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Extrait de Twilight : Midnight Sun ajouté par Schima 2010-11-25T10:21:15+01:00

Une once d'impatience dans sa voix cette fois. Elle me jeta un regard noir. Carlisle s'approcha d'elle et fit courir presque tendrement ses doigts sur son cuir chevelu jusqu'à ce qu'il ait trouvé la bosse au sommet de son crâne. Toutes mes défenses tombèrent devant la vague d'émotions qui m'assaillait. Maintes fois j'ai eu l'occasion de voir Carlisle travailler avec des humains. Je lui ai même servi d'assistant, il y a des années – uniquement dans les situations où le sang n'était pas impliqué cependant. Ce n'était donc pas nouveau pour moi de le voir interagir avec cette fille comme s'il était aussi humain qu'elle. J'ai souvent envié sa maîtrise de soi, c'est vrai, mais jamais à ce point là. Cette fois c'était différent. C'était bien plus que son self-control que j'enviais chez lui. Je brûlais de faire disparaître cette différence entre Carlisle et moi – le fait qu'il puisse la toucher si tendrement, sans peur, sans craindre de la blesser...

Elle tressaillit, et je remuai sur le matelas où j'étais assis. Je dus me concentrer pendant un moment pour retrouver ma position décontractée.

-C'est douloureux ?, demanda Carlisle.

Son menton hocha d'un millimètre.

-Pas vraiment, dit-elle.

Une autre pièce trouva sa place dans le puzzle de sa personnalité : elle était courageuse. Elle n'aimait pas montrer ses faiblesses.

C'était probablement la créature la plus vulnérable qu'il m'ait été donné de rencontrer, et elle ne voulait pas sembler faible. Un léger rire s'échappa de mes lèvres.

Elle me lança un autre regard courroucé.

-Bon, déclara Carlisle, votre père vous attend à côté. Vous pouvez rentrer.

Mais n'hésitez pas à revenir si vous avez des étourdissements ou des troubles de la vision.

Son père était donc là ? J'avais beau scanner les pensées de la foule qui avait envahit le hall, je n'arrivais pas à trouver sa voix avant que Bella ne se remette à parler, l'air anxieux.

-Je ne peux pas retourner au lycée ?

-Vous feriez mieux de vous reposer, aujourd'hui, lui suggéra Carlisle.

-Et lui, il y retourne ?, enchaîna-t-elle en me désignant du regard.

Agir normalement, arranger les choses... ignorer l'effet que ça fait quand elle me regarde dans les yeux...

-Il faut bien que quelqu'un annonce la bonne nouvelle de notre survie, déclarai-je.

-En fait, me corrigea Carlisle, la plupart des élèves semblent avoir envahit les urgences.

Cette fois-ci, je pu anticiper sa réaction – son aversion envers les spots braquées sur elle. Je ne fus pas déçu.

-Oh, bon sang !, grommela-t-elle en enfouissant son visage dans ses mains.

J'étais plutôt content d'avoir enfin réussi à deviner juste. Je commençai à la comprendre...

-Vous préférez rester ici ?, demanda Carlisle.

- Non, non !, s'empressa-t-elle de répliquer.

Elle arracha ses jambes aux draps et sauta du lit, puis perdit l'équilibre et trébucha pour atterrir dans les bras de Carlisle qui s'empressa de la rattraper et de la remettre sur ses pieds.

Cette fois encore, un torrent de jalousie me dévora.

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Extrait de Twilight : Midnight Sun ajouté par eara007k 2012-01-29T19:08:29+01:00

Je m'agenouillai près d'elle et Mike hésita près de moi, furieux de mon intervention.

- Bella, tu m'entends ?

- Non, gémit-elle. Fiche le camp.

Le soulagement était si exquis que je ris. Elle allait bien.

- Je l'emmenais à l'infirmerie, dit Mike, mais elle n'a pas réussi à aller plus loin.

- Je m'en occupe. Toi, retourne en classe, lui dis-je d'un ton dédaigneux.

Mike serra les dents.

- Non, on me l'a confiée.

Je n'allais pas rester planté là à débattre avec ce malheureux. Excité et terrifié, à moitié reconnaissant et à moitié contrarié par cette situation difficile qui faisait de la toucher une nécessité, je redressai doucement Bella et la pris dans mes bras, ne touchant que ses vêtements, gardant autant de distance que possible entre nos deux corps. Je marchai à grands pas, pressé de la mettre en sécurité – en d'autres termes aussi loin de moi que possible.

Elle ouvrit des yeux grands comme des soucoupes, éberluée.

- Lâche-moi ! ordonna-t-elle d'une voix faible – embarrassée, à ce que je pouvais deviner d'après son expression.

Elle n'aimait pas montrer sa faiblesse. J'entendis à peine les cris de protestation de Mike derrière nous.

- Tu as une mine affreuse, lui dis-je, affichant un sourire radieux, tant j'étais soulagé qu'elle n'ait qu'un étourdissement et un estomac vide.

- Repose-moi par terre, dit-elle, les lèvres blanches.

- Alors, comme ça, tu t'évanouis à la vue du sang ?

Y avait-il quoi que ce soit au monde de plus ironique ?

Elle ferma les yeux et serra les lèvres.

- Et il ne s'agit même pas du tien, ajoutai-je, toujours souriant.

Nous étions arrivés à l'accueil. La porte était entrouverte, et je l'écartai d'un coup de pied.

Mme Cope bondit de sa chaise, surprise.

- Oh, mon Dieu ! s'exclama-t-elle.

- Elle est tombée dans les pommes pendant le cours de biologie, lui expliquai-je avant que son imagination ne l'emporte trop loin.

Mme Cope se dépêcha de nous ouvrir la porte de l'infirmerie. Bella avait rouvert les yeux et la regardait. J'entendis la stupéfaction interne de la vieille infirmière tandis que je déposais précautionneusement Bella sur le lit miteux. Dès qu'elle fut hors de mes bras, je mis toute la distance de la salle entre nous. Mon corps était trop excité, mes muscles tendus et mon venin affluait. Elle était si tiède et sentait si bon.

- Rien qu'une petite perte de connaissance, rassurai-je Mme Hammond. On pratiquait un test sanguin en sciences nat.

Elle acquiesça, comprenant ce qui s'était passé.

- Ça ne rate jamais.

J'étouffai un rire. Comptez sur Bella pour être celle à qui ça arriverait.

- Reste allongée un moment, petite, lui dit Mme Hammond. Ça va passer.

- Je sais, lui répondit Bella.

- Ça t'arrive souvent ? demanda l'infirmière.

- Parfois, admit-elle.

Je tentai de dissimuler mon rire par un toussotement. Cela reporta l'attention de l'infirmière sur moi.

- Tu peux retourner en cours.

Je la regardai droit dans les yeux et mentis avec assurance.

- Je suis censé rester avec elle.

Hmm. Je me demande… Bon, très bien. Elle céda.

Cela marchait parfaitement sur elle. Pourquoi fallait-il que Bella me pose tant de difficultés ?

- Je vais te chercher un peu de glace pour ton front, petite, dit l'infirmière, mise mal à l'aise par sa confrontation avec mon regard – comme un humain était censé l'être – ; puis elle sortit.

- Tu avais raison, dit Bella d'une voix faible.

Que voulait-elle dire ? Je sautai directement à la pire conclusion : elle avait accepté mes avertissements.

- C'est souvent le cas, répondis-je, essayant de garder une trace d'amusement dans ma voix ; elle me semblait acerbe. À propos de quoi, cette fois ?

- Sécher est bon pour la santé.

Ah, encore ce soulagement.

Elle resta silencieuse. Elle ne faisait plus que respirer profondément. Ses lèvres retrouvaient peu à peu leur couleur rose, sa lèvre inférieure un peu trop pleine par rapport à l'autre. Regarder sa bouche me fit une impression étrange. Me donna envie de me rapprocher d'elle, ce qui n'était pas une bonne idée.

- Tu m'as flanqué une sacrée frousse, lui dis-je, pour relancer la conversation afin d'entendre le son de sa voix. J'ai cru que Mike Newton s'apprêtait à aller enterrer ta dépouille dans la forêt.

- Ha, ha.

- Franchement, j'ai vu des cadavres qui avaient meilleure mine. (C'était vrai.) J'ai craint un instant de devoir venger ton assassinat.

Et je l'aurais fait, sans aucune hésitation.

- Pauvre Mike, soupira-t-elle. Je parie qu'il est furax.

Une pulsion de fureur me traversa, mais je la contins rapidement. Sa préoccupation pour lui n'était que de la pitié. Elle était gentille. C'était tout.

- Il me déteste, lui confiai-je, égayé par cette idée.

- Tu n'en sais rien.

- J'en suis sûr, je l'ai lu sur son visage.

Il était probablement vrai que lire sur son visage m'aurait donné assez d'informations pour parvenir à cette conclusion. Tout cet entraînement avec Bella avait aiguisé ma compétence à déchiffrer les expressions humaines.

- Comment se fait-il que tu nous aies aperçus ? Je croyais que tu avais quitté le lycée.

Elle avait l'air d'aller mieux ; la couleur verdâtre avait déserté sa peau translucide.

- J'écoutais un CD dans ma voiture.

Elle tiqua, comme si une réponse aussi ordinaire l'avait surprise.

Elle garda les yeux ouverts lorsque Mme Hammond revint avec un sac de glace.

- Tiens, dit-elle en le posant sur le front de Bella. Tu as repris des couleurs.

- Je crois que ça va, assura Bella avant de s'asseoir en enlevant la compresse.

Évidemment. Elle n'aimait pas qu'on s'occupe d'elle.

Mme Hammond tendit un instant ses mains ridées vers Bella, comme si elle allait la forcer à se rallonger, mais à ce moment-là Mme Cope ouvrit la porte de l'infirmerie et se pencha à l'intérieur. Avec elle entra une bouffée d'air chargé d'odeur de sang.

Invisible dans le bureau derrière elle, Mike Newton était toujours fâché, souhaitant que le garçon qu'il traînait à présent fût la fille qui était ici avec moi.

- Nous en avons un autre, lança Mme Cope.

Bella sauta rapidement à bas du lit de camp, pressée de ne plus être sous les projecteurs.

- Tenez, dit-elle à Mme Hammond en lui rendant la compresse, je n'en ai pas besoin.

Mike grogna en poussant Lee Stevens à l'intérieur de l'infirmerie. Le sang coulait toujours de la main qu'il portait à son visage, formant un filet mince qui courait vers son poignet.

- Flûte.

Il était temps que je parte, et à voir la mine de Bella, c'était vrai aussi pour elle.

- Va dans le bureau, Bella.

Elle me regarda de ses grands yeux étonnés.

- Fais-moi confiance et file.

Elle fit volte-face et passa par la porte avant qu'elle ne se fût refermée, se précipitant à l'accueil. Je la suivis, quelques centimètres derrière. Ses cheveux volaient et caressèrent ma main…

Elle se retourna pour me regarder, les yeux toujours grands ouverts.

- Tu m'as obéi, pour une fois, remarquai-je.

C'était une première. Son petit nez se fronça.

- J'ai détecté l'odeur du sang.

Je la fixai, aussi surpris que déconcerté.

- Pour la plupart des gens, le sang n'a pas d'odeur.

- Pour moi si. Un mélange de rouille et… de sel. Qui me rend malade.

Mon visage se gela, tandis que je continuais à l'observer. Était-elle vraiment humaine ? Elle en avait l'apparence. Elle était douce comme une humaine. Elle sentait l'humain – enfin, bien meilleur. Elle agissait comme une humaine… ou presque. Mais elle ne pensait pas comme une humaine, et ne répondait pas normalement non plus.

Mais quelle autre possibilité y avait-il ?

- Quoi ? me demanda-t-elle.

- Rien.

Mike Newton nous interrompit en faisant irruption dans la pièce, les pensées toujours pleines d'amertume et de violence.

- Tu as l'air d'aller beaucoup mieux, lui dit-il d'un ton qui frisait l'impolitesse.

Mes mains me démangèrent, brûlant de lui apprendre les bonnes manières. Il fallait que je me surveille, ou je risquais de finir par tuer cet insupportable garçon.

- Contente-toi de garder tes mains dans tes poches, lui répondit-elle.

L'espace d'une folle seconde, je crus qu'elle s'adressait à moi.

- Le test est fini, l'informa-t-il, maussade. Tu reviens en cours ?

- Tu plaisantes ? Je me retrouverais ici aussi sec.

C'était parfait. Moi qui avais cru que j'allais perdre cette heure, obligé de la passer loin d'elle, je me retrouvais avec du temps supplémentaire. Je me sentis avide, d'une avidité qui grandissait de minute en minute.

