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Trolls et légendes : L'Anthologie officielle



Description ajoutée par Gkone 2015-03-11T07:36:10+01:00

Résumé

Depuis dix ans, le festival Trolls et Légendes est un événement incontournable pour tous les amateurs de fantasy.

En partenariat avec le festival, les éditions ActuSF vous proposent cette anthologie exceptionnelle, rassemblant une formidable sélection d’auteurs francophones et une nouvelle inédite de la star mondiale du genre : Robin Hobb.

Entre mythologie, humour et (en)quêtes, parcourez avec eux les sentiers qui mènent aux trolls, ces créatures de légende. Retournez dans le Paris délicieusement steampunk d’Ambremer avec Pierre Pevel ; embarquez pour l’Islande aux côtés de Claudine Glot et d’un chevalier en mal d’aventures ; tombez sous le charme d’un retable aux étranges pouvoirs avec Estelle Faye ou mettez fin à l’exploitation des nains de jardin dans le monde de la nuit parisienne en compagnie d’Adrien Tomas.

Vous ne verrez plus jamais les trolls comme avant...

Sommaire

Préface de Gilles Francescano

"Sous les ponts de Paris" de Pierre Pevel

"D’azur au troll d’or" de Claudine Glot

"La montagne aux trolls" d'Estelle Faye

"Yamadut "de Cassandra O’Donnell

"Seulement les méchants" de Jean-Luc Marcastel

"Une créature extraordinaire" de Magali Ségura

"Le troll de sa vie" d'Adrien Tomas

"Le mythe de la caverne" de Gabriel Katz

"Le mal caché" de Patrick Mc Spare

"Vieux Tacot" de Megan Lindholm

Bonus

Pour toute commande passée avant le 1er avril, recevez votre exemplaire dédicacé !

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Classement en biblio - 38 lecteurs

Extrait

YAMADUT de Cassandra O’Donnell

L’ombre disparut brusquement. Leonora avança doucement sur le chemin en soupirant. Décidément celui-ci était têtu comme une mule. Les trolls n’étaient pourtant pas si difficiles à convaincre d’habitude. Ils étaient brutaux, stupides et indisciplinés, mais ils finissaient toujours par accepter d’entrer dans le Bel’hazat, le champ des âmes. Seulement voilà, celui-ci semblait bien décidé à la faire tourner en bourrique. Leonora tentait de se consoler en se disant que ça faisait partie des impondérables du métier. Après tout, guider les âmes au royaume des morts n’avait rien d’une tâche facile. Surtout pour une Yamadut n’ayant pas encore reçu le froid baiser d’Héla. Une Yamadut ayant encore un pied dans le monde des vivants.

— Dis, tu es vraiment sûr de vouloir t’engager sur ce chemin, Troll ? se mit à crier Leonora en grimaçant.

Le troll tourna un instant la tête vers elle. Il ne craignait pas la messagère. Ni aucune autre de son espèce. Il leur avait échappé depuis longtemps. Très longtemps. Il lui suffisait d’atteindre le passage obscur et alors il serait libre. Son abri était à deux pas, de l’autre côté, là où les envoyées de la sombre Déesse ne pourraient pas le trouver. Poussant un grognement sourd, il se mit à courir de plus belle puis s’engouffra d’un bond dans une gigantesque veine creusée sous la terre.

— Non ? T’es sérieux là ? soupira Leonora en le voyant disparaître dans le sol.

Stupide troll, stupide, stupide troll, songea la jeune Yamadut les yeux rivés sur le trou creusé dans la terre. Non, mais qu’est-ce qu’il s’imagine ? Qu’il peut m’échapper en se cachant dans un terrier comme un vulgaire lapin ?

— Je sens les battements de ton cœur dans ma main, Troll, je sens le lien qui te relie au monde des vivants, je sens même l’odeur de ton sang, tu ne pourras pas m’échapper, hurla Leonora en se lançant à sa poursuite.

