Livres
523 571
Membres
541 303

Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !


Inscription classique

En cliquant sur "Je m'inscris"
j'accepte les CGU de booknode

Univers de la littérature



Extraits du moment

  • Lorsque la mort nous ravit un être cher, les souvenirs se bousculent comme s'il était parmi nous. Ensemble, nous nous souviendrons de lui comme de l'homme qu'il était, du mari qu"il était, du collègue qu'il était et de la place qu'il occupé dans notre vie et de celle de tous ceux qui pleurent aujourd'hui, un parent, un proche, un ami.

    Extrait de Crimes en Hauts-de-France, Tome 1 : Un dernier cierge
  • Le réveil n’avait pas sonné. Ellie avait-elle oublié de le régler avant de se coucher ? Elle n’avait pourtant que cela à penser. Enfin, non. Un milliard d’autres informations jouaient au flipper dans son esprit agité. Son cerveau, en ce moment, avait tout d’une passoire. Son inconscient essayait-il de s’opposer à cette nouvelle vie censée commencer ce matin ? Cela symbolisait-il la passivité de limace dans laquelle elle était engluée depuis plusieurs mois ? Dans sa tête, un truc emberlificoté la paralysait. Elle ne savait par quel bout le prendre pour le démêler.

    Papa va me tuer, bougonna-t-elle intérieurement en s’étirant de tout son long. Puis elle rectifia : Bon, en même temps, j’ai pris le train maturité express ; je suis arrivée à la destination « jeune femme sage, sérieuse, responsable et raisonnable » sans faire d’escale par la case « crise d’ado » à qui il faut demander de faire ses devoirs, de prendre sa douche, d’arrêter de regarder des séries, de moins sortir en boîte, de travailler plus, de ne pas boire…

    Elle se souvint alors de la seule fois où on lui avait passé un savon – et ce n’était pas vraiment du savon à la lavande – lorsqu’elle avait été convoquée par la directrice, en CM2, pour avoir, pendant une dictée, répondu à ses camarades qui lui demandaient si on écrivait « malgré » avec ou sans « s ». Elle entendait déjà son père la sermonner. Il serait assis sur le canapé, en train de répondre à ses mails, les jambes étendues sur les cartons qui lui servaient de table basse : « Le jour de la rentrée, franchement, Ellie, tu aurais pu faire un effort ! Toi qui ne voulais pas te faire remarquer, c’est une sacrée entrée en scène ! »

    Sans doute serait-ce pour lui le moyen d’endosser son rôle de père. Maintenant qu’il allait devoir jouer au papa.

    Et à la maman.

    Laurent n’avait eu de cesse, depuis une semaine, d’essayer de se montrer enthousiaste malgré – sans « s » – la douleur qui déchirait son cœur : selon lui, ce nouveau départ aiderait sa fille à oublier que sa mère venait de mourir. Ellie aurait aimé que sa nouvelle vie lui permette d’effacer ces souvenirs. Comme si un nouvel environnement, une nouvelle ville et un nouveau lycée pouvaient par miracle lui faire contracter la maladie d’Alzheimer, à dix-sept ans. Quand son père tentait, maladroitement, de la réconforter, Ellie brûlait d’envie de lui rétorquer que le décès d’un parent n’était pas le genre d’information que notre cerveau met facilement aux oubliettes. Parce qu’il y a des événements traumatisants qui ont des répercussions profondes sur nos pensées et notre comportement, même si on préférerait rester insensible à la souffrance qu’ils suscitent.

    D’ordinaire, Ellie Vermuse était une hypersensible qui n’avait pas ses émotions dans sa poche. Ou alors la poche était trouée, car vu l’intensité du torrent, il y avait sûrement un problème de fuite. Un plombier. Il lui aurait fallu un plombier. Mais il n’était même pas certain que le Mike Delfino de Desperate Housewives ait les compétences pour réparer la robinetterie de ses émotions – qui jaillissaient comme la cascade du Kilimandjaro. Ah non, le Kilimandjaro, c’est une montagne ? Ellie pensait aux chutes du Niagara. Niagara, Kilimandjaro, ça se ressemble un peu… Bon, d’accord, pas vraiment.