- Mouais, grommela Mike. Au fait, tu es partante, pour ce week-end ? La balade à la mer ?

Ah, ils avaient des projets ensemble. La colère me gela sur place. Ce n'était pourtant qu'une sortie de groupe. J'en avais entendu parler dans les têtes d'autres élèves. Ils ne seraient pas que tous les deux. Mais j'étais tout de même furieux. Je m'appuyai, immobile, contre le comptoir, essayant de me contrôler.

- Bien sûr, lui promit-elle. C'était entendu, non ?

Alors, elle lui avait dit oui, à lui aussi. La jalousie me brûla, encore plus douloureuse que la soif. Non, ce n'était qu'une sortie de groupe, tentai-je de me convaincre. Elle ne faisait que passer la journée avec des amis. Rien de plus.

- Rendez-vous au magasin de mon père, alors. À dix heures. Et Cullen n'est PAS invité.

- J'y serai, dit-elle.

- On se voit en gym.

- C'est ça.

Il se dirigea en traînant des pieds vers son cours suivant, les pensées pleines de rancœur. Mais qu'est-ce qu'elle lui trouve, à ce monstre ? C'est sûr, il est riche. Les nanas le trouvent craquant, mais franchement je ne vois pas pourquoi. Trop… trop parfait. Je parie que son père s'entraîne à la chirurgie plastique sur eux. C'est pour ça qu'ils sont tous si pâles et beaux. Ce n'est pas naturel. Et il est presque… effrayant. Parfois, quand il me regarde, je jurerais qu'il pense à me m'assassiner… Monstre…

Mike ne manquait pas complètement de discernement, finalement.

- Ah, la gym, grogna discrètement Bella.

Je la regardai, et vis qu'elle avait encore l'air triste. Je n'étais pas sûr d'en savoir la raison, mais il semblait clair qu'elle n'avait pas la moindre envie de retrouver Mike au cours suivant. Et j'étais complètement d'accord avec cette idée.

Je m'approchai et me penchai vers elle, sentant la chaleur émaner de sa peau jusqu'à toucher mes lèvres. Je n'osai pas respirer.

- Je peux arranger ça, lui glissai-je. Va t'asseoir et tâche d'avoir l'air malade.

Elle fit ce que je lui demandais, s'assit sur l'une des chaises pliantes et appuya son dos contre le mur tandis que, derrière moi, Mme Cope sortait du cagibi derrière la pièce et s'installait à son bureau. Avec ses yeux clos, Bella avait l'air de s'être à nouveau évanouie. Elle n'avait pas encore retrouvé toutes ses couleurs.

Je me tournai vers la secrétaire. Bella nous écoutait avec espoir, pensai-je sardoniquement. Elle verrait comment les humains étaient censés réagir.

- Mme Cope ? appelai-je, utilisant à nouveau ma voix la plus persuasive.

Elle se mit à battre des paupières, et son cœur s'emballa. Trop jeune, essaye un peu de te maîtriser !

- Oui ?

Voilà qui était intéressant. Quand le pouls de Shelly Cope accélérait, c'était parce qu'elle me trouvait séduisant, pas effrayant. J'en avais l'habitude près des humaines… mais je n'avais pas envisagé cette interprétation pour Bella.

Cette idée me plaisait. Trop, en fait. Je souris, et la respiration de Mme Cope se fit plus bruyante.

- Bella a cours de gym, après, et je ne pense pas qu'elle soit assez bien. En fait, je me demande si je ne devrais pas la ramener chez elle. Vous croyez que vous pourriez lui épargner cette épreuve ?

Je la regardai, feignant l'admiration pour ses yeux ternes, prenant plaisir à constater les dégâts que j'arrivais à produire sur ses facultés de réflexion. Était-il possible que Bella…?

Mme Cope dut déglutir bruyamment avant de répondre.

- Et toi, Edward, tu as aussi besoin d'un mot d'excuse ?

- Non, j'ai Mme Goff, elle comprendra.

Je ne lui accordais plus beaucoup d'attention. J'explorais cette nouvelle hypothèse.

Hmm. J'aurais aimé croire que Bella me trouvait séduisant, comme les autres humaines, mais depuis quand Bella avait-elle les mêmes réactions que les autres ? Je ne devais pas me bercer d'illusions.

- Bon, c'est d'accord. Tu te sens mieux, Bella ?

L'intéressée hocha faiblement la tête – sur-jouant un peu.

- Tu es en état de marcher ou il faut que je te porte ? demandai-je, amusé par son mauvais jeu.

Je savais qu'elle voudrait marcher. Elle ne voulait pas se montrer faible.

- Je me débrouillerai.

Encore bon. Je devenais de plus en plus fort à ce petit jeu.

Elle se leva, hésitant un moment, comme pour vérifier son équilibre. Je lui tins la porte, et nous sortîmes sous la pluie.

Je la regardai lever la tête vers la bruine qui tombait, un léger sourire aux lèvres. À quoi pensait-elle ? Quelque chose dans son attitude me semblait étrange, et je réalisai rapidement pourquoi sa posture ne m'était pas familière. Les humaines normales ne levaient pas la tête vers la pluie comme ça ; elles portaient toutes du maquillage, même ici, dans cet endroit humide.

Bella ne se maquillait pas, et elle avait bien raison. L'industrie cosmétique gagnait des milliards de dollars chaque année grâce aux femmes qui rêvaient d'avoir une peau comme la sienne.

- Ça vaudrait presque le coup d'être malade, ne serait-ce que pour manquer la gym, me dit-elle en souriant. Merci.

Je regardai autour de nous, me demandant comment prolonger ce moment avec elle.

- De rien.

- Tu viendras ? Samedi ?

Elle avait l'air pleine d'espoir. Cet espoir était si apaisant. Elle voulait que je sois là, à la place de Mike Newton. Et je voulus lui répondre oui. Mais beaucoup d'autres paramètres entraient en compte. Tout d'abord, le soleil brillerait ce samedi…

- Où allez-vous, exactement ?

Je tentai de garder une voix tranquille, comme si cela m'importait peu. Mike avait dit « plage », cependant. Il y avait peu de chances que j'échappe au soleil.

- À La Push. First Beach, pour être exacte.

Zut. Eh bien, au moins je n'aurais pas à peser le pour et le contre. Il était impossible que j'y aille. Et de toute façon, Emmett serait furieux si j'annulais notre excursion.

Je lui jetai un rapide coup d'œil, souriant d'un air désabusé.

- Je ne crois pas avoir été invité.

Elle soupira, déjà résignée.

- Qu'est-ce que je suis en train de faire ?

- Soyons sympa avec le pauvre Mike, toi et moi. Ne le provoquons pas plus que nécessaire. Nous ne voudrions pas qu'il morde.

Je pensai à mordre le pauvre Mike moi-même, et appréciai énormément cette image.

- Maudit Mike, ronchonna-t-elle, à nouveau dédaigneuse.

J'eus un grand sourire.

Mais elle commença à s'éloigner de moi. Sans penser à ce que je faisais, je la rattrapai et la retins par le dos de son coupe-vent. Elle fut secouée par cet arrêt soudain.

- Où crois-tu aller, comme ça ?

J'étais presque en colère contre elle, du fait qu'elle veuille me quitter. Je n'avais pas eu assez de temps avec elle. Elle ne pouvait pas partir, pas maintenant.

- Ben… à la maison, répondit-elle, déroutée par ma contrariété.

- J'ai promis de te ramener saine et sauve chez toi. Tu t'imagines que je vais te laisser conduire dans cet état ?

Je savais qu'elle n'aimerait pas cela. Je sous-entendais qu'elle était faible. Mais il fallait que je m'entraîne pour notre voyage de samedi, de toute façon. Que je voie si je pouvais surmonter cette proximité dans un espace clos. C'était un trajet beaucoup plus court.

- Quel état ? s'insurgea-t-elle. Et ma voiture ?

- Alice te la déposera après les cours.

Je la poussai le plus doucement possible vers ma voiture, puisque je savais dorénavant que la laisser marcher devant moi était risqué.

- Lâche-moi ! cria-t-elle en butant sur le trottoir et manquant de tomber.

Je tendis une main pour la soutenir, mais elle se redressa avent que j'aie eu le temps de le faire. Je ne devais pas chercher des excuses pour la toucher ainsi. Cela me fit penser à la réaction que Mme Cope avait eue en ma présence, mais je repoussai cet examen à plus tard. Il y avait beaucoup à tirer de cette réflexion.

Je la lâchai près de la voiture, et elle s'effondra sur la portière. Il me faudrait être plus précautionneux à l'avenir, prendre en compte son équilibre déficient…

- Quelle délicatesse !

- C'est ouvert.

Je rentrai et démarrai la voiture. Elle se tenait toujours dehors, rigide, bien que la pluie se fût intensifiée, et je savais qu'elle n'aimait ni le froid ni l'humidité. L'eau trempait ses cheveux épais, les fonçant jusqu'à les rendre presque noirs.

- Je suis parfaitement capable de rentrer chez moi toute seule !

Évidemment. C'était moi n'étais pas capable de la laisser partir. Je baissai la fenêtre et me penchai vers elle.

- Monte, Bella.

Elle plissa les yeux, et je devinai qu'elle se demandait si elle avait le temps de courir jusqu'à sa voiture.

- Je te jure que je te traînerai là-bas par la tignasse s'il le faut, lui assurai-je, amusé par la déception sur son visage lorsqu'elle réalisa que je le pensais vraiment.

Le menton haut, elle ouvrit la portière et monta dans la voiture. Ses cheveux gouttèrent sur le cuir et ses bottes couinèrent l'une contre l'autre.

- Tout ceci est inutile, déclara-t-elle froidement.

Sous son air digne, je lui trouvai l'air un peu embarrassée. J'augmentai le chauffage pour qu'elle soit plus à l'aise, et baissai la musique pour qu'elle ne forme plus qu'un fond sonore. Je me dirigeai vers la sortie, l'observant du coin de l'œil. Sa lèvre inférieure saillait en une moue boudeuse. Je la regardai, examinant ce que cela me faisait ressentir… repensant à la réaction de la secrétaire…

Soudain, elle regarda la radio et sourit, les yeux écarquillés.

- Clair de lune ? s'exclama-t-elle.

Une mordue de classique ?

- Tu connais Debussy ?

- Pas bien, dit-elle. Ma mère est une fan de classique. Je ne reconnais que mes morceaux préférés.

- C'est également l'un de mes favoris.

Je regardai la pluie tomber, méditant sur cette découverte. Nous avions au moins une chose en commun à présent. J'avais fini par penser que nous étions le contraire l'un de l'autre.

Elle avait l'air plus détendue, regardant la pluie comme moi, les yeux dans le vague. Je profitai de sa distraction momentanée pour essayer de respirer.

J'inhalai précautionneusement par le nez.

Puissant.

Je serrai le volant plus fort. La pluie la faisait sentir encore meilleur. Je n'aurais pas cru cela possible. Stupidement, je me demandai soudain quel goût elle aurait.

Je tentai d'avaler ma salive pour combattre la brûlure dans ma gorge, et penser à quelque chose d'autre.

- De quoi ta mère a l'air ? demandai-je, en quête d'une distraction.

Bella sourit.

- Elle me ressemble beaucoup, en plus jolie.

J'en doutais.

- Je tiens pas mal de Charlie, poursuivit-elle. Elle est plus extravertie que moi, plus courageuse.

J'en doutais aussi.

- Irresponsable, un peu excentrique. Sa cuisine est imprévisible. Je l'adore.

Sa voix se teinta de mélancolie, et son front se rida. À nouveau, on aurait dit un parent plutôt qu'un enfant.

Je m'arrêtai en face de chez elle, me demandant trop tard si j'étais censé savoir où elle habitait. Non, cela ne lui semblerait pas étrange, dans une si petite ville, avec un père connu de tous…

- Quel âge as-tu, Bella ?

Elle devait être plus âgée que ses condisciples. Peut-être avait-elle commencé l'école plus tard, ou avait-elle redoublé… cela me semblait peu probable, cependant.

- Dix-sept ans.

- Tu fais plus.

Elle rit.

- Qu'est-ce qu'il y a de drôle ?

- Ma mère passe son temps à raconter que j'avais trente-cinq ans à la naissance et que je suis un peu plus dans la force de l'âge chaque année, rit-elle avant de soupirer. Il faut bien que quelqu'un soit adulte.