Elle ne savait pas où ce diable de troll comptait se réfugier ni même où menait ce tunnel obscur, mais elle s’en fichait. Elle était bien décidée à attraper le fuyard coûte que coûte. Longeant les parois en silence, les yeux luisants, elle avança lentement dans l’obscurité et parcourut au moins une centaine de mètres jusqu’à une immense cavité faite de roches. Au fond, tout au fond, se trouvait un grand rideau de lumière. Un rideau parcouru d’étranges vibrations. Leo s’approcha doucement, leva la tête et renifla l’air. Le troll était bien passé par ici. Son instinct lui souffla de faire marche arrière et de ne surtout pas s’approcher, mais la Yamadut était bien trop entêtée pour renoncer.

— Oh bon sang, j’ai l’impression d’être Alice au pays des merveilles, grommela-t-elle en fermant les paupières avant d’avancer d’un pas vers la lumière.

À peine avait-elle pénétré à l’intérieur que Leo eut la sensation que quelque chose se refermait autour d’elle. C’était une impression étrange. Pas désagréable, mais étrange comme quand on traverse une surface liquide. Puis elle prit soudain conscience d’une présence inconnue qui l’observait attentivement. Elle la jaugeait, elle la sondait comme si elle voulait percer son âme. Et, tout à coup, il n’y eut plus rien. Rien qu’un air vif et un sol blanc, froid et immaculé.

— Troll !!!

Le troll entendait au loin la voix de la Yamadut. Une voix claire. Puissante. Ce n’était pas la première fois qu’une faucheuse se lançait à ses trousses, mais c’était la première fois qu’il avait affaire à une créature aussi étrange. Les autres messagères, elles, n’avaient pas besoin d’oxygène et ne semblaient pas posséder d’organes vocaux. Elles se contentaient de plonger leur regard mortel dans celui de leurs proies puis les emportaient silencieusement dans leur prison d’éternité. Mais elles ne respiraient pas, ne criaient pas, ne menaçaient pas et surtout, aucune d’entre elles n’était jamais parvenue à le suivre dans l’entre-monde. Du moins jusqu’à présent...

Poussant un grognement contrarié, il leva la tête vers le ciel pourpre et le fantastique paysage qui se dessinait sous ses yeux. Des montagnes majestueuses, des pics formant un mur à l’assaut du ciel, des chemins enneigés, des arbres étranges aux branches couvertes de glace… c’était un endroit insolite, un endroit qui parlait à son âme, un endroit sauvage et si glacial qu’il pétrifiait le sang des mortels dans leurs veines et où le vent mordait la chair comme des lames de couteau.

Leo poussa un profond soupir et ne prit même pas la peine de fermer son blouson. Elle ne ressentait pas la morsure du froid, elle ne craignait pas non plus d’arpenter ce monde étrange et édifiant où le troll l’avait entraînée. Elle était en colère. Pas contre la pauvre créature qui tentait désespérément de lui échapper, mais contre elle-même. Elle était Yamadut. Elle ne pouvait se permettre la moindre erreur. Et laisser cet imbécile de troll l’entraîner dans cette terre hostile et inconnue en était incontestablement une.

— Bon, alors, où donc t’es-tu enfui ? murmura-t-elle en s’accroupissant et en observant les empreintes laissées dans la neige par la créature. Puis, elle se redressa, plia les genoux et bondit sur une paroi rocheuse, quatre mètres plus haut.

Elle était encore loin, mais la vue exceptionnelle de la Yamadut permettait de voir ce qu’aucune créature humaine n’aurait pu distinguer : grand (il faisait au moins deux mètres), une peau nue et claire, des poils blancs disséminés ici et là sur ses membres inférieurs et ses avant-bras, un développement musculaire des plus proéminents… Le troll des neiges était un être stupéfiant et en tous points différent de cette peluche poilue, ce singe ridicule, ce yéti, décrit par les humains. Il arpentait à présent à grandes enjambées le talus qui menait sur la face nord de la montagne. Visiblement, il avait décidé de grimper au sommet, mais elle se demandait pourquoi. Aucune dissimulation n’était généralement possible dans ce genre d’endroit. Perplexe, elle prit un chewing-gum dans sa poche puis d’un bond, redescendit sur la terre ferme et se mit lentement à avancer.

