Livres
388 757
Comms
1 362 763
Membres
277 355

Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !


Inscription classique

En cliquant sur "Je m'inscris"
j'accepte les CGU de booknode

Un coeur si grand



Description ajoutée par siegrid 2014-06-23T13:00:38+02:00

Résumé

Grace vit une relation idyllique avec Victor, divorcé, deux enfants de 13 et 7 ans, Ava et Max. Mais sans prévenir, ce bonheur se fissure : Kelli, l'ex-femme de Victor, est retrouvée morte. Peut-être un suicide ? Grace culpabilise car Victor et elle venaient d'annoncer leurs fiançailles, alors qu'Ava est persuadée que les origines du mal-être de sa mère étaient anciennes.

Sans avoir jamais rêvé d'avoir un enfant, Grace se retrouve à la tête d'une famille recomposée. Sauront-ils apprendre à s'aimer ?

Afficher en entier

Classement en biblio - 8 lecteurs

PAL
9 lecteurs

Extrait

Extrait ajouté par siegrid 2014-06-23T13:01:34+02:00

Grace

Plus tard, j'essaierais de me souvenir de ce que je faisais à l'instant même où Kelli est morte.

Ce matin-là, quand je suis partie travailler, tout était comme d'habitude. Nulle sensation de menace imminente, nul pressentiment inquiétant qui m'aurait avertie que mon univers était sur le point de basculer. Juste Victor, endormi dans notre lit, et moi, qui, comme tous les jours, l'ai embrassé avant de partir en veillant à ne pas le réveiller.

C'était un vendredi de fin octobre, et pendant mon trajet jusqu'au centre-ville, j'ai observé la silhouette sombre des tours de Seattle se découper dans un ciel corail.

— Bonjour, ai-je dit à mon assistante Tanya en pénétrant dans mon bureau.

Tanya était une femme superbe, à la peau d'une belle couleur chocolat, qui aimait les robes aux couleurs vives mettant en valeur ses formes généreuses. « Une sorte de Jennifer Hudson avant son régime Weight Watchers » avais-je déclaré à ma meilleure amie Melody pour lui décrire Tanya telle qu'elle m'était apparue lors de son entretien d'embauche.

— Bonjour, a-t-elle répondu.

Elle était si concentrée qu'elle a à peine levé les yeux de son écran d'ordinateur. Ses longs ongles rouges cliquetaient sur le clavier. Six mois plus tôt, Tanya vivait avec ses deux enfants dans l'un de nos centres. À l'époque, elle avait désespérément besoin de travailler, et j'avais désespérément besoin d'une assistante, aussi l'association avait-elle semblé idéale. J'avais accepté le poste de directrice de Nouveau Départ l'automne précédent, honorée de me retrouver à la tête d'une organisation qui avait démarré dans les années 1990 comme numéro d'urgence pour les femmes battues, avant d'ajouter peu à peu d'autres prestations à ses activités, jusqu'à inclure la gestion des situations de crise, le soutien psychologique, le logement d'urgence, et l'assistance à la recherche d'emploi. Plus tôt dans l'année, nous avions même ouvert une boutique de vêtements d'occasion, destinée en priorité aux membres de l'association, où ces femmes pouvaient se procurer des vêtements pour leurs entretiens professionnels et, lorsqu'elles étaient prêtes à voler de leurs propres ailes, reconstituer leur garde-robe. Ma fonction consistait à veiller aux aspects administratifs et pratiques de l'organisation, dont le financement et le personnel, mais, en réalité, avoir le privilège d'aider des femmes comme Tanya à reconstruire leur vie brisée constituait pour moi la motivation principale qui m'avait fait accepter ce poste.

J'ai posé sur son bureau le café latte que j'avais pris pour elle à la petite boutique en bas, puis je me suis dirigée vers mon bureau en refermant la porte derrière moi. Pour l'heure, je n'avais aucune raison de penser que cette journée ne serait pas semblable aux autres. Je me suis installée à mon bureau, ai allumé mon ordinateur et vérifié mes rendez-vous. Outre deux entretiens téléphoniques, je n'avais qu'une réunion d'équipe à 14 heures ; je me suis donc plongée dans les dossiers que Tanya avait imprimés pour moi : je devais décider si ces femmes étaient prêtes à passer d'un hébergement d'urgence à un appartement individuel. Souvent, quitter le lieu où elles s'étaient senties protégées constituait l'étape la plus difficile pour les victimes de violence domestique ; mon rôle était de m'assurer qu'on les accompagne à chacune des étapes.

J'avais le nez dans mes dossiers depuis plusieurs heures quand j'ai entendu mon téléphone portable vibrer dans mon sac. En lisant le nom de Victor sur l'écran, j'ai ressenti un petit pincement au creux de mon estomac.

— Coucou, chéri, ai-je dit en regardant l'anneau à mon doigt.