Cela rendait les choses plus claires. Je voyais maintenant… comment sa mère irresponsable aidait à expliquer la maturité de Bella. Elle avait dû mûrir tôt, pour devenir celle qui prenait tout en charge. C'était pour cela qu'elle n'aimait pas qu'on s'occupe d'elle – elle estimait que c'était son travail.

- Toi non plus, tu n'as pas beaucoup l'allure d'un lycéen, me fit-elle remarquer, me sortant de ma rêverie.

Je grimaçai. À chaque fois que je découvrais un aspect de sa personnalité, il fallait qu'elle remarque elle aussi quelque chose chez moi. Je changeai de sujet.

- Pourquoi ta mère a-t-elle épousé Phil ?

Elle hésita une minute avant de répondre.

- Elle… elle n'est pas très mûre, pour son âge. Je crois que Phil lui donne l'impression d'être plus jeune. Et puis, elle est folle de lui.

Elle secoua la tête, indulgente.

- Tu approuves ?

- Quelle importance ? Je veux qu'elle soit heureuse… Et il est ce dont elle a envie.

Le désintéressement de ce commentaire m'aurait choqué, n'eut été le fait que cela cadrait parfaitement avec ce que j'avais appris de son caractère.

- C'est très généreux… Je me demande…

- Oui ?

- Pousserait-elle la courtoisie à te rendre la pareille ? Quel que soit le garçon que tu choisisses ?

C'était une question idiote, et je ne parvins pas à garder une voix détachée en la posant. Il était si stupide de penser que quelqu'un pourrait accepter que sa fille me choisisse.

- Je… je crois, bégaya-t-elle, régissant à mon regard intense.

Peur… ou attirance ?

- Mais c'est elle la mère, après tout, acheva-t-elle. C'est un peu différent.

Je souris, amer.

- Alors, pas un type trop effrayant, j'imagine.

Elle m'adressa un grand sourire.

- Qu'entends-tu par là ? Des piercings sur toute la figure et une collection de tatouages ?

- C'est une des définitions possibles du mot.

Une définition assez peu inquiétante, comparée à la mienne.

- Quelle est la tienne ?

Elle posait toujours les mauvaises questions. Ou peut-être justement les bonnes. Celles auxquelles je ne voulais pas répondre, en tout cas.

- Penses-tu que je pourrais passer pour effrayant ? lui demandai-je, essayant de sourire un peu.

Elle y réfléchit avant de me répondre d'une voix sérieuse.

- Euh… oui. Si tu le voulais.

J'étais également sérieux.

- As-tu peur de moi, là, maintenant ?

Elle répondit immédiatement, sans réfléchir cette fois.

- Non.

Je souris, plus décontracté. Je ne pensais pas qu'elle disait vraiment la vérité, mais elle ne mentait pas complètement non plus. Elle n'était pas assez effrayée pour s'en aller, au moins. Je me demandai ce qu'elle ressentirait si elle savait qu'elle était en train de discuter avec un vampire. J'eus un mouvement de recul interne à sa réaction imaginaire.

- Et toi ? Vas-tu me parler de ta famille ? Elle doit être bien plus intéressante que la mienne.

Plus effrayante, c'était sûr.

- Que veux-tu savoir ? demandai-je prudemment.

- Les Cullen t'ont adopté ?

- Oui.

Elle hésita, puis reprit d'une petite voix.

- Qu'est-il arrivé à tes parents ?

Ce n'était pas si difficile ; je n'avais même pas besoin de lui mentir.

- Ils sont morts il y a des années.

- Désolée, marmonna-t-elle, craignant visiblement de m'avoir blessé.

Elle s'inquiétait pour moi.

- Je ne m'en souviens pas bien, lui assurai-je. Carlisle et Esmée les ont remplacés depuis si longtemps.

- Et tu les aimes, déduisit-elle.

Je souris.

- Oui. Je doute qu'il y ait de meilleures personnes au monde.

- Tu as beaucoup de chance.

- J'en suis conscient.

Dans ce domaine, celui des parents, je ne pouvais pas nier ma chance.

- Et ton frère et ta sœur ?

Si je la laissais demander trop de détails, j'aurais à lui mentir. Je jetai un coup d'œil à l'horloge du tableau de bord, découragé de voir que mon moment avec elle touchait à sa fin.

- Mon frère et ma sœur, sans parler de Jasper et Rosalie, vont être furieux si je les fais languir sous l'averse.

- Désolée. Il faut que tu y ailles.

Elle ne bougea pas. Elle ne voulait pas que ce moment se termine, elle non plus. J'aimais beaucoup, beaucoup ça.

- De ton côté, tu préfères sûrement récupérer ta camionnette avant que le Chef Swan rentre, histoire de ne pas avoir à lui mentionner le petit incident de tout à l'heure.

Je souris au souvenir de son embarras, quand je l'avais prise dans mes bras.

- Je suis sûre qu'il est déjà au courant. Il n'y a pas de place pour les secrets, à Forks.

Elle prononça le nom de la ville avec un dégoût clairement audible. Je ris à ses paroles. Pas de secrets, en effet.

- Amuse-toi bien à la mer.

Je jetai un œil à la pluie torrentielle, sachant qu'elle n'allait pas durer, et souhaitant pourtant plus fort que d'habitude qu'elle persistât.

- Joli temps pour bronzer.

Enfin, ce serait le cas samedi. Elle apprécierait ça.

- Je te vois, demain ?

L'inquiétude dans sa voix me ravit.

- Non. Emmett et moi avons décidé de nous octroyer un week-end précoce.

Je me serais donné des gifles pour avoir eu cette idée. Je pouvais toujours annuler… Mais il était mieux que j'aille chasser, et ma famille s'inquiétait déjà assez de mon comportement pour que je ne leur révèle pas à quel point je devenais obnubilé par cette fille.

- Qu'est-ce que vous avez prévu ? demanda-t-elle, semblant déçue par ma réponse.

Bien.

- Une randonnée du côté de Goat Rocks, au sud du mont Rainier.

Emmett était impatient de voir arriver la saison des ours.

- Ah bon. Profites-en bien, me souhaita-t-elle à contrecœur.

Son manque d'enthousiasme me plut à nouveau.

Tandis que je la regardais, je me sentis presque déchiré à l'idée de lui faire ne seraient-ce que des adieux provisoires. Elle était si douce et vulnérable. Il me semblait imprudent de la perdre de vue, alors que n'importe quoi pouvait lui arriver. Et pourtant, les choses les plus horribles qui risquaient de lui arriver se passeraient si elle restait avec moi.

- Accepterais-tu de me rendre un service, ce week-end ? lui demandai-je d'un ton grave.

Elle acquiesça, les yeux grand ouverts et interrogatifs devant ma soudaine intensité.

Je devais rester léger.

- Ne le prends pas mal, mais j'ai l'impression que tu es de ces gens qui attirent les accidents comme un aimant. Alors... tâche de ne pas tomber à l'eau ni de te faire écraser par quoi que ce soit, d'accord ?

Je lui souris d'un air contrit, espérant qu'elle ne détecte pas la tristesse dans mes yeux. Je souhaitais tellement qu'elle ne soit pas trop heureuse en mon absence, quoi qu'il puisse lui arriver ici.

Cours, Bella, cours. Je t'aime trop, pour ton bien ou le mien.

Elle se fâcha, vexée, et me jeta un regard furieux.

- On verra ! aboya-t-elle, sortant affronter la pluie en claquant la portière le plus fort possible derrière elle.

Comme un chaton furieux persuadé d'être un tigre.

Je refermai le poing sur la clef que je venais de prendre dans la poche de sa veste, et fis demi-tour en souriant.

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Extrait de Twilight : Midnight Sun ajouté par petitemadame 2010-08-09T11:05:14+02:00

Est-ce qu'un cœur mort et gelé pouvait encore se briser ? Le mien en semblait capable.

- Edward, dit Bella.

Je me figeai, regardant ses yeux clos.

M'avait-elle vu, était-elle éveillée ? Elle semblait endormie, mais sa voix avait été si claire...

Elle soupira calmement, et bougeant à nouveau, se roulant sur le côté.

- Edward... répéta-t-elle doucement.

Elle rêvait de moi.

Est-ce qu'un cœur mort et gelé pouvait battre à nouveau ? Le mien en semblait capable.

- Reste, soupira-t-elle. Ne pars pas. Je t'en prie...ne pars pas.

Elle rêvait de moi, et ce n'était même pas un cauchemar. Elle voulait que je reste avec elle, là dans son rêve.

Je débattis pour trouver des mots pour nommer les sensations qui se déversèrent en moi, mais aucun mot n'était assez fort pour les contenir. Pendant un long moment, je m'y noyai.

Quand je refis surface, je n'étais pas le même homme qu'avant.

Ma vie était un minuit éternel et immuable. Pour moi, c'était inévitable, il serait toujours minuit. Alors comment était-il possible que le soleil se lève, là maintenant, au milieu de ce minuit ?

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Extrait de Twilight : Midnight Sun ajouté par cici_:) 2010-08-21T16:52:08+02:00

Comment pouvait-elle penser une chose pareille ? Lui avoir sauvé la vie était la seule chose acceptable que j'avais faite depuis que je l'avais rencontrée. La seule chose dont je n'avais pas honte. La seule et unique chose pour laquelle j'étais content d'exister. Je me battais pour qu'elle vive depuis le premier moment où j'avais senti son odeur. Comment pouvait-elle penser une telle chose de moi ? Comment pouvait-elle remettre en question mon unique bonne action dans tout ce gâchis ?

- Tu penses que je regrette de t'avoir sauvé la vie ?

- Je le sais, rétorqua-t-elle.

Son estimation de mes intentions me faisait bouillir de rage.

- Tu ne sais rien du tout.

Comme les mécanismes de son esprit étaient tordus ! Elle ne devait pas penser comme le reste des humains. Cela devait expliquer son silence mental. Elle était complètement différente.

Elle détourna brusquement sa tête, serrant à nouveau les dents. Ses joues étaient rouges, de colère cette fois. Elle jeta ses livres en tas, les prit d'un mouvement sec dans ses bras, et sortit d'un pas décidé sans rencontrer mon regard.

Même irrité comme je l'étais, il était impossible de ne pas trouver sa colère un peu amusante.

Elle marchait avec raideur, sans regarder où elle allait, et son pied se prit dans l'encadrement de la porte. Elle trébucha et toutes ses affaires s'éparpillèrent sur le sol. Au lieu de se pencher pour les ramasser, elle resta debout, droite et rigide, sans même regarder par terre, comme si elle n'était pas sûre que les livres vaillent la peine d'être ramassés.

Je réussis à ne pas rire.

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Extrait de Twilight : Midnight Sun ajouté par eara007k 2012-01-29T19:13:38+01:00

C'était le moment de la journée pendant lequel je souhaitais le plus être capable de dormir.

Le lycée.

Ou "purgatoire" était-il un mot plus approprié ? S'il existait une quelconque façon d'expier mes péchés, cela devait peser assez lourd dans la balance. L'ennui n'était pas une chose à laquelle je m'habituais ; chaque jour me semblait plus incroyablement monotone que le précédent.

Je supposais que c'était ma forme de sommeil – si le sommeil était défini comme l'état d'inertie entre deux périodes actives.

Je contemplai les fissures qui couraient le long du mur dans le coin opposé de la cafétéria, imaginant des motifs qui n'existaient pas. C'était une façon d'affaiblir les voix qui formaient un brouhaha, comme le flot d'une rivière, à l'intérieur de ma tête.

J'ignorai plusieurs centaines de ces voix par pur ennui.

En ce qui concernait l'esprit humain, j'avais déjà tout entendu. Aujourd'hui, toutes les pensées étaient tournées vers l'insignifiant drame d'un nouvel ajout au petit corps étudiant local. Il en fallait si peu pour les exciter tous. J'avais vu le nouveau visage répété pensée après pensée sous tous les angles. Rien d'autre qu'une humaine ordinaire. L'excitation à propos de son arrivée était péniblement prévisible – comme si l'on montrait un objet brillant à un enfant. La moitié des garçons, se comportant comme des moutons, s'imaginait déjà amoureux d'elle, simplement parce qu'elle était quelque chose de nouveau à regarder. J'essayai encore plus de faire la sourde oreille.

Il n'y avait que quatre voix que je bloquais par courtoisie plus que par dégoût : ma famille, mes deux frères et mes deux sœurs, qui étaient tellement habitués au manque d'intimité en ma présence qu'ils y pensaient rarement. Je leur donnais autant d'intimité que possible. J'essayais de ne pas écouter si je pouvais m'en empêcher.

J'essayais tant que je pouvais, n'empêche que… je savais.