Le chemin était étroit et de gros fourrés glacés se dressaient sur chaque côté de la pente. Elle en suivit les méandres et poursuivit sa marche pendant une bonne heure sans se préoccuper de la nuit qui tombait ou du froid qui grandissait avec l’obscurité.

Le cerveau troublé par le doute et la crainte, le troll arrivait au terme de son ascension. Il s’était déplacé rapidement, se jouant sans difficulté des aspérités de la glace et du sol, et était enfin parvenu à la grotte de Yash, celle qui menait au monde du dessous. Un monde gigantesque rempli de milliers de galeries souterraines creusées sous les terres gelées. Entrant dans la cavité, il se mit pourtant à hésiter quelques secondes. Il s’était rarement aventuré dans les tunnels sombres. Et les rares fois où il s’y était risqué, il était resté dans la zone proche de la surface et il ne s’y était guère attardé. Il savait comme tous les habitants des terres gelées quel genre de créatures occupaient les sous-sols des terres souterraines et ses ténèbres silencieuses. Et il n’avait aucune envie de se faire tuer. Mais l’autre possibilité, celle de se trouver face à la Yamadut lui paraissait pire encore.

Celui-là, oui celui-là, ça devrait aller, songea-t-il en regardant l’entrée de l’un des quatre tunnels qui se dressaient devant lui avant de s’y engouffrer.

Puis, il se mit à marcher en silence. Dans ce monde, la prudence imposait le silence. Un silence absolu. Sa survie en dépendait.

Leonora n’avait pas besoin de torche. Elle distinguait parfaitement les formes et les contours de la roche en dépit de l’obscurité. Tantôt lisses et opaques comme un épais manteau de glace, tantôt rugueuses et acérées comme des lames de rasoir, les parois de la caverne étaient recouvertes d’étranges runes indiquant que cette terre sauvage abritait ou du moins avait abrité des êtres capables de travailler la roche et d’user de magie.

Drôle d’endroit, songea-t-elle en avançant plus profondément dans la grotte à la recherche de tout mouvement indiquant la présence d’un ennemi ou de toute autre forme de vie, mais sans succès.

Elle avait beau tendre l’oreille, il n’y avait pas le moindre bruit. Il n’y avait que le silence. Profond. Angoissant. Terrible. Le silence et l’odeur persistante d’un troll apeuré.

— Bon allez, au boulot ma vieille ! murmura-t-elle en humant l’air avant de se diriger d’un pas décidé vers l’une des quatre galeries situées au fond de la grotte.

Leonora parcourait les tunnels les uns après les autres suivant toujours l’odeur du troll lorsqu’elle sentit soudain une présence derrière elle.

— Je ne sais pas ce que tu es ni qui tu es mais je te conseille de garder tes distances, murmura-t-elle tandis que ses yeux prenaient une étrange couleur rubis.

— Humaine ?

Leonora tourna la tête puis aperçut une drôle de créature. Petite, de longs bras traînant sur le sol, un torse large où était posée une tête énorme déformée par une sorte de groin, elle aurait presque pu paraître ridicule sans son regard noir, sans pupille et les énormes crocs qui déformaient sa dentition.

— Non, répondit Leonora en secouant la tête.

Leonora était Yamadut. Elle pouvait communiquer avec n’importe quelle créature. Y compris les plus improbables comme celle-ci.

— Yamadut.

Un air de profonde déception s’afficha sur le visage de la femme.

— Se mange ?

— Si tu te demandes si je suis une proie, alors ma réponse est non.

La chose se mit à grogner puis lança avant de se ruer vers Leonora :

— Voir…

Leonora haussa les épaules, laissa le pouvoir de mort l’envahir puis le propulsa d’un geste sur la créature qui s’écroula aussitôt.

— On ne t’a jamais dit que la curiosité était un vilain défaut ? soupira la Yamadut.

