Il allait glisser de son siège, quand Eddie le rattrapa par l’épaule et le remit d’aplomb. — Ça va aller, dit-il. Repose-toi. — Que je me repose ? Bredouilla Turley. Pourquoi veux-tu que je me repose ? (Il agita mollement le bras pour désigner la foule dense au comptoir, les clients serrés autour des tables.) Tu vois tout ce monde qui s’amuse … Et moi alors ? Pourquoi j’aurais pas le droit de m’amuser, moi aussi ? Pourquoi 

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Extrait ajouté par wizbiz06 2012-05-11T17:36:26+02:00

Une figure sympathique, sans lignes dures, sans ombres. Les yeux d’un gris doux, la bouche tendre et calme, les cheveux châtain clair, négligemment rejetés, comme s’il les avait peignés avec ses doigts. Il portait le col de sa chemise ouvert, sans cravate. Sa veste et son pantalon étaient fripés, rapiécés. Ses vêtements paraissaient sans âge et trahissaient son indifférence pour les indications du calendrier et les impératifs de la mode. Il s’appelait Edward Webster Lynn et gagnait sa vie en jouant du piano au « Hut » six jours sur sept, de neuf heures du soir à deux heures du matin. Son salaire était de trente dollars; pourboires compris, il devait gagner trente-cinq à quarante dollars par semaine. Ça lui suffisait amplement. Il n’avait ni femme, ni voiture, pas de dettes, ni de charges. — Bon, en tout cas, c’est pas la police, répéta Turley. Si c’était elle, je t’aurais jamais foutu dans le coup. — C’est pour ça que t’es là ? Fit doucement Eddie. Pour me foutre dans le coup ? Turley ne répondit pas; il détourna légèrement la tête, dérobant son regard. La perplexité avait assombri sa figure. On aurait dit que, tout en sachant la réponse à la question, il ne parvenait pas à la formuler. — Je ne marche pas, déclara Eddie. Turley poussa un soupir. Mais le soupir à peine exhalé, il se remit à sourire

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Extrait ajouté par wizbiz06 2012-05-11T17:35:57+02:00

Une cliente se leva au même instant, et traversa la salle vers une porte marquée Dames. Turley, voyant la chaise libre, s’en empara, la traîna près du piano et s’assit. Un homme installé à la table cria : — Dites donc, vous ! Elle est occupée, la chaise ! — Vous énervez pas, dit Turley. Vous voyez pas que je suis infirme ? (Puis, se tournant vers le pianiste, il lui sourit de plus belle.) Ouais, je me suis cogné, reprit-il. Il fait si noir dehors que je suis rentré dans un poteau. — On te courait après ? Qui ça ? — Pas les flics, en tout cas, si c’est ça que tu penses. — Je pense rien. Le pianiste était de taille moyenne et mince, âgé d’une trentaine d’années. Il était là, paisible, ne trahissant aucune émotion particulière

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Extrait ajouté par wizbiz06 2012-05-11T17:35:47+02:00

Il poussa le battant et pénétra dans « Harriet’s Hut ». La salle était grande, haute de plafond, et en retard d’au moins trente ans sur la mode du jour. Pas d’appareil à disques, pas de télévision. Par endroits, le papier pendait en lanières, ailleurs, il était tout à fait arraché. Les chaises et les tables avaient perdu leur lustre. La barre de cuivre le long du comptoir était terne. Au-dessus de la glace, derrière le bar, il y avait la photo, défraîchie et cornée, d’un très jeune aviateur casqué, qui souriait, les yeux au ciel. Sous la photo une légende : Lindy-la-Chance. A côté, une autre photo représentait Dempsey, ramassé, prêt à bondir sur un Tunney flegmatique et scientifique. Sur le mur, à gauche du bar, le portrait encadré de Kendrick qui avait été maire de Philadelphie à l’époque du bicentenaire

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Extrait ajouté par wizbiz06 2012-05-11T17:35:40+02:00

L’homme courait toujours. Il tourna dans la première rue transversale, scrutant les ténèbres, guettant les lumières de l’enseigne. « Y a pas, faut que j’y arrive, pensait-il. Faut que je joigne Eddie avant que les autres m’aient rejoint. Si seulement je connaissais le quartier un peu mieux … Si seulement il faisait moins froid, moins noir dans ce secteur … Le moment est mal choisi pour la promenade à pied, surtout au pas de course, surtout pour échapper à une Buick rapide, avec deux fortiches à l’intérieur, des vrais cracks ! » Arrivé au prochain croisement, l’homme inspecta la rue latérale. Tout au bout, il aperçut la lueur orange d’une enseigne de bar. L’enseigne était vieille, composée d’ampoules juxtaposées et non de tubes néon. Il en manquait plusieurs et les lettres étaient illisibles. Mais avec ce qui restait, on comprenait du premier coup d’œil que c’était un endroit où on servait à boire. Le « Harriet’s Hut »

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Extrait ajouté par wizbiz06 2012-05-11T17:35:21+02:00

Il n’y avait pas de réverbères, aucune lumière dans cette rue étroite du quartier de Port Richmond, à Philadelphie. Une bise glaciale soufflait du Delaware tout proche, faisant fuir les chats errants vers les caves chauffées. La pluie de fin novembre cinglait par rafales les fenêtres obscurcies par la nuit, aveuglant l’homme qui venait de tomber. A genoux sur le bord de la chaussée, la respiration haletante, il crachait du sang et se demandait s’il n’avait pas une fracture du crâne. Fonçant à l’aveuglette, tête baissée, il s’était écrasé le front contre un poteau télégraphique. Il avait rebondi en arrière et s’était retrouvé sur le pavé, ne souhaitant qu’une chose : s’abandonner à son sort. « Mais tu peux pas rester là, se dit-il. Allez debout ! Galope ! 

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