Rosalie pensait, comme d'habitude, à elle-même. Elle avait aperçu le reflet de son profil dans les lunettes de quelqu'un et méditait à présent sur sa propre perfection. Son esprit était une mare peu profonde, sans beaucoup de surprises.

Emmett rageait à propos d'un match de catch qu'il avait perdu la nuit précédente contre Jasper. Il lui faudrait mobiliser toute sa patience – limitée – pour attendre la fin de la journée afin d'organiser une revanche. Je ne m'étais jamais senti gêné en entendant les pensées d'Emmett, car il ne pensait à rien qu'il ne dise ensuite à voix haute ou ne mette en œuvre. Peut-être me sentais-je coupable de lire les pensées des autres seulement parce que je savais qu'elles contenaient des choses qu'ils n'avaient pas envie que je sache. Si l'esprit de Rosalie était une mare peu profonde, celui d'Emmett était un lac sans zones d'ombre, parfaitement limpide.

Et Jasper… souffrait. Je réprimai un soupir.

Edward. Alice avait pensé mon nom, et obtint immédiatement mon attention.

C'était comme si elle m'avait appelé à voix haute. J'étais heureux que mon prénom ne fût plus à la mode – c'aurait été agaçant. Chaque fois que quelqu'un aurait pensé à un quelconque Edward, ma tête aurait pivoté automatiquement…

Pourtant cette fois-là, je ne tournai pas la tête. Alice et moi étions doués pour ces conversations privées. Il était rare que quelqu'un nous surprenne. Je gardai les yeux fixés sur les lézardes au mur.

Comment va-t-il ? demanda-t-elle.

Je grimaçai, seulement une petite altération au coin de ma bouche. Rien qui interpellerait les autres. Je pouvais très bien grimacer d'ennui.

La voix mentale d'Alice était alarmée à présent, et je vis dans son esprit qu'elle surveillait Jasper de sa vision périphérique. Y a-t-il un danger ? Elle cherchait dans le futur immédiat, survolant les visions de monotonie pour découvrir la raison de ma grimace.

Je tournai lentement la tête vers la gauche, comme si je regardais les briques au mur, soupirai, et revins vers la droite en fixant les fissures du plafond. Seule Alice savait que j'étais en train de secouer la tête.

Elle se relaxa. Dis-moi s'il va trop mal.

Je ne bougeai que les yeux, vers le plafond au-dessus de moi, puis les baissai.

Merci de faire ça.

J'étais heureux de ne pas avoir à répondre à voix haute. Qu'aurais-je dit ? « Tout le plaisir est pour moi » ? Ce n'était pas le cas. Je n'aimais pas avoir à écouter les luttes internes de Jasper. Était-il vraiment nécessaire de se tester ainsi ? Le chemin le plus sûr ne serait-il pas d'admettre simplement qu'il ne serait jamais capable de contrôler sa soif comme nous, et de ne pas se pousser dans ses retranchements ? Pourquoi flirter avec le désastre ?

Cela faisait deux semaines que nous n'avions pas chassé. Ce n'était pas une période trop longue pour le reste d'entre nous. Un peu incommode de temps en temps – si un humain marchait trop près, si le vent soufflait dans la mauvaise direction. Mais les humains marchaient rarement trop près. Leur instinct leur disait ce que leur esprit conscient n'admettrait jamais : nous étions dangereux.

Jasper était très dangereux à cet instant précis.

À ce moment, une fille de petite taille s'arrêta au bout de la table la plus proche de la nôtre, parlant à une amie. Elle ébouriffa ses cheveux courts, couleur sable, en passant ses doigts dedans. Les ventilateurs envoyèrent son parfum dans notre direction. J'avais l'habitude des effets que cette odeur avait sur moi – la douleur sèche dans ma gorge, le creux languissant dans mon estomac, la contraction automatique de mes muscles, l'afflux de venin dans ma bouche…

Tout cela était normal, habituellement facile à ignorer. C'était plus dur à présent, avec des sensations plus fortes, doublées, puisque je ressentais la réaction de Jasper. Deux soifs, au lieu de la mienne seule.

Jasper laissait son imagination l'emporter. Il se le représentait – se représentait se levant de sa chaise près d'Alice pour se placer près de la fille. Il se voyait se penchant vers elle, comme s'il allait lui murmurer à l'oreille, laissant ses lèvres toucher la courbe de sa gorge. Imaginant quel goût aurait le flot chaud du pouls qui battait sous la peau fine une fois dans sa bouche…

Je donnai un coup dans sa chaise.

Il me regarda dans les yeux un instant avant de baisser le regard. Je pouvais entendre la honte le disputer à la rébellion dans sa tête.

- Désolé, marmonna-t-il.

Je haussai les épaules.

- Tu n'allais rien faire, lui murmura Alice, apaisant son chagrin. Je pouvais le voir.

Je retins la grimace qui aurait trahi son mensonge. Nous devions nous serrer les coudes, Alice et moi. Ce n'était pas facile d'entendre des voix ou d'avoir des visions du futur. Tous deux des monstres parmi ceux qui étaient déjà des monstres. Chacun protégeait les secrets de l'autre.

- Ça aide si tu penses à eux en tant que personnes, suggéra Alice, sa voix haute et musicale trop rapide pour les oreilles humaines, si l'un d'entre eux avait été assez près pour nous entendre. Elle s'appelle Whitney. Elle a une petite sœur, un bébé, qu'elle adore. Sa mère avait invité Esmée à cette garden-party, tu te souviens ?

- Je sais qui elle est, répondit-il sèchement.

Il se tourna pour regarder à travers une des petites fenêtres qui étaient placées juste sous l'avant-toit, tout le long de la salle. Le ton de sa voix mit un terme à la conversation.

Il devrait chasser cette nuit. Il était ridicule de prendre des risques comme cela, à tester sa force, construire son endurance. Il devrait accepter ses limites et apprendre à faire avec. Ses anciennes habitudes n'étaient pas favorables au mode de vie que nous avions choisi ; il ne devait pas poursuivre dans ce chemin-là.

Alice soupira silencieusement et se leva, emportant son plateau – son accessoire, en fait –avec elle et le laissant seul. Elle savait qu'elle l'avait assez encouragé. Bien que la relation de Rosalie et Emmett soit plus flagrante, c'étaient Alice et Jasper qui connaissaient l'humeur de l'autre aussi bien que la leur. Comme s'ils pouvaient également lire dans les pensées – bien que ce ne soit que dans celles de l'autre.

Edward Cullen.

Je réagis par réflexe. Je me tournai vers l'endroit d'où on m'avait appelé, bien que mon nom n'eut pas été prononcé, seulement pensé.

Mon regard croisa pendant une fraction de seconde une paire de grands yeux humains marron chocolat, appartenant à un visage pâle en forme de cœur. Je connaissais ce visage, bien que je ne l'eusse encore jamais vu. Il avait été présent dans presque toutes les têtes humaines aujourd'hui. La nouvelle élève, Isabella Swan. Fille du chef de police de la ville, amenée à vivre ici par quelque nouvelle situation de garde. Bella. Elle avait corrigé tous ceux qui avaient utilisé son nom en entier…

Je détournai le regard, ennuyé. Il me fallut une seconde pour réaliser que ce n'était pas elle qui avait pensé mon nom.

Évidemment, elle craque déjà sur les Cullen, entendis-je la première pensée continuer.

Maintenant, je reconnaissais la « voix ». Jessica Stanley – cela faisait un moment qu'elle ne m'avait pas importuné avec son bavardage interne. Quel soulagement c'avait été quand elle avait laissé tomber l'intérêt mal placé qu'elle m'avait un temps porté. Il avait été presque impossible d'échapper à ses constantes et ridicules rêveries. J'avais souhaité, à l'époque, pouvoir lui expliquer exactement ce qui lui serait arrivé si mes lèvres, et les dents qui étaient derrière, s'étaient approchées d'elle. Cela aurait fait taire ces ennuyeux fantasmes. La pensée de sa réaction me fit presque sourire.

Grand bien lui fasse, continua Jessica. Elle n'est même pas jolie. Je me demande pourquoi Eric la regarde autant… ou Mike.

Elle tressaillit mentalement sur le dernier prénom. Son nouveau béguin, le très populaire Mike Newton, ne lui prêtait aucune attention. Apparemment, il n'était pas aussi insensible à la nouvelle. À nouveau comme l'enfant et son objet brillant. Cela envenima les pensées de Jessica, bien qu'elle se montrât très cordiale envers la nouvelle venue, pendant qu'elle lui racontait les histoires communes sur ma famille. La nouvelle élève avait dû lui poser des questions sur nous.

Tout le monde me regarde aussi, aujourd'hui, pensa-t-elle avec suffisance. Si ce n'est pas de la chance que j'aie eu deux cours avec elle… Je parie que Mike va vouloir me demander ce qu'elle…

J'essayai de bloquer ses jacassements ineptes avant que sa mesquinerie et son insignifiance ne me rendent fou.

- Jessica Stanley est en train d'étaler tout le linge sale de la famille Cullen à la nouvelle fille Swan, murmurai-je à Emmett pour le distraire.

Il ricana. J'espère qu'elle le fait bien, pensa-t-il.

- Assez peu original, en fait. Juste le minimum de sandale. Pas une once d'horreur. Je suis un peu déçu.

Et la nouvelle ? Elle est déçue par les ragots aussi ?

J'essayai d'entendre ce que cette nouvelle, Bella, pensait des commérages de Jessica. Que voyait-elle quand elle regardait l'étrange famille à la pâleur de craie qui était universellement évitée ?

Il était en quelque sorte de ma responsabilité de connaître sa réaction. Je me comportais comme un guetteur – à défaut d'un meilleur mot – pour ma famille. Pour nous protéger. Si jamais quelqu'un devenait suspicieux, j'étais prévenu et nous permettais un repli facile. Cela arrivait de temps en temps – un humain à l'imagination active nous voyait comme les personnages d'un livre ou d'un film. Généralement ils se trompaient, mais il était plus sûr de s'installer ailleurs plutôt que de risquer un examen approfondi. Très, très rarement, quelqu'un devinait. Nous ne lui laissions alors pas la chance de vérifier son hypothèse. Nous disparaissions simplement, pour ne plus devenir qu'un souvenir terrifiant…

Je n'entendis rien, bien que j'écoutasse ce qu'il y avait autour du frivole monologue interne de Jessica qui continuait de bourdonner à l'intérieur de sa tête. C'était comme s'il n'y avait personne assis à côté d'elle. Comme c'était étrange, la fille avait-elle bougé ? Cela n'était pas plausible, puisque Jessica jacassait toujours. Je me tournai pour m'en assurer, feignant de me balancer sur ma chaise. Vérifier ce que me disait mon « écoute supplémentaire » était quelque chose que je n'avais encore jamais fait.

Encore une fois, mon regard rencontra les mêmes grands yeux marron. Elle était assise exactement à la même place, en train de nous regarder, chose que je trouvais naturelle puisque Jessica continuait à la régaler des rumeurs locales sur les Cullen.

Penser à nous aurait également été une chose naturelle à faire.

Mais je n'entendais pas le moindre murmure.

Ses joues se teintèrent d'un rouge invitant, chaud, alors qu'elle baissait les yeux, loin de la gaffe embarrassante de s'être fait prendre à fixer un inconnu. Heureusement que Jasper était toujours en train de regarder par la fenêtre. Je préférais ne pas imaginer l'effet que cette accumulation de sang aurait eu sur son contrôle.

Les émotions sur son visage avaient été aussi claires que si elles avaient été écrites en toutes lettres sur son front : de la surprise, tandis qu'elle observait inconsciemment les subtiles différences entre son espèce et la mienne, de la curiosité, à l'écoute des histoires que lui racontait Jessica, et quelque chose de plus… de la fascination ? Cela n'aurait pas été la première fois. Pour elles, nos proies désignées, nous étions magnifiques. Et enfin, de l'embarras quand je l'avais surprise à me regarder. Et pourtant, bien que ses pensées eussent été aussi claires dans ses yeux étranges – étranges de par leur profondeur ; les yeux marrons semblant généralement inexpressifs tant ils étaient foncés – seul le silence me provenait de l'endroit où elle était assise. Rien du tout.

J'eus un court instant de malaise.

Je n'avais jamais rencontré cela auparavant. Avais-je un problème ? Je me sentais pourtant exactement comme d'habitude. Tracassé, j'écoutai plus fort.

Toutes les voix que j'avais bloquées se mirent à crier dans ma tête.

… me demande quelle musique elle aime… Je pourrais peut-être lui parler de ce nouveau CD… pensait Mike Newton, deux tables plus loin – les yeux rivés sur Bella Swan.