Puis, elle passa lentement sa main sur son front et reprit sereinement son trajet.

Le troll avançait la gorge serrée. Tous les sens en alerte. La puanteur était innommable. Des os et des morceaux de chair jonchaient le sol et les miasmes répugnants que le prédateur avait semés derrière lui ne laissaient de doute sur son identité.

Il devait fuir. Vite. Très vite. Et courir aussi vite qu’il le pouvait.

— Troll ?

Le troll se figea brusquement.

— Tu comptes aller encore loin comme ça ?

Il tourna la tête et croisa le regard amusé de Leonora.

— Laisse-moi tranquille et rentre chez toi. Ce monde n’est pas le tien.

— La mort arpente tous les mondes. On ne peut l’arrêter, rétorqua-t-elle en repoussant une longue mèche de cheveux noirs d’un geste de la main.

Le troll la fixa longuement. Une enfant. Héla lui avait envoyé une enfant. Une petite humaine insolente avec de grands yeux verts et un visage pâle.

— Qui es-tu ?

Leo sourit et laissa entrevoir la flamme incandescente qui luisait dans ses yeux.

— Tu sais parfaitement qui je suis.

Il secoua la tête.

— Non… les messagères sont froid, néant, mort…

Les paroles du troll n’étaient pas dénuées de sens. Les faucheuses étaient comme des coquilles vides. Il ne restait en elles aucune trace d’humanité. Leonora était différente. Elle avait une vie à elle, une vie de mortelle…

Elle acquiesça.

— Tu as raison, je suis une gardienne des âmes. Pas une faucheuse.

La Yamadut avait parfaitement conscience d’être un cas. Héla l’avait choisie. Elle l’avait marquée et se l’était appropriée comme si elle n’avait été qu’un vulgaire objet. Elle ne s’en plaignait pas. Ses pouvoirs conjugués à ceux de la Déesse étaient phénoménaux et les missions successives qui lui étaient confiées n’étaient pas dénuées d’intérêt. Mais elle n’était plus véritablement libre et il lui arrivait de plus en plus souvent de le déplorer.

— Et tu es vivante, remarqua-t-il.

Leo se retint de sourire. Les trolls étaient des créatures instinctives et malignes, mais généralement incapables de réflexion. Or celui-ci était incontestablement différent des autres. Il ne poussait pas de grognements, son discours était incroyablement élaboré, ses pensées complexes… Elle était intriguée.

— De toute évidence, admit-elle avec un sourire.

L’expression sur le visage du troll indiqua soudain clairement sa perplexité.

— Comment es-tu parvenue à traverser le kaddish ?

Le kaddish ?

— Ah ? Tu parles de cette drôle de lumière… c’est vrai que maintenant que tu le dis, j’ai eu une drôle de sensation à l’intérieur. Tu vois ? C’était comme si quelqu’un m’observait.

— Amash.

— Amash ?

— Le gardien. Il veille sur cette terre et en interdit l’accès aux étrangers.

Pas à tous, visiblement, songea-t-elle en haussant les sourcils.

— Pourquoi ?

— Ce monde a été offert aux anciens, répondit-il sobrement.

Leonora prit quelques secondes de réflexion. Elle avait lu quelque part que le terme « anciens » avait été autrefois utilisé pour qualifier toutes les créatures magiques créées par des divinités ayant existé avant l’avènement d’Akhmaleone, la déesse de la vie et celle d’Héla, déesse de la mort. Mais elle n’avait jamais cru à toutes ces sornettes. Du moins jusqu’à présent.

— Donc si je comprends bien, personne ne meurt ici ?

— Bien sûr que si. Mais nos âmes peuvent disposer d’elles-mêmes et errer librement dans ce monde…

Leonora fronça les sourcils, contrariée. Les âmes libres devenaient automatiquement des esprits. Et les esprits souffraient. Terriblement. Elle en savait quelque chose. Son appartement et son univers en étaient peuplés.

— Libres ? Aucune âme ne peut être véritablement libre, Troll, soupira-t-elle avant d’entendre un bruit fracassant puis de voir le sol s’effriter lentement sous ses pieds.

