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Univers de la littérature



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  • Caché sous le parasol, allongé sur une natte, une visière masquant mes yeux, j’observe le ballet des familles sur la plage. Mieux, je l’absorbe. L’intimité en plein air révèle quelques-uns des mystères tant convoités de la vie quotidienne des vrais enfants : l’onde paternelle pour laquelle on érige des châteaux, l’embarrassante attention des mères.

    Extrait de Un jour ce sera vide
  • Des fois, mes mains travaillent toutes seules. Ma tête est ailleurs. C’est comme si le corps s’adaptait parce qu’il se sait condamné. Je m’évade, tu comprends, car dans cet usine, j’ai l’impression de ne participer à rien, de ne pas laisser mon empreinte sur les choses. Alors, je pense à tout et à rien, au moment où je rentrerai chez moi. Tu sais, mon plaisir, ce que c’est ? C’est de faire chauffer une bassine d’eau et d’y tremper les mains, ça les ramollit, c’est pas croyable. Pendant quelques minutes, j’oublie le mal qu’elles me font dans la journée. Je leur pardonne. C’est idiot, ce que je dis, hein ? Mais je suis sur que tu me comprends. Je peux passer les mains sur la tête de ma fille et sentir ses cheveux. S’ils n’étaient pas si fins, je pourrais presque les attraper. Puis au bout d’une heure, mes mains redeviennent dures comme de la pierre. C’est comme si la chaîne était tellement inscrite dans mon corps que je ne pouvais plus l’arracher.

    Extrait de Demain, demain, Tome 1 : Nanterre, bidonville de la folie, 1962-1966
  • Depuis une vingtaine d'années, je donne à des étudiants de première année de l'université de Namur, en Belgique, un cours d'«Histoire de la littérature française» : celui-ci débute à la Chanson de Roland et décrit le parcours de la littérature jusqu'aux grandes orientations de la littérature contemporaine. Dans les universités françaises, un tel programme - et son intitulé même - auraient un caractère surprenant, voire insolite. En France, les cours d'histoire littéraire sont - dès le premier cycle de l'université - découpés par siècle ou par période (Moyen Âge, Renaissance, Lumières, etc.). Une conséquence pratique, dont tout enseignant peut facilement se rendre compte, découle de cette situation : la littérature didactique que les étudiants peuvent trouver en librairie imite le découpage régnant dans les programmes universitaires français, et si un grand choix de manuels existe, concernant le XVIe ou le XVIIe siècle par exemple, on ne trouve en revanche sur le marché aucun outil pédagogique envisageant la littérature française dans sa totalité et pouvant servir de précis à des étudiants qui, entrant en lettres, sont à la recherche de perspectives d'ensemble. C'est également une lacune regrettable pour tous ceux qui - dans des universités étrangères - ont pour tâche de présenter un panorama général de la littérature française : le morcellement par manuel introduit des ruptures artificielles dans la continuité de l'histoire, et empêche de produire un exposé global homogène et «mémorisable» pour les étudiants.

    Je voudrais remédier à cette lacune dans la bibliographie, en proposant un ouvrage qui retrace toute l'histoire de la littérature française en un développement continu, et qui puisse servir de support à un cours universitaire de 60 heures, destiné à des étudiants de première année, ou de premier cycle. Le projet tient de la gageure : il s'agit de présenter une matière abondante et multiforme, de façon aussi claire et pédagogique que possible, à des étudiants qui doivent la comprendre, l'assimiler et la maîtriser. On ne saurait donc se contenter d'une énumération de noms, de titres et de dates, qui apparenterait l'ouvrage à un dictionnaire. Il faut au contraire privilégier les structures, viser à la synthèse, insister sur les points communs, les évolutions, les filiations, les héritages, et montrer de quelle manière la production littéraire apparaît à chaque époque comme le résultat d'une alchimie mêlant tradition et innovation ; il faut aussi porter une attention particulière à la terminologie et aux étiquettes (qu'est-ce que la Renaissance ?, qu'est-ce que le baroque ?,...), et mettre en évidence les traits distinctifs de chaque période. Enfin, il faut envisager la question des influences et prendre en compte tout ce qui a été révélé par les études de littérature comparée : la littérature française est devenue ce qu'elle est par le développement d'un fonds national, mais aussi - et à parts égales - par le jeu des interactions entre les littératures européennes, qui se sont toujours ouvertes les unes aux autres. Ainsi, la France a accueilli régulièrement - venant de l'étranger - des idées, des oeuvres, des courants de pensée, voire des doctrines esthétiques (le baroque, par exemple), qui ne sont pas restés sans impact sur la production nationale.

    Comme on l'imagine, ces synthèses sont de plus en plus difficiles à réaliser au fur et à mesure que l'exposé avance dans le temps. Ainsi, quand je suis confronté au XXe siècle, j'ai souvent l'impression de me trouver face aux pièces éparpillées d'un puzzle. Il n'était cependant pas question de me tirer d'affaire en accumulant des listes composées de noms d'écrivains, impossibles à mémoriser. Les lecteurs plus avertis pourront juger de la pertinence des grilles que j'ai proposées en ce qui concerne les époques récentes. Au reste, dans les pages finales, celles qui envisagent la production postérieure à Mai '68, je me suis même abstenu de toute énumération et me suis contenté d'indiquer quelques constats et quelques orientations générales.

    Extrait de Histoire de la littérature française
  • Je me gare devant une maison qui pourrait très bien être la mienne. Je pourrais même entrer, pendre ma veste à l'entrée, aller chercher une bière dans le frigo et m'affaler sur le canapé, une femme entrerait à son tour, pendrait sa veste, viendrait m'embrasser sur le canapé avant d'aller se servir un verre de vin rouge, puis elle viendrait s'asseoir face à moi et nous échangerions quelques minutes autour de notre journée et soudain elle se mettrait en arrêt, me fixerait, son regard changerait de lueur, Mais, vous n'êtes pas mon mari ? – Hein ? Ah mais... holala pardon, vous avez raison, je me suis trompé de maison, je suis vraiment désolé... – Pensez-vous, ça arrive tout le temps... Nous éclaterions de rire de cette méprise, nous nous serrerions la main et je rentrerais chez moi, convoquant un minimum de concentration pour ne pas me tromper à nouveau.

    Extrait de Broadway
  • "Avec le ciel, je sais m'amuser. Je joue à disparaître. Je choisis quand je vais revenir. Dix ans, vingt ans après. Tout a changé. Personne ne se souvient plus de moi. Je peux marcher dans les rues, sans rien reconnaître. Je peux tout regarder avec un œil dur et froid, dans le genre des mouettes. C'est le ciel qui m'aide à faire cela. Il peut me rendre cruelle comme la lumière du matin. Le soir, ou l'après-midi, ce n'est pas pareil. Les nuages sont doux, il y a de la brume qui estompe. La nuit, il y a la peur, la tendresse, la chaleur des chambres, l'odeur de l'haleine sous les draps. Mais c'est le matin que je peux m'en aller, être une autre. Je suis allée comme cela très loin, de l'autre côté de la mer, jusqu'à Mehdia, et je suis revenue. J'ai volé comme une mouette, j'ai franchi tous les obstacles, je me suis battue contre tous les autres. La lumière s'est accrochée à ma peau comme une poussière de mica."

    Extrait de Printemps et autres saisons

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