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Vera Stanhope, tome 2 : Morts sur la lande



Description ajoutée par Marty49 2011-09-17T17:01:30+02:00

Résumé

Le deuxième volet des enquêtes de Vera Stanhope, l'inspectrice solitaire et grande gueule. Un suspense psychologique à couper au couteau sur fond de lande venteuse, par la nouvelle grande dame du polar anglais. Le petit village d'Elvet est sous le choc : Jeanie Long s'est suicidée. Emprisonnée pendant dix ans pour le meurtre de la jeune Abigail Mantel, elle a toujours crié son innocence. En vain. L'émotion est à son comble quand on apprend la réouverture de l'enquête ; des faits nouveaux tendraient à prouver que Jeanie disait bien la vérité. Mais, curieusement, les villageois ne semblent pas pressés de replonger dans le passé, et les langues ne se délient pas facilement. Jusqu'à l'entrée en scène de l'inspectrice Vera Stanhope, qui va déployer tout son art de l'interrogatoire pour lever le voile sur les secrets inavouables de ces vies en apparence irréprochables. Jalousies, fantasmes, liaisons incestueuses, chantages... A peine Vera se fait-elle une idée sur les coulisses de la petite communauté d'Elvet qu'un second crime a lieu. L'affaire va alors prendre un tour inattendu...

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Extrait

Extrait ajouté par lamiss59283 2012-02-22T15:25:07+01:00

Assise à la fenêtre de sa chambre, Emma regarde la place plongée dans la nuit. Le vent secoue une tuile du toit, déferle du cimetière avec fracas, fait rouler une canette de soda dans la rue. Il faisait gros temps le jour où Abigail Mantel est morte et il semble à Emma qu'il n'a cessé de venter depuis, dix années de tempêtes, de grêlons mitraillant ses fenêtres et d'arbres fauchés à la racine. C'est peut-être vrai, au moins depuis la naissance du bébé. Chaque fois qu'elle s'éveille la nuit - pour lui donner la tétée ou quand James travaille tard -, le souffle du vent est là, qui roule dans sa tête comme bourdonne le coquillage que l'on porte à son oreille.

James, son mari, n'est pas encore rentré, mais ce n'est pas pour lui qu'elle veille. Elle fixe l'Ancienne Forge où Dan Greenwood fabrique des poteries. De la lumière filtre à la fenêtre et, par instants, elle croit entrevoir une ombre. Elle suppose que Dan est toujours au travail, dans sa blouse de toile bleue, les yeux plissés sur l'argile qu'il façonne de ses puissantes mains brunes. Puis elle s'imagine laisser là le bébé, profondément endormi, bien au chaud dans son couffin ; se faufiler dehors et, rasant les murs, traverser la place jusqu'à la forge. Elle pousse l'un des battants de la grande porte en arc brisé, pareille au porche d'une église, et se campe à l'intérieur. La pièce est haute de plafond et elle distingue les tuiles au travers des chevrons incurvés. Elle sent la chaleur du four à céramique et voit les étagères poussiéreuses chargées de poteries à émailler.

Dan Greenwood lève la tête. Le visage empourpré, le front marqué de sillons de poussière rouge. Il n'est pas surpris de la voir. Il abandonne son tour et vient se poster devant elle. Elle se sent respirer plus vite. Il l'embrasse sur le front et entreprend de déboutonner son corsage. Lui touche les seins, les caresse, y déposant des traînées d'argile rouge comme des peintures de guerre. La terre sèche sur sa peau et ses seins se tendent, la picotent un peu.

Puis la vision s'évanouit et la revoilà dans la chambre qu'elle partage avec son mari. Ses seins ne sont pas tendus par une traînée d'argile, mais lourds de lait. À cet instant le bébé commence à geindre et à serrer les poings en l'air à l'aveuglette. Emma va le chercher et le nourrit. Dan Greenwood ne l'a jamais touchée et ne la touchera probablement jamais, ses rêves n'y changeront rien. Minuit sonne à l'église. À cette heure, James devrait avoir mené le bateau à bon port.