— C’est quoi ça ? demanda-t-elle au troll avant de bondir et de planter ses griffes dans le plafond de la voûte rocheuse.

— Engarah ! répondit-il aussitôt en se jetant brutalement sur le côté pour ne pas tomber dans la cavité qui était en train de se former au-dessous d’eux.

— Engarah ? répéta Leonora.

— Bête des roches, précisa le troll en regardant avec angoisse une gigantesque patte noire jaillir des profondeurs.

Beurk qu’est-ce que c’est que ce truc ? songea la Yamadut en réprimant un frisson de dégoût à la vue de l’insecte monstrueux qui apparaissait lentement sous ses yeux : six pattes, quatre yeux noirs, de grosses mandibules et un énorme corps poilu. Génial ! Toi mon vieux, je te classe en tête de liste des « animaux de compagnie à éviter », pensa-t-elle à nouveau tandis que la bête tournait lentement sa grosse tête vers une forme qui tentait désespérément de se cacher dans l’ombre.

Comprenant qu’elle l’avait repéré, une terreur indicible s’inscrivit sur le visage du troll et la Yamadut vit littéralement ses muscles se tendre de la tête aux pieds.

Elle grimaça aussitôt.

— Oh, oh, ça ne sent pas bon…

Le troll semblait être de son avis parce qu’il se mit soudain à détaler à toute berzingue en poussant des cris de frayeur.

Tiens, qu’est-ce que je disais ? soupira intérieurement Leonora en regardant la hideuse bestiole le prendre immédiatement en chasse.

— Ah non, pas question ! Ma traque, ma proie, cria la Yamadut avant de se laisser tomber sur le sol et de courir derrière eux avec une rapidité presque imperceptible à l’œil nu.

Elle les rejoignit quelques secondes plus tard.

— Je ne voudrais pas me montrer désagréable, mais je commence à me lasser de te courir après, Troll, lança Leonora en regardant avec curiosité la gigantesque cavité où elle venait de débarquer.

Un petit lac, quelques végétations, de la terre… et tout ça sans lumière, voilà qui avait de quoi étonner.

— Bizarre comme coin, tu ne trouves pas ? ajouta-t-elle.

Mais le troll l’ignorait. Il était bien trop occupé à tenter de repousser les mandibules de la bestiole et de se libérer des deux pattes qui le maintenaient au sol.

Leonora grimaça. Le gros nez aplati, les yeux globuleux, la peau blanchâtre, le cou épais et les dents gâtées du troll étaient répugnants. Mais pas autant que pouvait l’être le monstre qui tentait désespérément de le dévorer.

— Un coup de main, peut-être ?

Le troll poussa cette fois un juron.

— Oui, c’est bien ce que je pensais, soupira la Yamadut en souriant avant de sauter sur le dos de la bestiole.

Elle commença par planter les griffes de sa main gauche dans le flan de l’animal afin de ne pas se faire désarçonner, puis elle sortit un couteau argenté couvert de symboles de l’étui qu’elle avait autour de la taille et se mit aussitôt à taillader et à lacérer la chair de son adversaire avec une force et une rapidité inhumaines. L’animal poussa plusieurs sons aigus tandis qu’un liquide vert et visqueux s’échappait de chacune des blessures qu’elle lui infligeait, mais la Yamadut continua à frapper, à frapper encore jusqu’à ce qu’il s’écroule tout à fait. Puis, consciente du peu de danger que son adversaire représentait désormais, elle sauta sur le sol, se planta face à la bête, leva les bras et d’un geste sec, lui arracha la tête.

— Eh ben voilà !… Ce n’est pas si difficile. Dégoûtant, grimaça-t-elle à mi-voix en regardant le liquide visqueux sur son bras, mais pas difficile…

Puis, elle se tourna vers le troll qui la dévisageait d’un air étonné :

— Dis-moi c’était un modèle unique ou… ?

— Non. Elles sont nombreuses à occuper les tunnels, rétorqua le troll.

La Yamadut soupira.