Cinq jours qu'il m'avait demandée en mariage, et je n'étais pas encore habituée au poids de cet anneau. À vrai dire, j'étais encore sous le choc de sa demande.

— Tu pourrais passer chercher les enfants à l'école pour moi ? a demandé Victor.

Sa voix était tendue, j'y ai décelé une urgence que je ne lui connaissais pas.

— Alors c'est comme ça ? Maintenant qu'on est fiancés, je n'ai pas même droit à un « bonjour ! » ai-je répondu.

J'espérais que cette plaisanterie aurait raison de sa mauvaise humeur. Cela ne lui ressemblait pas. Victor était la personne la plus agréable que je connaisse. Y avait-il eu un incident à son restaurant qui l'avait contrarié ? Son chef de cuisine était-il malade ? L'un de ses serveurs avait-il fait tomber un carton de verres à vin ?

— Alors, c'est à ça que ça va ressembler, d'être mariée avec toi ?

— Grace. J'ai vraiment besoin que tu passes les chercher. S'il te plaît.

— Qu'est-ce qui se passe ? ai-je demandé en me redressant sur mon siège.

Soudain, tous les muscles de mon corps se sont tendus, et j'ai su qu'il s'était passé quelque chose de grave.

— C'est Kelli. Son amie Diane l'a trouvée il y a deux heures. Elle ne respirait plus et…

Je l'ai entendu déglutir.

— Elle est morte, Grace. Kelli est morte.

Je n'en croyais pas mes oreilles. Kelli. Son ex-femme. C'était impossible ! J'avais du mal à respirer, et il m'a fallu un moment pour être en mesure de parler.

— Oh, Victor ! C'est terrible ! Mais qu'est-ce qui s'est passé ?

— Je n'en sais rien encore. On m'a appelé des urgences. J'imagine que je suis encore mentionné dans le dossier d'assurance comme la personne à contacter. Tu pourras passer prendre les enfants ?

— Bien sûr.

Je me suis levée, tâtonnant pour prendre mon sac. La panique me gagnait. Comment les enfants allaient-ils réagir ? Ava, surtout. À treize ans, elle avait terriblement besoin de sa mère. Et Max aussi, qui n'avait que sept ans. Les soirs où il était à la maison, il ne pouvait s'endormir sans entendre la voix de sa mère. Tous deux ignoraient encore que nous étions fiancés. Victor l'avait annoncé à Kelli plus tôt dans la semaine ; il lui avait demandé de passer prendre un café au restaurant pendant que les enfants étaient en classe.

— Comment ça s'est passé ? lui avais-je demandé quand il était rentré.

Il s'était pincé les lèvres et avait secoué la tête.

— Pas génial.

Je n'avais pas cherché à en savoir plus.

— Qu'est-ce que tu veux que je dise aux enfants ? lui ai-je demandé, inquiète à l'idée de faire le moindre faux pas.

— Rien encore. Je rentre dès que possible, mais je dois passer l'identifier…

Sa voix s'est brisée, et il s'est éclairci la gorge.

— Je dois passer identifier son corps.

— Tu es sûr que tu ne veux pas que je t'accompagne ?

Jamais il n'avait paru si bouleversé, et j'aurais tout donné pour le réconforter un tant soit peu.

— Non, je préfère que tu ailles chercher les enfants. Et je vais réfléchir à une façon de leur annoncer la nouvelle.

Nous avons raccroché, et je suis sortie en hâte de mon bureau. Tanya a levé la tête de son ordinateur.

— Qu'est-ce qui se passe ?

— C'est Kelli… L'ex de Victor.

J'ai laissé échapper un soupir lourd.

— Elle est morte.

Tanya a porté la main à sa bouche.

— Oh, mon Dieu ! s'est-elle écriée. Que s'est-il passé ?

— On l'ignore encore. En ce moment, Victor est en route pour l'hôpital.

— Oh, mon Dieu ! a-t-elle répété en secouant la tête. J'annule tous vos rendez-vous de la semaine prochaine. Quant à la réunion d'équipe, cela peut attendre.

Elle a marqué une pause.

— Vous voulez que j'appelle Stephanie ?

J'ai acquiescé. La personne la plus à même de me remplacer était en effet mon prédécesseur. Stephanie avait pris sa retraite au moment où j'avais accepté le poste, mais elle continuait de donner de son temps comme bénévole.

— Ce serait formidable. J'ignore combien de temps je resterai indisponible. Merci.

— Je vous en prie. Je vous appellerai en cas d'urgence. Et prévenez-moi si vous avez besoin de quoi que ce soit.

J'ai quitté le bureau, tremblant de tous mes membres, et je suis montée en voiture. Agrippant le volant, j'ai essayé de me calmer avant de démarrer. Des pensées m'assaillaient ; j'essayais d'imaginer à quoi ressemblerait la vie de Max et d'Ava une fois qu'ils sauraient que leur mère était morte. Et la mienne par la même occasion, maintenant que j'avais pris sa place.