Regardez-le la guigner. Ça ne lui suffit pas que la moitié des filles du lycée soient à ses pieds… Les pensées d'Eric Yorkie étaient sulfureuses, et tournaient également autour de la fille.

… tellement écœurant. C'est comme si elle était célèbre ou…Même Edward Cullen la regarde… Lauren Mallory était si jalouse que son visage devait être à présent d'un jade foncé. Et Jessica, affichant sa nouvelle meilleure amie. Laissez-moi rire… Le vitriol continuait à suinter des pensées de la fille.

… parie que tout le monde lui a déjà demandé ça. Mais j'aimerais lui parler. Il faut que je trouve une question plus originale… songeait Ashley Dowling.

… peut-être qu'elle sera dans mon cours d'espagnol… espérait June Richardson.

… des tonnes à faire ce soir. Trigonométrie, et le devoir d'anglais. J'espère que Maman… Angela Weber, une fille discrète, dont les pensées étaient étonnamment gentilles par rapport à celles de ses condisciples, était la seule à la table qui n'était pas obsédée par cette Bella.

Je les entendais tous, j'entendais chaque chose insignifiante qu'ils pensaient au moment où elle leur traversait l'esprit. Mais rien du tout de la part de la nouvelle élève aux yeux si trompeusement communicatifs.

Évidemment, je pouvais entendre ce qu'elle disait quand elle parlait à Jessica. Pas besoin de lire dans ses pensées pour entendre sa voix basse et claire à l'autre bout de la cafétéria.

- Qui c'est, ce garçon aux cheveux blond roux ? l'entendis-je demander, me jetant un regard du coin de l'œil avant de se tourner rapidement quand elle vit que je l'observais toujours.

Si j'avais eu le temps d'espérer que le ton de sa voix pourrait m'aider à identifier ses pensées, perdues quelque part où je ne pouvais les atteindre, je fus instantanément déçu. D'habitude, les pensées des gens leur venaient avec le même ton que leurs voix physiques. Mais cette voix discrète et timide ne m'était pas familière, pas comme les centaines de pensées qui rebondissaient partout dans la cafétéria, en tout cas. Entièrement nouvelle.

Oh, bonne chance, idiote ! pensa Jessica avant de répondre à la question de la fille.

- C'est Edward. Il est superbe, mais inutile de perdre ton temps. Apparemment aucune des filles d'ici n'est assez bien pour lui.

Elle renifla.

Je détournai la tête pour cacher mon sourire. Jessica et ses condisciples n'avaient aucune idée de la chance qu'elles avaient, elle et ses camarades de classe, qu'aucune d'entre elles ne m'attirât particulièrement. Derrière l'humour passager, je ressentis une impulsion étrange, que je ne compris pas clairement. Cela avait un rapport avec les pensées venimeuses de Jessica, dont la nouvelle n'avait pas conscience… Je sentis le besoin inexplicable de m'interposer entre elles, de protéger cette Bella Swan des rouages sombres qui tournaient dans l'esprit de son interlocutrice. Quel sentiment étrange. Essayant de déchiffrer les motivations qui se cachaient derrière mon impulsion, j'examinai la nouvelle une fois de plus.

Peut-être était-ce seulement une sorte d'instinct protecteur qui ressurgissait – le fort pour le faible. Cette fille semblait plus fragile que ses nouveaux camarades. Sa peau était si translucide qu'il était difficile de croire qu'elle puisse lui offrir une quelconque protection contre le monde extérieur. Je pouvais voir la pulsation rythmique du sang dans ses veines à travers sa fine et pâle membrane…Mais je ne devais pas me concentrer là-dessus. J'étais assez bon dans cette vie que j'avais choisie, mais j'avais aussi soif que Jasper et il ne servait à rien de se laisser tenter.

Il y avait une légère ride entre ses sourcils dont elle ne semblait pas avoir conscience.

C'était incroyablement frustrant ! Je pouvais clairement voir que c'était une torture pour elle d'être assise là, à faire la conversation avec des inconnus, à être au centre de toutes les attentions. Je pouvais sentir sa timidité à la façon dont elle tenait ses frêles épaules, très légèrement voûtées, comme si elle s'attendait à une rebuffade d'un moment à l'autre. Mais je ne pouvais que sentir, que voir, qu'imaginer. Rien d'autre que le silence en provenance de cette fille banale. Je ne pouvais rien entendre. Pourquoi ?

- On y va ? murmura Rosalie, interrompant mes interrogations.

Je me détournai de la fille avec un sentiment de soulagement. Je ne voulais pas continuer à faillir ainsi – cela m'irritait. Et je ne voulais pas développer de l'intérêt pour ses pensées cachées simplement parce qu'elles m'étaient illisibles. Sans aucun doute, quand je les déchiffrerais – car je finirais bien par trouver un moyen de le faire – elles se révèleraient aussi futiles et insignifiantes que n'importe quelles pensées humaines. Cela ne valait pas l'effort que je fournirais pour les atteindre.

- Alors, la nouvelle a peur de nous maintenant ? demanda Emmett, attendant toujours une réponse à la question qu'il avait posée.

Je haussai les épaules. Emmett n'était pas intéressé au point de demander des informations supplémentaires. Je n'étais pas censé être intéressé non plus, d'ailleurs.

Nous nous levâmes et quittâmes la cafétéria.

Emmett, Rosalie et Jasper faisaient semblant d'être en terminale ; ils se dirigèrent vers leurs classes. Je jouais un rôle plus jeune que le leur. Je partis vers mon cours de biologie avancée, me préparant mentalement à subir un ennui profond pendant le reste de la journée. Je doutais que M Banner, un homme d'intelligence moyenne, puisse trouver quoi que ce soit dans ses livres qui surprenne quelqu'un ayant passé – et obtenu – deux fois le diplôme de médecine.

Une fois dans le labo de biologie, je m'installai sur ma chaise et éparpillai mes manuels – encore des accessoires ; ils ne contenaient rien que je ne sache déjà – sur ma table. J'étais le seul élève qui disposait d'une paillasse pour lui seul. Les humains n'étaient pas assez intelligents pour savoir consciemment qu'ils me craignaient, mais leur instinct de survie leur suffisait pour se tenir loin de moi.

La pièce se remplit lentement, au fur et à mesure que les autres finissaient de manger. Je me balançai sur ma chaise en attendant que le temps passe. Je souhaitai encore une fois être capable de dormir.

Comme je pensais à elle, quand Angela Weber rentra avec la nouvelle, son nom attira mon attention.

Bella a l'air aussi timide que moi… j'aimerais pouvoir lui dire quelque chose… mais je vais avoir l'air stupide…

Ouais ! pensa Mike Newton en se tournant pour voir la fille rentrer.

Et toujours rien de la part de Bella Swan. L'espace vide où ses pensées auraient dû être m'irritait et me troublait.

Elle se rapprocha, traversant l'allée qui longeait ma table pour atteindre le bureau du professeur. La pauvre ; le seul siège libre était à côté de moi. Automatiquement, je définis ce qui serait sa place en empilant mes livres en une pile bien nette. Je doutais qu'elle se sente à l'aise près de moi. Elle était ici pour un long semestre dans cette classe, au moins. Peut-être, étant plus près d'elle, serais-je capable de lui soutirer ses secrets… Non pas que j'aie déjà eu besoin de proximité avant… Ce n'était pas comme si j'allais trouver quoi que ce soit susceptible de m'intéresser.

Bella Swan se retrouva au milieu du courant d'air que produisaient les ventilateurs.

Son odeur me heurta comme une balle dévastatrice, comme un bélier furieux. Il n'y avait pas d'image assez puissante pour décrire la force de ce qui m'arrivait.

À cet instant, je n'avais plus rien à voir avec l'humain que j'avais un jour été ; plus une trace des lambeaux d'humanité que je m'efforçais de conserver.

J'étais le prédateur. Elle était ma proie. Il n'y avait plus rien au monde que cette vérité.

Il n'y avait plus de salle pleine de témoins – ils étaient déjà des dommages collatéraux dans mon esprit. Le mystère de ses pensées était oublié. Elles ne signifiaient plus rien, puisque dans quelques secondes elle ne penserait plus.

J'étais un vampire, et elle avait le sang le plus parfumé que j'eusse senti en quatre-vingts ans.

Je n'aurais jamais pu imaginer qu'une telle odeur puisse exister. Si je l'avais su, je serais parti à sa recherche il y a longtemps. J'aurais passé la planète entière au peigne fin pour elle. J'en imaginais déjà le goût…

La soif me brûla la gorge comme un feu ardent. Ma bouche était brûlante et desséchée. Le flot de venin frais ne fit pas disparaître cette sensation. Mon estomac se tordit sous l'effet de la faim, conséquence de ma soif. Mes muscles se bandèrent, prêts à l'action.

Une seconde à peine avait passé. Elle effectuait toujours l'enjambée qui avait envoyé son odeur dans mes narines.

Au moment où son pied toucha le sol, elle se tourna vers moi, dans un mouvement qu'elle espérait furtif. Son regard croisa le mien, et je vis mon reflet dans le grand miroir de ses yeux.

Le choc du visage que j'y vis sauva sa vie pour quelques secondes épineuses.

Elle ne me rendit pas les choses faciles. En constatant l'expression de mon visage, le sang afflua une fois de plus à ses joues, leur donnant la plus belle couleur que j'aie jamais vue. Son odeur était un nuage épais dans ma tête. Je pouvais à peine penser à autre chose. Mes pensées rageaient, résistant à mon contrôle, incohérentes.

Elle marchait plus vite à présent, comme si elle avait compris qu'elle devait s'échapper. Sa hâte la rendit maladroite – elle trébucha sur un livre et tituba, manquant de justesse de tomber sur la fille assise à la table devant moi. Vulnérable, faible. Plus encore, même, que ses semblables.

J'essayai de me concentrer sur le visage que j'avais vu dans ses yeux, un visage que j'avais reconnu avec révulsion. Le visage du monstre en moi – le visage que j'avais réduit à l'impuissance grâce à des décennies de discipline et de contrôle intransigeants. Avec quelle facilité il était soudain remonté à la surface !

L'odeur tourbillonna autour de moi à nouveau, dispersant mes pensées et manquant de me propulser hors de mon siège.

Non.

Ma main s'agrippa au bord de la table tandis que je tentais de rester sur ma chaise. Le bois ne se montra pas très coopératif. Ma main écrasa le support et je me retrouvai avec une écharde entre les doigts, laissant l'empreinte de ma main dans le bois qui restait.

Détruire l'évidence. C'était une règle fondamentale. Je pulvérisai rapidement les bords de l'empreinte du bout de mes doigts, ne laissant plus qu'un trou irrégulier et une pile de copeaux sur le sol, que j'éparpillai du pied...

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Extrait de Twilight : Midnight Sun ajouté par feeclochettte 2012-02-22T18:37:58+01:00

Bella ne dormait pas aussi bien cette nuit. Elle se débattait dans ses couvertures, le visage parfois inquiet, parfois triste. Je me demandai quel cauchemar la hantait… puis réalisai que je ne voulais peut-être pas savoir.

Quand elle parla, elle chuchota principalement des choses désobligeantes sur Forks d'une voix sombre. Une seule fois, quand elle soupira « Reviens » en ouvrant les mains – une supplication muette – pus-je espérer qu'elle rêvait de moi.

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Extrait de Twilight : Midnight Sun ajouté par Marie. 2011-03-27T12:05:35+02:00

Elle était en train d'essayer de ne pas y penser ; elle se concentrait très fort sur Jasper tout d'un coup, bien qu'il soit trop stupéfait pour avoir progressé dans ses décisions pour le moment.

Elle faisait cela, des fois, quand elle essayait de me cacher quelque chose.

- Qu'est-ce qu'il y a, Alice ? Qu'est-ce que tu me caches ?

J'entendis Emmett grommeler. Ça le frustrait toujours quand Alice et moi tenions ce genre de conversation.


 Elle secoua la tête, essayant de ne pas me laisser entrer.

- C'est à propos de la fille ? insistai-je. C'est à propos de Bella ?

Elle serrait les dents tellement elle était concentrée, mais quand je prononçai le nom de Bella, cela lui échappa. Cela ne dura qu'une minuscule portion de seconde, mais c'était assez.


 - NON ! hurlai-je.

J'entendis ma chaise tomber par terre, et réalisai que j'étais debout.

- Edward !

Carlisle s'était levé, lui aussi, sa main sur mon épaule. Je n'avais que vaguement conscience de lui.