— Comment as-tu réussi à survivre aussi longtemps ?

Le troll haussa les épaules.

— En les évitant. Et en respectant les limites de leur territoire.

Leonora ne put s’empêcher de sourire.

— Logique.

Puis ajouta d’un ton désinvolte :

— On y va ?

Une lueur de panique s’alluma dans le regard du troll.

— Où ? Où comptes-tu m’emmener ?

— Pourquoi poser une question dont tu connais déjà la réponse ?

Le troll ne prit pas la peine de protester. C’était inutile. Il avait dépassé le temps qui lui avait été alloué et de beaucoup. La Yamadut ne changerait pas d’avis. Elle allait le tuer froidement sans exprimer le moindre regret.

— Alors à quoi bon me sauver ? Pourquoi ne pas avoir laissé simplement l’Engarah me tuer ? demanda-t-il d’une voix enrouée par la peur.

Elle haussa les épaules et répondit laconiquement :

— Je ne t’ai pas sauvé.

Il fronça les sourcils et lui lança un regard circonspect.

— Je ne comprends pas.

Elle leva les yeux au ciel puis lui indiqua le grand corps blanc, poilu et sanguinolent qui gisait sur le sol.

Le troll s’approcha lentement puis tressauta nerveusement.

— Qu’est-ce que… ?

Non. Non, il ne pouvait pas… ce n’était pas…

La Yamadut grimaça et lui adressa un sourire d’excuse.

— Désolée.

Puis elle lui prit la main tandis qu’il continuait à fixer le corps d’un air hébété et ajouta en soupirant :

--Mais elles sont super rapides ces bestioles.

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Commentaires récents

Lu aussi

Un recueil de nouvelles choisi surtout pour le merveilleux Pierre Pevel. Les autres nouvelles sont sympas mais j'ai vraiment du mal avec ces recueils de multiples auteurs. Je trouve assez perturbant de passer d'un style à l'autre, d'un univers à un autre en si peu de temps.

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Argent

Il m'est toujours assez difficile de classer un recueil de nouvelles d'auteurs différents. Il y en a certaines que j'ai adoré et qui auraient mérité l'or, voire le diamant (mon top 3 étant "Une créature extraordinaire" de Magali Ségura, "La montagne aux trolls" d'Estelle Faye et "Sous les ponts de Paris" de Pierre Pevel). Certaines m'ont en revanche laissée de marbre même si elles sont peu nombreuses. Dans tous les cas, cela m'aura permis de découvrir de nouvelles plumes ou de retrouver avec joie celles déjà connues et appréciées.

Je classerais un peu à part la nouvelle de Robin Hobb qui, même si elle est très belle, ne rentre pas dans le thème. Et il faut avouer que c'est un peu étrange quand on a passé l'entièreté du recueil à se demander "bon alors, il est où le Troll ?" de ne pas en découvrir le moindre orteil dans la dernière nouvelle.

En bref, un recueil que je suis contente d'avoir découvert et de posséder (2015 correspond à ma première visite au festival qui est devenu un rituel tous les deux ans depuis et que je ne manquerais qu'en cas de force majeure).

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Or

Un bon recueil, regroupant beaucoup d'auteurs autour du thème du troll. J'ai, dans l'ensemble, passé un bon moment de lecture & eu l'occasion de découvrir les plumes de quelques auteurs qui m'intéressaient.

"Sous les ponts de Paris" m'a permis de découvrir l'univers du Paris des Merveilles, que j'ai très envie de lire depuis un moment & cette petite nouvelle m'a convaincu de me plonger dans la série principale.

"D’azur au troll d’or" est certainement la nouvelle qui m'a le moins convaincu, je n'ai pas spécialement apprécié malgré l'histoire sympathique. J'y ai trouvé des longueurs qui ont vraiment pesé sur la lecture.

"La montagne aux trolls" est étrange. Je dois dire que je suis encore perplexe en y repensant. C'est une bonne histoire mais tellement surprenante & bizarre que c'est un peu déconcertant.