Le soir où j'ai rencontré Victor, l'idée que je puisse devenir la mère de ses enfants ne m'avait pas effleuré l'esprit. En fait, devenir mère était le dernier de mes soucis, comme j'essayais de l'expliquer à l'homme avec qui j'avais rendez-vous au bar du Loft, le restaurant que dirigeait Victor à Seattle. À ce moment-là, j'ignorais que j'étais sur le point de le rencontrer. J'ignorais qu'il était le propriétaire du restaurant, qu'il était divorcé et père de deux enfants. Tout ce que je savais, c'est que je devais absolument trouver un moyen d'écourter ce rendez-vous qui n'avait que trop duré. Chad était le type même de l'éternel étudiant qui refusait obstinément de grandir, ce dont je n'avais pas pris conscience lors de nos échanges de messages sur Match.com ou lorsque nous nous étions brièvement parlé au téléphone. Sur le papier, il était plaisant, avec de l'humour et ce mélange de confiance et d'insolence qui me séduisait toujours chez un homme. Je m'étais dit que cela n'engageait à rien de prendre un verre avec lui. Mais ce soir-là, je m'en mordais les doigts.

— Alors, comme ça, a-t-il dit une fois que nous nous sommes assis, avons passé commande et échangé les amabilités de convenance sur la joie de se rencontrer enfin, tu ne veux pas d'enfants ?

Il s'est adossé à son siège, une curieuse grimace sur son visage rougeaud.

La brusquerie de son ton m'a immédiatement déplu, et je me suis aussitôt mise sur mes gardes. Mon profil sur le site indiquait que je privilégiais ma carrière à une vie de famille, et je trouvais donc un peu étrange qu'il aborde le sujet dès le début de notre conversation. J'ai pris une petite gorgée du martini citron que notre serveur venait de nous apporter, laissant les cristaux de sucre sur le rebord du verre se dissoudre sur ma langue avant de répondre.

— Ce n'est pas tant que je ne veuille pas d'enfants, ai-je répondu. Simplement, je ne suis pas sûre de faire une très bonne mère.

J'espérais que cette réponse neutre le dissuaderait de poursuivre sur ce terrain.

— Tu n'aimes pas les enfants ? a-t-il insisté, penchant sa tête blonde vers moi.

— Si, je les aime, ai-je répondu en réprimant un soupir.

Comme il était frustrant de constater avec quelle vitesse on s'empressait de me considérer comme insensible ou sans cœur, du simple fait que je n'exprime pas un désir ardent de maternité. Alors que les hommes qui privilégiaient leur carrière à la paternité n'étaient pas considérés comme des salauds, mais comme des épicuriens à la George Clooney.

— J'avais treize ans quand mon frère est né, ai-je expliqué à Chad. Et pendant dix ans, j'ai aidé ma mère à l'élever avant de quitter la maison. J'ai su très tôt que je n'étais pas faite pour ça.

--------------------------------------------------------------------------------

Afficher en entier

Commentaire video

Vidéo ajoutée par Marie-Pier-2 2017-09-24T15:50:03+02:00

Ajoutez votre commentaire

Ajoutez votre commentaire

Commentaires récents

Commentaire ajouté par Marie-Pier-2 2017-09-24T15:51:23+02:00
Lu aussi

Bon petit livre. L'utilisation des trois narrateurs est intéressante. Je suis déçue parce que je me suis fait avoir par l'histoire vécue selon la fille de 13 ans et je trouvais le point de vue vraiment innovateur. J'ai cru à un semi-thriller au coeur de l'histoire alors que ce n'est pas ce que l'auteure voulait. Je me suis comme donnée des faux espoirs sur le but et l'histoire du livre. Sinon, l'histoire est bonne, les personnages sont attachants. Grace est une femme différente avec des convictions qui ne tiennent pas de la maternité et lorsqu'elle se retrouve au coeur de la controverse, elle fait de son mieux.

Kelly est un personnage si triste pour lequel on espère tellement mieux et qui dénote à quel point la religion et les inégalités sociales peuvent briser des vies.

Afficher en entier
Commentaire ajouté par lyly59 2015-01-16T17:08:12+01:00
Argent

Le résumé m'avait séduite.. En effet, pas déçu par le livre ! Petite pointe de tristesse dans ce livre vécu par les personnages du livre (et oui, pour ma part deux petites larmes pendant ce livre). Je suis entrée directement dans le livre, personnages touchants ! Je recommande ce livre dans le genre romance. C'est mon point de vue de ce livre..

Afficher en entier

Date de sortie

Un coeur si grand

  • France : 2015-02-05 (Français)

Activité récente

Les chiffres

Lecteurs 8
Commentaires 2
Extraits 1
Evaluations 3
Note globale 8 / 10

Évaluations

Titres alternatifs

  • Un si grand coeur - Français