- C'est en train de se solidifier, chuchota Alice. Chaque minute, tu es plus décidé. Il n'y a vraiment plus que deux voies pour elle. C'est soit l'une soit l'autre, Edward.

Je voyais ce qu'elle voyait… mais je ne pouvais pas l'accepter.


- Non, dis-je de nouveau; il n'y avait pas de volume dans mon démenti.

Mes jambes semblaient creuses, et je dus m'appuyer contre la table.


- Quelqu'un aurait-il la gentillesse de nous inclure dans la conversation ? se plaignit Emmett.


 - Je dois partir, chuchotai-je à Alice, l'ignorant.

- Edward, nous en avons déjà parlé, dit Emmett avec force. C'est la meilleure façon de faire parler la fille. En plus, si tu pars, nous ne saurons pas vraiment si elle parle ou pas. Tu dois rester pour t'en occuper.


 - Je ne te vois aller nulle part, Edward, me dit Alice. Je ne sais pas si tu es encore capable d'aller où que ce soit. Penses-y, ajouta-t-elle silencieusement. Pense à partir.

Je vis ce qu'elle voulait dire. Oui, l'idée de ne plus jamais revoir la fille était… douloureuse. Mais elle était aussi nécessaire. Je ne pouvais approuver aucun des futurs auxquels je l'avais apparemment condamnée.


 Je ne suis pas entièrement sûre de Jasper, Edward, continua Alice. Si tu pars, s’il considère toujours qu'elle est un danger pour nous tous…


 - Je ne vois rien de tout cela, la contredis-je, toujours à moitié conscient du public qui nous écoutait.

Jasper vacillait. Il ne ferait rien qui puisse faire du mal à Alice.

Pas pour le moment. Mais plus tard… Tu risquerais sa vie, tu la laisserais sans défense ?

- Pourquoi est-ce que tu me fais ça ? grognai-je.

Ma tête tomba dans mes mains. Je n'étais pas le protecteur de Bella. Je ne pouvais pas l'être. Les deux futurs possibles d'Alice n'en étaient-ils pas la preuve ?


 Je l'aime, moi aussi. Ou plutôt, je l'aimerai. Ce n'est pas la même chose, mais j'ai envie de l'avoir près de moi pour cette raison.


 - … l'aime aussi ? chuchotai-je, incrédule.

Elle soupira. Tu es vraiment aveugle, Edward. Tu ne vois pas vers quoi tu vas ? Tu ne vois pas où tu es ? C'est inévitable, plus que le soleil se levant à l'est. Regarde ce que je vois…


 Je secouai la tête, horrifié.

- Non.

J'essayai de repousser les visions qu'elle m'envoyait.

- Je ne suis pas obligé de suivre cette voie. Je vais partir. Je changerai ce futur.

-Tu peux essayer, dit-elle d'une voix sceptique.

- Bon, allez ! beugla Emmett.


- Mais écoute, un peu, siffla Rose à son intention. Alice le voit tomber amoureux d'une humaine ! C'est de l'Edward tout craché !

Elle eut comme un haut-le-cœur. Je l'entendis à peine.

- Quoi ? dit Emmett, en sursautant.

Puis son rire grondant se répercuta dans toute la pièce.

- C'est ça qu'il se passe ? (Il rit une nouvelle fois.) Bonne chance, Edward.

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Extrait de Twilight : Midnight Sun ajouté par Marie. 2011-03-27T12:05:35+02:00

Voici le lien d'un blog ou l'équipe a traduit Midnight Sun pour ce qui ne veulent pas le lire en Anglais:

http://www.traduction-midnightsun.fr/article-28198981.html

Franchement, c'est super pour ce qui galère en Anglais! :)

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Extrait de Twilight : Midnight Sun ajouté par Vampirette21 2012-03-10T10:06:50+01:00

- Salut, murmura-t-elle.

Le bonheur que je ressentis à ce moment était, une fois de plus, sans précédent.

- Bonjour, dis-je, puis – parce que je me sentais soudain de si bonne humeur, je ne pus m'empêcher de la taquiner – j'ajoutai :

- Comment s’est passé le cours de gym ?


 Son sourire vacilla.

- Bien.


 Elle était mauvaise menteuse.

- Vraiment ? demandai-je, prêt à insister sur le sujet – j'étais toujours préoccupé par son état ; souffrait-elle ? – mais les pensées de Mike Newton étaient si bruyantes qu’elles troublèrent ma concentration.

(Mike) Je le déteste. J’aimerais qu’il meure. J'espère qu’il jettera sa jolie petite voiture du haut d’une falaise. Pourquoi ne peut-il pas simplement la laisser tranquille ? Rester avec ceux de son espèce – les monstres.

- Quoi, demanda Bella.


Mes yeux se concentrèrent de nouveau sur elle. Elle regarda Mike qui s'éloignait, puis me lança un regard interrogateur.


- Newton commence vraiment à m’énerver, admis-je.

Elle resta bouche bée et son sourire disparut. Elle avait dû oublier que j’avais le pouvoir de voir sa dernière heure calamiteuse, ou espérer que je ne l’aurais pas utilisé.

- Tu as encore écouté ?


 - Comment va ta tête ?


 - Tu es impossible ! dit-elle à travers ses dents ; puis elle se retourna, et commença à traverser le parking.

Sa peau vira au rouge soutenu ; elle était embarrassée.

Je suivis son rythme, espérant que sa colère passerait vite. En général, elle me pardonnait assez rapidement.


- C’est toi qui m'as dit que je ne t’avais jamais vue en cours de gym, lui expliquai-je. Ça m’a rendu curieux.


 Elle ne répondit pas les sourcils froncés.

Soudain, elle s'arrêta au milieu du parking quand elle réalisa que le chemin pour accéder à la voiture était bloqué par un attroupement de garçons.

(pensées des garçons)
 Je me demande à combien il monte avec cet engin...

Regardez-moi ce boîtier de vitesse SMG. Je n’en avais jamais vu que dans les magazines...


Jolies jantes...

J’aimerais bien avoir 60 000 dollars à débourser...

C’était exactement la raison pour laquelle il était préférable que Rosalie utilise sa voiture en dehors de la ville.


Je me frayai un chemin jusqu’à ma voiture à travers la foule d’envieux ; après une seconde d’hésitation, Bella me suivit.


- Ostentatoire, murmurai-je pendant qu’elle grimpait à l'intérieur.

- C’est quoi comme voiture ? demanda-t-elle.


 - Une M3.

Elle fronça les sourcils.

- Je n’ai pas pris Auto-Moto deuxième langue.

- C’est une BMW.

Je levai les yeux au ciel, me concentrant sur ma marche arrière pour n'écraser personne. Je fixai des yeux quelques garçons qui semblaient ne pas vouloir s'écarter de mon chemin. Une demi-seconde à affronter mon regard sembla suffire pour les convaincre.

- Es-tu toujours en colère ? lui demandai-je.

Elle ne fronçait plus les sourcils.

- Evidemment, répondit-elle brusquement.

Je soupirai. Peut-être n’aurais-je pas dû lancer le sujet. Oh, et puis tant pis. Je pouvais bien me faire pardonner, j’imagine.

- Tu me pardonneras si je m’excuse ?

Elle y pensa pendant un moment.

- Peut-être… si tu le penses vraiment, décida-t-elle. Et si tu promets de ne plus recommencer.


 Je n’allais pas lui mentir, et il était hors de question que je lui promette ça. Peut-être que si je lui offrirais un accord différent…


 - Et si je le pense vraiment et que j’accepte de te laisser conduire samedi ?

Je frémis rien qu’en y pensant.


 La ride se dessina à nouveau entre ses yeux alors qu’elle considérait le nouveau pacte.

- Marché conclu, dit-elle après un moment de réflexion.

Maintenant pour mes excuses… Je n’avais jamais consciemment essayé d’éblouir Bella, mais maintenant cela semblait être le bon moment. Je plongeai mon regard dans le sien, me demandant si je le faisais bien. J’utilisai mon ton le plus persuasif.

- Alors, je suis vraiment désolé de t’avoir contrariée.


 Son rythme cardiaque se mit à faire un bruit sourd et saccadé. Ses yeux s’agrandirent, stupéfaits.


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Extrait de Twilight : Midnight Sun ajouté par VampirePo 2012-11-17T12:58:57+01:00

Je m’adossai contre le talus légèrement enneigé, laissant la poudreuse sèche se tasser sous mon poids. Ma peau s’était refroidie jusqu’à atteindre la température de l’air ambiant, et les petits morceaux de glace semblaient être du velours sur ma peau.

Le ciel au-dessus de moi était clair, scintillant d’étoiles, d’un bleu éblouissant à certains endroits, et jaunes à d’autres. Les étoiles créaient de majestueuses formes tourbillonnant dans l’univers sombre – une vue magnifique. Délicieusement belle. Ou plutôt, cela aurait dû l’être. Ça l’aurait été si j’avais pu la voir réellement.

Ça n’allait pas en s’arrangeant. Six jours avaient passé, six jours que je me cachais ici, dans l’étendue sauvage et vide de Denali, mais je n’étais plus libre depuis le moment où j’avais senti son odeur pour la première fois.

Quand je regardais le ciel scintillant, c’était comme s'il y avait une obstruction entre mes yeux et sa beauté. Cette obstruction était un visage, un visage humain ordinaire, mais je ne semblais pas pouvoir le bannir de mon esprit.

J’entendis les pensées se rapprocher avant d’entendre les bruits de pas qui les accompagnaient. Le bruit du mouvement était seulement un vague murmure contre la poudreuse.

Je n’étais pas surpris que Tanya m’ait suivi ici. Je savais qu’elle tournait et retournait cette conversation dans sa tête depuis quelques jours, repoussant l’échéance jusqu’à ce qu’elle soit sûre de ce qu’elle voulait dire.

Elle apparut à environ cinquante mètres, bondissant au sommet d’un rocher noir, se balançant sur la pointe de ses pieds nus.

La peau de Tanya était argentée sous les étoiles, et ses longues boucles blondes pâles luisaient, presque roses avec une teinte framboise. Ses yeux ambres brillaient tandis qu’elle m'espionnait, à moitié ensevelie sous la neige, et ses lèvres s'étirèrent lentement en un sourire.

Exquise. Si j’avais été capable de vraiment la voir. Je soupirai.

Elle s'accroupit sur le sommet du rocher, le bout de ses doigts touchant la pierre, son corps tendu comme un ressort.

Boulet de canon, pensa-t-elle.

Elle décolla en l’air, et sa silhouette devint noire, une ombre tordue tandis qu’elle descendait gracieusement en vrille entre les étoiles et moi. Elle se roula en boule juste au moment de frapper le tas de neige à mon côté.

Une tempête de neige s’envola autour de moi. Les étoiles virèrent au noir, et je fus enterré profondément sous les cristaux de glace légers comme des plumes.

Je soupirai de nouveau, mais je ne bougeai pas pour me dégager. La noirceur sous la neige n’améliora pas ma vue, mais ne me blessa pas non plus. Je voyais toujours le visage.

- Edward ?

La neige voleta de nouveau quand Tanya me dégagea vivement. Elle enleva la neige de mon visage impassible, sans rencontrer mon regard.

- Désolée, murmura-t-elle. C’était une blague.

- Je sais. C’était drôle.

Sa bouche se tordit en une moue.

- Irina et Kate disent que je devrais te laisser seul. Elles pensent que je t'ennuie.

- Pas du tout, lui assurai-je. Au contraire, c’est moi qui suis impoli – abominablement impoli. Je suis vraiment désolé.

Tu rentres, n’est ce pas ? pensa-t-elle.

- Je n’ai pas encore... complètement... décidé.

Mais tu ne restes pas ici. Ses pensées étaient mélancoliques à présent, tristes.

- Non. Ça n’a pas l’air de... m’aider.

Elle grimaça.

- C’est de ma faute, n’est ce pas ?

- Bien sûr que non, mentis-je.

Ne fais pas le gentleman.

Je souris.

Je te mets mal à l’aise, m’accusa-t-elle.

- Non.

Elle leva un sourcil, son expression était si incrédule que je dus en rire. Un rire très court suivit d’un nouveau soupir.

- Très bien, admis-je. Un petit peu.

Elle soupira elle aussi, et mit son menton dans ses paumes. Ses pensées étaient tristes.

- Tu es cent fois plus ravissante que ces étoiles, Tanya. Bien sûr, tu sais déjà tout ça. Ne laisse pas mon obstination saper ta confiance en toi.

Je gloussai à l’improbabilité de mes paroles.

- Je ne suis pas habituée à être rejetée, ronchonna-t-elle, sa lèvre inférieure formant une moue séduisante.