"Yamadut "de l'excellente Cassandra O’Donnell m'a bien évidemment conquit. J'adore l'auteur, j'adore sa série Rebecca Kean, j'adore Léo donc forcément c'était tout bon.

Les 3 nouvelles suivantes, "Seulement les méchants", "Une créature extraordinaire" et "Le troll de sa vie" m'ont énormément plu, j'en garde un excellent souvenir. Elles m'ont toutes les trois fait vibrer, m'ont captiver, toucher, m'ont fait rire, un régal !

"Le mythe de la caverne" & "Le mal caché" m'ont permis de découvrir la plume de Gabriel Katz & de retrouver celle de Patrick Mc Spare et j'ai très envie de me lancer ou de poursuivre une de leurs séries.

"Vieux Tacot" détonne un peu des autres nouvelles étant donné qu'elle n'a aucun rapport avec les trolls, mais c'est sympathique à lire.

C'est vraiment plaisant à lire, et ça permet de (re) découvrir des plumes bien connues, j'ai bien aimé ma lecture.

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Or

Un recueil de nouvelle de très bonne facture avec des auteurs ayant tous leurs propres qualités et défauts.

Je dirais que la nouvelle qui m'a le moins convaincu est celle de Magali Ségura à cause de petites longueur dans l'histoire.

L'ensemble des textes est égales et très agréable à lire.

Pour rebondir sur le commentaire de 327e je trouve la couverture en désaccord complet avec le recueil où la très grande majorité des histoires sont légères et où les trolls ne sont pas des monstres sanguinaire comme le fait pensé la couverture.

Un recueil très très agréable à lire avec des grand noms dedans !!!

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Argent

Ce qui m’a fait acheter ce livre, ce n’est pas vraiment mon amour des trolls, mais plutôt la couverture. Elle est magnifique !

Les trolls pour moi à la base, ce sont des êtres faisant plus partie du clan des méchants que des gentils. Ils sont souvent représentés comme des mangeurs d’Hommes sanguinaires, relativement dénué d’intelligence et pas très beaux.

Dans cette anthologie, c’est plutôt l’inverse (le côté beauté de la nature tombe quand même dans les oubliettes faut pas abuser). Je ne sais pas si les auteurs ce sont passer le mot, mais dans pratiquement chaque nouvelle, le troll est représenté comme un être fabuleux et sympathique. Certains ont même quelque chose de fascinant. Ce n’est pas avec cette anthologie que le lecteur va trembler !

Ce que j’ai apprécié avec cette anthologie c’est d’avoir pu découvrir l’univers d’auteur que je ne lis pas forcément. Tous en fait, sauf Pierre Pevel et Megan Lindholm alias Robin Hobb. Certaines nouvelles m’ont donné envie de m’intéresser à tel ou tel auteur alors que d’autres beaucoup moins.

C’était la première fois que je lisais une anthologie et j’ai vraiment apprécié de passer d’un monde a l’autre, de découvrir un nouveau protagoniste, un nouveau troll…

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Date de sortie

Trolls et légendes : L'Anthologie officielle

  • France : 2015-04-02 (Français)

Activité récente

Kaellis l'ajoute dans sa biblio or
2017-04-27T10:19:27+02:00

Titres alternatifs

  • "Sous les ponts de Paris" de Pierre Pevel - Français
  • "D’azur au troll d’or" de Claudine Glot - Français
  • "La montagne aux trolls" d'Estelle Faye - Français
  • "Seulement les méchants" de Jean-Luc Marcastel - Français
  • "Une créature extraordinaire" de Magali Ségura - Français
  • "Le troll de sa vie" d'Adrien Tomas - Français
  • "Le mythe de la caverne" de Gabriel Katz - Français
  • "Le mal caché" de Patrick Mc Spare - Français
  • "Vieux Tacot" de Megan Lindholm - Français
  • "Yamadut "de Cassandra O’Donnell - Anglais

Editeurs

Les chiffres

Lecteurs 38
Commentaires 5
Extraits 4
Evaluations 3
Note globale 6 / 10

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