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Un bon fils



Description ajoutée par Mel- 2014-04-15T21:06:33+02:00

Résumé

C’est l’histoire d’un enfant à la santé fragile, né après guerre et envoyé aussitôt dans un village d’Autriche pour soigner ses poumons. Sous la neige, il chante la gloire de Dieu et baragouine un patois allemand. Chaque soir, sous le regard aimant de sa mère, le chérubin prie le Seigneur pour qu’il provoque la mort de son père. « Rien de plus difficile que d’être père : héros, il écrase de sa gloire ; salaud, de son infamie ; ordinaire, de sa médiocrité » : le père est ici un mari violent et pervers qui bat sa femme et l’humilie, un obsessionnel antisémite et raciste, dont le fils va tout faire pour devenir le contre-modèle (« Je suis sa défaite »). Il sera l’élève de Jankélévitch et de Barthes, le meilleur ami d’Alain Finkielkraut ; classé parmi les « intellectuels juifs » auxquels il s’identifie sans l’être, il aimera des femmes aux racines lointaines, sera un père aimant, un écrivain reconnu. Dans ce récit puissant, véritable « roman des origines », Pascal Bruckner raconte sa filiation personnelle et intellectuelle, nous offrant ainsi le sésame de son oeuvre entière.

De la neige des premières pages aux ordures parmi lesquelles son père finira son existence, de la violence de ses mots à la rage teintée d’amour qu’il lui portera, on retrouve ici le théâtre de la cruauté d’un écrivain, incarné et expliqué par son acteur central, ce nazi pathétique, écolo fanatique, Ogre colérique, Petit mari aux côtés duquel, malgré tout, Pascal restera toujours, en Bon fils. Car derrière le mépris, la rage, ce récit est l’aveu à demi-formulé d’un amour impossible, un Tombeau d’effroi et de pardon.

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Classement en biblio - 15 lecteurs

Extrait

Extrait ajouté par Mel- 2014-04-15T21:07:24+02:00

Prière du soir

Il est l'heure d'aller dormir. Agenouillé au pied du lit, la tête inclinée, les mains jointes, je murmure à voix basse ma prière. J'ai dix ans. Après un bref recensement des fautes du jour, j'adresse à Dieu, notre Créateur tout-puissant, une requête. Il sait comme je suis assidu à la messe, empressé à la communion, comme je L'aime par-dessus tout. Je Lui demande simplement, je L'abjure de provoquer la mort de mon père, si possible en voiture. Un frein qui lâche dans une descente, une plaque de verglas, un platane, ce qui Lui conviendra.

«Mon Dieu, je vous laisse le choix de l'accident, faites que mon père se tue.»

Ma mère arrive pour me border et me lire une histoire. Elle me regarde avec tendresse. Je redouble de ferveur, je fais le pieux. Je ferme les yeux, dis en moi-même :

«Mon Dieu, je vous laisse, Maman vient d'entrer dans ma chambre.»

Elle est fière de ma foi ardente tout en redoutant qu'un jour je ne me tourne vers la prêtrise. J'ai déjà évoqué la possibilité d'entrer au Petit Séminaire, je me lève à six heures du matin pour aller servir la messe à l'externat Saint-Joseph à Lyon, le collège de Jésuites où je poursuis mes études. C'est une messe basse, c'est-à-dire courte, je ne suis pas qualifié pour les longues cérémonies qui requièrent une liturgie complexe. Quand je suis perdu, je me signe, ça me donne une contenance. A cette heure matinale, dans l'église, il y a peu de monde, à peine ici ou là une bigote tombée du lit et qui marmonne ses prières. Je suis le petit fayot de Dieu : l'odeur de l'encens m'enivre comme s'enivre le prêtre qui remplit ses burettes et s'avale une bonne rasade de piquette, du blanc de qualité médiocre, dès sept heures du matin. Nous sommes pris d'un fou rire devant ses yeux vitreux. J'allume les cierges avec ravissement, j'aime ce moment de recueillement avant les cours. Je communie, j'adore le goût de l'hostie, ce pain azyme qui fond sous la langue comme une galette. Cela m'emplit de force, j'ânonne mes formules en latin sans les comprendre, ce qui les rend d'autant plus belles. Je sers la messe avec une fureur toute flagorneuse ; je veux avoir les meilleures notes au paradis. Quand je plisse mon regard, il me semble que Jésus cligne affectueusement de l'oeil à mon endroit.

Deux ans après, lors de ma communion solennelle, je me livre à une orgie de bonté. Je souris à tous, je suis habité par l'Ange du Bien en personne. Je hume avec volupté mon nouveau missel à tranche dorée dont les pages bruissent quand on les tourne. Je flotte dans mon aube au-dessus du sol, je baigne dans l'onction. Oncles et tantes me couvrent de baisers que je prodigue à mon tour à mes cousins sans compter. Ce zèle emplit ma mère de fierté et d'une secrète inquiétude. D est bon de croire mais avec mesure : la bonne ville de Lyon, ancienne capitale des soyeux, regorge d'abbés misérables, aux soutanes tachées, aux godillots crevés, qui sont les souffre-douleur de leur hiérarchie, les têtes de turc des gamins, les prolétaires de l'Église Romaine Universelle et Apostolique. Beaucoup meurent jeunes, épuisés et maltraités.

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Commentaires récents

Commentaire ajouté par Phael 2015-03-23T06:57:02+01:00
Argent

Les 50 dernières pages sont un vrai délice!

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Commentaire ajouté par christiane-francoise 2014-11-16T14:42:06+01:00
Argent

La vie "encombrée" d'un fils par l'idée que son père a été pour Hitler, antisémite et raciste et en plus odieux avec sa mère.Il sera son contre -modèle et pourtant ce livre est aussi l'aveu d'un amour filial impossible à renier.

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Date de sortie

Un bon fils

  • France : 2014-04-16 (Français)

Activité récente

Les chiffres

Lecteurs 15
Commentaires 2
Extraits 1
Evaluations 4
Note globale 7 / 10

Évaluations

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