- Certainement pas, acquiesçai-je, essayant sans grand succès de refouler ses pensées tandis qu’elle fouillait rapidement dans ses souvenirs pour trouver des centaines de conquêtes.

La plupart du temps, Tanya préférait les hommes humains – premièrement, ils étaient bien plus nombreux, et s’ajoutait l’avantage d’être doux et chaud. Et bien sûr, toujours désireux.

- Succube, me moquai-je, espérant interrompre ces images vacillantes dans son esprit.

Elle grimaça, dévoilant ses dents.

- L’originelle.

Contrairement à Carlisle, Tanya et ses sœurs avaient développé leur conscience doucement. A la fin, c’était leur penchant pour les hommes humains qui détournèrent les sœurs du massacre. Désormais les hommes qu’elles aimaient... vivaient.

- Quand tu es arrivé ici, dit lentement Tanya, je pensais que...

Je savais ce qu’elle avait pensé. Et j’aurais dû deviner qu’elle ressentirait cela. Mais je n’étais pas au mieux de ma forme pour entamer une réflexion analytique en ce moment.

- Tu pensais que j’avais changé d’avis.

- Oui, dit-elle, la mine renfrognée.

- Je me sens très mal de jouer ainsi avec tes attentes Tanya. Je ne voulais pas – je ne pensais pas. C’est juste que je suis parti... précipitamment.

- Je suppose que tu ne me diras pas pourquoi... ?

Je m'assis et entourais mes bras autour de mes jambes, me blottissant en signe de défense.

- Je ne veux pas en parler.

Tanya, Irina et Kate étaient très douées pour cette vie à laquelle je m’étais dévoué. Meilleures, par certains aspects, que Carlisle lui-même. Malgré la proximité extrême qu’elles s’octroyaient avec ceux qui auraient dû être – et avaient été à un moment – leurs proies, elles ne faisaient aucune erreur. J’étais trop honteux pour admettre ma faiblesse devant Tanya.

- Des problèmes avec les femmes ? devina-t-elle, ignorant ma réticence.

Je ris d’un rire maussade.

- Pas de la façon dont tu parles.

Alors elle se tut. J’écoutais ses pensées tandis qu’elle étudiait différentes possibilités, essayant de décoder le sens de mes paroles.

- Tu n’y es pas du tout, lui dis-je.

- Un indice ?

- S’il te plaît Tanya, laisse tomber.

Elle se tut de nouveau, toujours spéculative. Je l’ignorai, essayant en vain d’apprécier les étoiles.

Elle abandonna après un moment, et ses pensées partirent dans une nouvelle direction.

Où iras-tu, si tu t’en vas ? Chez Carlisle ?

- Je ne crois pas, murmurai-je.

Où irais-je? Je ne pouvais pas penser à un seul endroit sur Terre qui présentât un quelconque intérêt pour moi. Il n’y avait rien que j’avais envie de voir ou de faire. Parce que, peu importe ou j’irais, je n’irais jamais vers un endroit – je m’échapperais simplement d’un autre.

Je détestais cela. Quand étais-je devenu si lâche?

Tanya enroula ses bras minces autour de mes épaules. Je me raidis, mais ne reculai pas à son contact. Cela n’était rien d’autre qu’un geste amical. Ou presque.

- Je pense que tu vas rentrer, dit-elle, sa voix reprenant son léger accent russe. Peu importe ce qui... ou qui... qui te hante. Tu va y faire face. C’est bien ton genre.

Ses pensées étaient aussi assurées que ses mots. J’essayai d’adopter la vision de moi qu’elle se représentait dans sa tête. Celui qui faisait face. Il était plaisant de penser cela de moi-même. Je n’avais jamais douté de mon courage, de ma capacité à faire face aux difficultés, avant cette horrible heure en classe de biologie, il n'y a pas si longtemps.

J’embrassai sa joue, me retirant promptement lorsqu’elle tourna son visage vers le mien, ses lèvres déjà plissées. Elle sourit d’un air piteux devant ma rapidité.

- Merci Tanya. J’avais besoin d’entendre tout ça.

Ses pensées devinrent arrogantes. De rien, j’imagine. J’aimerais que tu sois plus raisonnable sur certains sujets, Edward.

- Je suis désolé, Tanya. Tu sais que tu es trop bien pour moi. C’est juste... que je n’ai pas encore trouvé ce que je cherche.

- Eh bien, si tu pars avant que je ne te revoie... au revoir, Edward.

- Au revoir, Tanya.

Alors que je disais ces mots, je pouvais le voir. Je pouvais me voir partir. Être assez fort pour retourner au seul endroit où je voulais être.

- Merci encore.

Elle fut sur ses pieds en un mouvement agile, puis elle s’échappa, se faufilant à travers la neige si rapidement que ses pieds n’avaient pas le temps de s’enfoncer dedans ; elle ne laissa aucune trace derrière elle. Elle ne regarda pas en arrière. Mon rejet l’avait plus affectée qu’elle ne le laissait croire, même dans ses pensées. Elle ne voudrait pas me voir avant que je ne parte.

Ma bouche se tordit de chagrin. Je n’aimais pas avoir blessé Tanya, même si ses sentiments n’étaient pas profonds, purs, et en aucun cas, quelque chose que je puisse lui rendre. Cela me faisait me sentir moins qu’un gentleman.

Je mis mon menton sur mes genoux, et commençai à regarder les étoiles de nouveau, même si je me sentais soudainement pressé de partir. Je savais qu’Alice me verrait revenir à la maison, qu’elle le dirait aux autres. Cela les rendrait heureux – surtout Carlisle et Esmé. Mais je fixai les étoiles pendant un moment, essayant de voir au-delà du visage dans mon esprit. Entre moi et les lumières brillantes dans le ciel, une paire d’yeux marron chocolat perplexes me fixait, semblant se demander ce que cette décision voulait dire pour elle. Bien sûr, je ne pouvais pas être certain que ce soit vraiment l’information que ses yeux cherchaient. Même dans mon imagination, je ne pouvais pas entendre ses pensées. Les yeux de Bella Swan continuaient de me questionner, et les étoiles continuaient de m’échapper. Avec un lourd soupir, j’abandonnai et me levai. Si je courais, je serais de retour chez Carlisle en moins d’une heure...

Dans la hâte de revoir ma famille – et vraiment désireux d’être le Edward qui faisait face à tout – je courus à travers le champ de neige étoilé, ne laissant aucune empreinte.

- Ça va aller, souffla Alice.

Ses yeux n’étaient pas concentrés, et Jasper avait posé une main légère sous son coude, la guidant tandis que nous marchions groupés dans la petite cafétéria. Rosalie et Emmett ouvraient la voie, Emmett ressemblant ridiculement à un garde du corps en milieu hostile. Rose semblait méfiante aussi, mais plus irritée que protectrice.

- Bien sûr que oui, grommelai-je.

Leur comportement était grotesque. Si je n’avais pas été sûr de pouvoir gérer cette situation, je serais resté à la maison.

Notre matinée normale, presque joueuse avait soudain était bouleversée – il avait neigé dans la nuit, et Emmett et Jasper étaient assez enfantins pour profiter de ma distraction pour me bombarder de boules de neige ; quand ils en avaient eu assez de mon manque de réaction, ils s'étaient retournés l’un vers l’autre –, transformée en cette vigilance exagérée qui aurait pu être comique si elle n’avait pas été aussi irritante.

- Elle n’est pas là, mais elle va entrer... Elle ne sera pas dans le courant d’air si nous nous asseyons à notre place habituelle.

- Bien sûr qu’on va s'asseoir à notre place habituelle. Arrête ça, Alice. Tu commences à m'énerver. Tout va bien se passer.

Elle cligna des yeux tandis que Jasper l’aidait à s'asseoir, et ses yeux se concentrèrent finalement sur mon visage.

- Hmm, dit elle, l’air surprise. Je pense que tu as raison.

- Bien sûr que j’ai raison, murmurai-je.

Je détestais être au centre de toutes les préoccupations. Je me sentis soudainement pris de sympathie pour Jasper, me souvenant de toutes les fois où nous rôdions autour de lui, surprotecteurs. Il rencontra mon regard.

Énervant, n’est ce pas?

Je lui fis une grimace.

Était-ce vraiment la semaine dernière que cette longue pièce terne me semblait ennuyeuse à mourir ? Était ce vraiment comme une nuit de sommeil, un coma de me retrouver ici ?

Aujourd’hui j’avais les nerfs à vif – des cordes sensibles, tendues au maximum, prêtes à lâcher sous la moindre pression. Mes sens étaient en alerte maximum, je scannais chaque son, chaque soupir, chaque mouvement de l’air qui touchait ma peau, chaque pensée. Spécialement les pensées. Il n’y avait qu’un seul sens que je verrouillais, refusant de l’utiliser. L’odorat, bien sûr. Je ne respirais pas.

Je m'attendais à entendre plus de choses sur les Cullen dans les pensées qui je passais au crible. Toute la journée j’avais attendu, cherchant une nouvelle connaissance à qui Bella Swan aurait pu se confier, essayant de voir dans quelle direction les potins allaient. Mais il n’y avait rien. Personne n’avait remarqué les cinq vampires de la cafétéria, tout était comme avant, avant que la nouvelle fille n’arrive. Plusieurs humains pensaient toujours à la fille, pensant toujours les mêmes choses que la semaine dernière. Au lieu de trouver cela terriblement ennuyeux, j’étais fasciné à présent.

N’avait-elle rien dit à personne sur moi ?

Elle avait forcément remarqué mon regard assassin. Je l’avais vue réagir. Evidemment, je l’avais effrayé. J’étais persuadé qu’elle l’aurait mentionné à quelqu’un, peut-être même exagérant l’histoire pour la rendre meilleure. Me donnant quelques répliques menaçantes.

Puis, elle m’avait entendu essayer de changer mon heure de biologie. Elle avait dû se demander, après avoir vu mon expression, si elle en était la cause. Une fille normale aurait demandé quelques informations, comparant son expérience avec les autres, cherchant une explication rationnelle à mon comportement pour ne pas se sentir seule. Les humains étaient désespérément en recherche de normalité, pour se sentir intégrés. Pour se mêler aux personnes les entourant, comme un troupeau de moutons conformistes. Ce besoin était particulièrement fort durant l’adolescence. Cette fille ne ferait pas exception à la règle.

Mais personne n’avait remarqué que nous nous étions assis ici, à notre table habituelle. Bella devait être exceptionnellement timide, pour ne pas se confier à qui que ce soit. Peut-être avait-elle parlé à son père, peut-être avait-elle une relation très forte avec lui... même si cela semblait improbable, étant donné le peu de temps qu’elle avait passé avec lui durant sa vie. Elle devait être plus proche de sa mère. Et pourtant, je devrais aller rendre une petite visite au Chef Swan un de ces jours pour écouter ce qu’il pensait.

- Quelque chose de nouveau ? demanda Jasper.

- Rien. Elle... n’a rien dû dire.

Ils levèrent tous un sourcil devant cette nouvelle.

- Peut-être que tu n’es pas aussi effrayant que tu le penses, dit Emmett, gloussant. Je te parie que je l’aurais plus effrayée que ça.

Je levai les yeux au ciel.

- Je me demande pourquoi... ?

Il était perplexe devant ma révélation sur le silence inhabituelle de cette fille.

- On en a déjà parlé. Je ne sais pas.

- Elle arrive, murmura alors Alice.

Je sentis me corps se raidir.

- Essayez d’avoir l’air humains.

- Humains, tu dis ? pointa Emmett.

Il souleva son poing droit, écartant les doigts pour nous laisser voir une boule de neige qu’il avait gardé dans sa paume. Bien sûr, elle n’y avait pas fondu. Il la compacta en un petit bloc de glace bosselé. Il regardait Jasper, mais je vis la direction que prenaient ses pensées. Alice aussi, bien sûr. Quand il lança soudainement le morceau de glace sur elle, elle l’écarta d’un battement de doigt. La glace ricocha à l’autre bout de la cafétéria, trop rapide pour être captée par des yeux humains, et se brisa contre le mur, y laissant une fissure. Le mur se brisa légèrement aussi.

Toutes les têtes dans ce coin de la pièce se tournèrent pour regarder le tas de glace sur le sol, puis elles pivotèrent pour trouver le coupable. Elles ne regardèrent pas plus loin que les quelques tables aux alentours. Personne ne nous regarda.

- Très humain, Emmett, dit Rosalie, cinglante. Pourquoi ne frappes-tu pas le mur tant que tu y es ?

- Ça aurait l’air plus impressionnant si tu le faisais, bébé.