    Elle n’avait même pas pleuré. Depuis sept jours. Ni quand on lui avait annoncé le décès de sa mère, ni lors de l’incinération. C’était étrange.

    Extrait de Ellie Vermuse L'éclosion
  • Quelques moralistes pensent que l’amour est la passion la plus involontaire, la plus désintéressée, la moins calculatrice de toutes, excepté toutefois l’amour maternel. Cette opinion comporte une erreur grossière. Si la plupart des hommes ignorent les raisons qui font aimer, toute sympathie physique ou morale n’en est pas moins basée sur des calculs faits par l’esprit, le sentiment ou la brutalité. L’amour est une passion essentiellement égoïste. Qui dit égoïsme, dit profond calcul.

    Extrait de César Birotteau
  • Pour la première fois de ma vie on me prêtait du talent. Le compliment gonfla mes voiles, même si je ne comprenais pas vraiment ce que l’on entendait par là. Était-ce un genre de pouvoir, comme celui de voler ou, comme les chats, de voir dans les ténèbres, un don que je pouvais mobiliser quand j’en avais besoin ? Cette éclosion artistique n’était-elle pas simplement la succession de heureux hasards ?

    Extrait de La dernière photo
  • Sébastien était poète.

    Ça ne nourrit pas son homme, tout le monde vous le dira. Mais, ai-je dit qu’il en vivait ?...

    Sébastien barbouillait aussi des toiles à ses moments perdus. Certains y trouvent du profit, dit-on. Pas lui, en tout cas.

    En fait, Sébastien tirait sa subsistance du commerce des abeilles, entendez par là qu’elles lui offraient un miel délectable en échange de ce logis douillet qu’on appelle une ruche. Cet arrangement semblait convenir à tout le monde puisque les abeilles acceptaient avec bonne humeur de remplir, du nectar des fleurs butinées, des alvéoles que Sébastien vidait sans vergogne.

    Mais surtout – surtout ! – Sébastien avait un chat.

    Ça n’est pas très original, me direz-vous. Des tas de gens ont un chat et ils n’en font pas un clafoutis. D’accord. Mais vous en connaissez beaucoup, vous, des chats qui parlent ? Bon, j’exagère un peu. Disons qu’à force de se fréquenter, Tiburce comprenait ce que lui disait Sébastien, et que Sébastien comprenait ce que lui miaulait son chat...

    Ça n’était pas venu d’un coup d’un seul, bien que Sébastien eût de très sérieuses dispositions. Pendant des semaines et des mois, Sébastien avait écouté, analysé, annoté et répertorié les vocalises que lui adressait Tiburce dont tout le monde s’accordait à dire qu’il était bavard comme une pipelette espagnole. Aux vocalises s’ajoutaient les mouvements de la queue et des oreilles, très éloquents pour qui sait les interpréter, et ce que Tiburce faisait passer dans un regard particulièrement expressif. Si bien qu’au terme de ces petits exercices, Sébastien se trouvait disposer d’un dictionnaire « chat-français » qui comportait l’essentiel de ce que l’on est amené à se dire dans un quotidien banal et sans histoires.

    Il est bien connu que les greffiers ne mettent en vitrine les richesses de leur vocabulaire qu’au bénéfice de ceux qui leur donnent l’impression de faire un petit effort pour les comprendre. Les fainéants, eux, se contenteront d’un « miaou » passe-partout, et salut Berthe. Bref, et pour tout dire en peu de mots, Sébastien avait été jugé digne d’ouïr un langage « chat » riche et sophistiqué que Tiburce, à l’occasion, pimentait de quelques mots d’argot récoltés dans les gouttières de la rue Amelot que fréquentaient assidûment les voyous du quartier. Car – j’oubliais de vous le dire -Tiburce était un parigot pur jus, échoué par hasard dans la garrigue de Haute-Provence.

    Extrait de Tiburce, le chat qui parlait comme vous et moi

Membres de l'Univers

Souhaitez-vous rejoindre cet univers ?

Nombre de membres : 1


Membres récents

2020-10-20T15:58:27+02:00

Lu en ce moment

Votes récents

Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !


Inscription classique

En cliquant sur "Je m'inscris"
j'accepte les CGU de booknode