J’essayai de porter mon attention sur eux, de garder un sourire sur mon visage comme si je faisais partie de leur badinage. Je ne me permettrais pas de regarder vers la queue où je savais qu’elle se tenait. Mais je n’écoutais que ça.

Je pouvais entre les pensées impatientes de Jessica à propos de la nouvelle fille qui semblait distraite elle aussi, immobile dans la queue. Je vis, dans les pensées de Jessica, que les joues de Bella Swan étaient une fois de plus vivement colorées par le sang.

Je pris quelques bouffées d’air superficielles, prêt à arrêter de respirer au premier signe de son parfum qui toucherait l’air près de moi.

Mike Newton était avec les deux filles. J’entendais ses deux voix, mentale et verbale, lorsqu’il demanda à Jessica ce qui n’allait pas avec la fille Swan. Je n’aimais pas la façon dont ses pensées enveloppaient Bella, le tourbillon de fantasmes déjà établis qui embrumaient son esprit pendant qu’il la regardait avancer et sortir de sa rêverie, comme si elle avait oublié qu'il était là.

- Rien, entendis-je Bella dire, d’une voix claire, mais faible.

Elle semblait résonner comme un carillon à travers le babillage la cafétéria, mais je savais que c’était parce que je l’écoutais intensément.

- Je prendrai juste un soda aujourd’hui, continua-t-elle tandis qu’elle avançait pour rattraper la queue.

Je ne pus pas m'empêcher de jeter un regard dans sa direction. Elle fixait le sol, le sang se retirant lentement de son visage. Je détournai rapidement le regard, vers Emmett, qui se moquait de mon expression pleine de souffrance.

T’as l’air malade, frangin.

Je me repris, pour retrouver une expression décontractée et sereine.

Jessica se demandait tout haut pourquoi la fille n’avait pas d’appétit.

- Tu n’as pas faim ?

- En fait, je me sens un peu mal.

Sa voix était basse, mais toujours très claire. Pourquoi cela me dérangeait-il, cette préoccupation protectrice qui émana soudain des pensées de Mike Newton ? Pourquoi m’importait-il qui il y ait une pointe de possessivité en lui ? Ce n’étaient pas mes affaires si Mike Newton se sentait inutilement anxieux pour elle. Peut-être était-ce ainsi que tout le monde se sentait envers elle. N’avais-je pas instinctivement voulu la protéger, moi aussi ? Avant de vouloir la tuer, c’était...

Mais est-ce que la fille était malade ?

Difficile d’en juger – elle avait l’air si fragile avec sa peau translucide... C'est alors que je réalisai que je m’inquiétais aussi, tout comme cet imbécile de garçon, et je me forçai à ne pas penser à sa santé.

Malgré tout, je n’aimais pas la surveiller à travers les pensées de Mike Newton. Je changeai vers celles de Jessica, regardant attentivement alors qu’ils se dirigeaient tous trois vers la table la plus proche. Heureusement, ils s’assirent avec les compagnons habituels de Jessica, sur une des premières tables de la pièce. Pas dans la courant d’air, comme Alice l’avait promis.

Alice me donna un petit coup de coude. Elle va regarder, aie l’air humain.

Je grinçai des dents derrière ma grimace.

- Relax Edward, dit Emmett. Honnêtement. Tu tues un humain. C’est pas la fin du monde.

- Tu en sais quelque chose, murmurai-je.

Emmett rit.

- Il faut que tu t’en remettes. Comme moi. L’éternité est trop longue pour se complaire dans la culpabilité.

À ce moment-là, Alice lança une petite poignée de glace, qu’elle avait cachée dans sa main, droit dans le visage d’Emmett.

Il cligna des yeux, surpris, et grimaça.

- Tu l’auras cherché, dit il, s'avançant sur la table pour s’ébouriffer dans sa direction.

La neige, fondant avec la chaleur de la pièce, s’envola de ses cheveux en une bouillie mi-liquide mi-glacée.

- Hé ! se plaignit Rosalie, tandis qu'Alice et elle reculaient devant le déluge.

Alice rit, et nous la suivîmes. Je voyais dans sa tête qu’elle avait orchestré ce moment parfait, et je savais que la fille – je devais arrêter de penser à elle comme ça, comme si elle était la seule fille au monde – que Bella nous regarderait riant et jouant, semblant heureux et humains, presque irréels et idéaux, comme dans une peinture de Norman Rockwell.

Alice continua de rire, et prit son plateau comme bouclier. La fille – Bella devait toujours nous regarder.

... elle regarde encore les Cullen, pensa quelqu’un, captant mon attention.

Je regardai automatiquement vers cet appel non intentionnel, réalisant quand mes yeux atteignirent la destination que je reconnaissais cette voix – je l’avais trop écoutée aujourd’hui.

Mais mes yeux dépassèrent Jessica et se portèrent sur le regard pénétrant de la fille.

Elle baissa les yeux rapidement, se cachant derrière ses cheveux.

A quoi pensait-elle ? La frustration semblait de plus en plus forte au fur et à mesure que le temps passait, au lieu de se ramollir. J’essayai – incertain de ce que j’étais en train de faire car je n’avais jamais essayé avant – de sonder le silence qui l’entourait. Mon ouïe supplémentaire m’était toujours venue naturellement, sans avoir à me forcer ; je n’avais jamais dû m’exercer. Mais je me concentrais à présent, essayant de briser ce bouclier qui l’entourait.

Rien, que du silence.

Qu’est-ce qui ne va pas chez elle ? pensa Jessica, faisant écho à ma propre frustration.

- Edward Cullen te mate, murmura-t-elle à l’oreille de la fille Swan, avec un petit gloussement.

Il n’y avait pas une pointe de son irritation jalouse dans son ton. Jessica semblait très douée pour feindre l’amitié.

Trop absorbé, j’écoutai moi aussi la réponse de la fille.

- Il n’a pas l’air énervé, n’est ce pas ? murmura-t-elle en retour.

Donc, elle avait bien remarqué ma réaction violente de la semaine dernière. Bien sûr qu’elle l’avait remarquée.

La question perturba Jessica. Je vis mon propre visage dans ses pensées tandis qu’elle vérifiait mon expression, mais je ne rencontrai pas son regard. Je me concentrais toujours sur la fille, essayant d’entendre quelque chose. Ma concentration intense ne semblait pas du tout m’aider.

- Non, lui dit Jess, et je sus qu’elle aurait aimé dire oui – comme si le fait que je regarde Bella lui restait en travers – même si sa voix ne laissait rien paraître. Il devrait l’être ?

- Je ne pense pas qu’il m’aime beaucoup, chuchota la fille en retour, posant sa tête sur son bras comme si elle était soudain fatiguée.

J’essayai de comprendre son mouvement, mais je pouvais seulement émettre des hypothèses. Peut-être était-elle fatiguée.

- Les Cullen n’aiment personne, la rassura Jess. En fait, ils ne remarquent personne d’autre qu’eux-mêmes. Ou plutôt ils ne le faisaient jamais.

Ses pensées étaient désormais une complainte.

- Mais il te regarde toujours.

- Arrête de le regarder, dit anxieusement la fille, soulevant sa tête de son bras pour être sûre que Jessica obéissait à cet ordre.

Jessica gloussa, mais fit ce qu’on lui dit.

La fille ne regarda pas en dehors de sa table durant tout le reste de l’heure. Je pensai – pensai bien sûr, je ne pouvais pas être certain – que c’était délibéré. Il semblait qu’elle voulait me regarder. Son corps se tournait légèrement dans ma direction, son menton commençait à se tourner, puis elle se ressaisissait, prenait une grande inspiration, et fixait la personne qui parlait, qui que ce soit.

J’ignorai les autres pensées autour de la fille, pour la plupart, car momentanément, elles ne la concernaient pas. Mike Newton prévoyait une bataille de neige dans le parking après les cours, il ne semblait pas réaliser que la neige s’était déjà transformée en pluie. Le battement des doux flocons contre le toit s’était transformé en la plus commune des averses. Ne pouvait-il réellement pas entendre ce changement ? Cela me semblait bruyant.

Quand l’heure du déjeuner fut terminée, je restai à ma place. Les humains sortaient, et je me surpris à essayer de distinguer le bruit de ses pas parmi ceux des autres élèves, comme s'il y avait quelque chose d’important et d’inhabituel chez eux. Comme c’était stupide.

Ma famille ne fit aucun mouvement pour partir non plus. Ils attendaient de voir ce que j’allais faire.

Irais-je en classe, m'asseoir à côté de la fille, là où je pourrais sentir la puissance absurde du parfum de son sang, et sentir la chaleur de son pouls contre ma peau ? Étais-je assez fort pour ça ? Ou en avais-je eu assez pour un seul jour ?

- Je... pense que ça va aller, dit Alice, hésitante. Tu es décidé. Je pense que tu vas arriver au bout de cette heure.

Mais Alice savait bien à quelle vitesse un esprit pouvait changer.

- Pourquoi tenter le diable, Edward ? demanda Jasper.

Même si il ne voulait pas se sentir suffisant du fait que je sois pour une fois celui qui était faible, je pouvais l’entendre l’être, juste un tout petit peu.

- Rentre à la maison. Vas-y doucement.

- C’est quoi le problème ? dit Emmett, pas d’accord. Soit il la tue, soit il ne la tue pas. Autant en finir maintenant, quoi qu’il se passe.

- Je ne veux pas déménager aussi tôt, se plaignit Rosalie. Je ne veux pas tout recommencer. On a presque fini le lycée, Emmett. Enfin.

J’étais tout aussi divisé sur cette décision. Je voulais, vraiment, avoir cette confrontation plutôt que de la fuir. Mais je ne voulais pas aller trop loin non plus. Cela avait été une erreur la semaine dernière que Jasper tienne si longtemps sans aller chasser ; étais-je en train de commettre une erreur aussi bête ?

Je ne voulais pas déraciner ma famille. Aucun d’entre eux ne m’en serait reconnaissant.

Mais je voulais aller en biologie. Je réalisai que je voulais revoir son visage.

C’est cela qui me décida. La curiosité. J’étais en colère après moi pour ressentir cela. Ne m’étais-je pas promis que je ne laisserais pas le silence de l’esprit de cette fille me rendre excessivement intéressé par elle ? Et pourtant, j’étais la, excessivement intéressé.

Je voulais savoir ce qu’elle pensait. Son esprit était fermé, mais ses yeux étaient ouverts. Peut-être pourrais-je les lire à la place.

- Non, Rose. Je pense vraiment que ça va bien se passer, dit Alice. Ça... s’affirme. Je suis sûre à 90% que rien de mauvais ne va arriver s'il va en classe.

Elle me regarda avec curiosité, se demandant ce qui avait changé dans mes pensées pour que ses visions du futur soient à ce point sans risque.

La curiosité suffirait-elle à garder Bella Swan en vie ?

Toutefois, Emmett avait raison – pourquoi ne pas en finir, quoi qu’il arrive ? Je ferais face à la tentation durant cette confrontation.

- Allez en classe, ordonnai-je, m'éloignant de la table.

Je me retournai et m’éloignai d’eux à grands pas sans regarder derrière moi. Je pouvais entendre l’inquiétude d’Alice, le mécontentement de Jasper, l’approbation d’Emmett et l'irritation de Rosalie me poursuivre.

Je pris une dernière bouffée d’air près de la porte de la classe, et je la retins dans mes poumons tandis que je marchais dans la petite pièce chaude.

Je n'étais pas en retard. Mr. Banner préparait toujours l'expérience d’aujourd’hui. La fille était assise à ma – à notre – table, le visage baissé, fixant la chemise cartonnée sur laquelle elle gribouillait. J’examinai son croquis en m’approchant, intéressé même par cette création triviale de son esprit, mais ça n’avait pas de sens. Un simple barbouillage de cercles dans d’autres cercles. Peut-être ne se concentrait-elle pas sur les formes, mais pensait-elle à autre chose ?

Je tirai ma chaise en arrière avec plus de force que nécessaire, la faisant racler sur le sol ; les humains se sentent mieux lorsqu’un bruit de la sorte annonce l’arrivée de quelqu’un.

Je sus qu’elle avait entendu le son ; elle ne leva pas les yeux, mais sa main rata un cercle dans son dessin, le rendant irrégulier.

Pourquoi ne leva-t-elle pas les yeux ? Elle était probablement effrayée. Je devais m’assurer de lui faire une autre impression cette fois-ci. Lui faire croire qu’elle s’était fait des idées.

- Bonjour, dis-je d’une voix douce, celle que j’utilisais pour mettre les humains à l’aise, et affichant un sourire poli, sans toutefois montrer mes dents.

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