Voilà l'histoire qu'Emma se racontait, assise à sa fenêtre dans le village d'Elvet. Un commentaire incessant de ses sentiments, comme une voix extérieure. Il en avait toujours été ainsi - sa vie telle une succession de contes. Avant d'accoucher, elle se demandait si la naissance de Matthew la ferait s'investir davantage. Rien de plus réel, n'est-ce pas, que les douleurs de l'enfantement ? Mais à présent, alors qu'elle glissait son petit doigt entre la bouche du bébé et le mamelon pour interrompre la tétée, elle se disait que non. Elle ne se sentait pas plus investie affectivement envers lui qu'envers James. Était-elle différente avant de découvrir le corps d'Abigail Mantel ? Probablement pas. Elle posa son fils sur son épaule et lui frotta le dos. Il agrippa une mèche de cheveux.

La chambre se trouvait au dernier étage d'une belle demeure géorgienne toute de briques et de tuiles rouges. La maison possédait une double façade à fenêtres rectangulaires de part et d'autre de la porte. Elle avait été construite par un marin qui faisait commerce avec la Hollande, et c'est ce qui avait séduit James. « On perpétue la tradition, avait-il déclaré en la lui faisant visiter. C'est un peu comme si elle restait dans la famille. » Emma trouvait que c'était trop près de chez elle, du souvenir d'Abigail Mantel et de Jeanie Long. Elle avait émis l'idée que Hull serait plus pratique pour lui, pour son travail. Ou Beverley. Beverley était une ville agréable. Mais il avait assuré qu'Elvet lui convenait très bien.

« Ce sera agréable pour toi d'être à côté de tes parents », avait-il ajouté et elle avait souri et acquiescé, parce que c'est ainsi qu'elle se comportait avec James. Elle aimait lui faire plaisir. En réalité, elle ne tenait guère à la proximité de Robert et Mary. Ils avaient beau se montrer des plus serviables, elle se sentait mal à l'aise en leur compagnie et confusément coupable.

Au ronflement du vent vint s'en ajouter un autre - le moteur d'une voiture. Des phares balayèrent la place, éclairant brièvement le porche de l'église où virevoltaient des feuilles mortes. James se gara sur les pavés, descendit et claqua la portière. Au même moment, Dan Greenwood sortit de l'Ancienne Forge. Il était habillé comme Emma se l'était représenté, en jean et blouse bleue. Elle s'attendait à le voir repousser la porte monumentale et la verrouiller à l'aide de la clef qu'il gardait accrochée à sa ceinture au bout d'une chaîne. Ensuite, il glisserait un lourd cadenas de cuivre dans les crochets métalliques boulonnés sur chaque vantail, et le refermerait. Elle avait souvent observé ce rituel depuis sa fenêtre. Au lieu de cela, il fila tout droit vers James. Ses gros godillots de travail résonnèrent bruyamment sur le pavé, poussant James à se retourner.

En les voyant ensemble, elle se dit qu'ils étaient vraiment très différents. Dan avait la peau si brune qu'il aurait dû être étranger. Il aurait pu jouer le méchant dans un mélodrame gothique. James, lui, était l'Anglais type, pâle et poli. Une angoisse aussi soudaine qu'irrationnelle étreignit Emma à l'idée qu'ils se parlent, pourtant Dan ne pouvait en aucun cas deviner ses fantasmes. Elle n'avait rien fait qui puisse la trahir. Avec précaution, elle souleva la fenêtre à guillotine afin d'entendre leur conversation. Les rideaux se gonflèrent. Le vent entra dans la pièce avec un goût de sel. Elle se sentit comme une enfant écoutant une conversation d'adultes, un parent et un professeur par exemple, discutant de ses progrès scolaires. Aucun des deux hommes ne l'avait remarquée.

– T'as vu les infos ? demandait Dan.

James secoua la tête.

– Je débarque d'un porte-conteneurs letton. J'ai pointé à Hull et je suis rentré directement.

– Alors Emma ne t'a rien dit ?

– Elle ne suit pas vraiment les actualités.

– Jeanie Long s'est suicidée. On lui avait encore refusé la liberté conditionnelle. C'est arrivé il y a quelques jours. Ils ont laissé passer le week-end avant de l'annoncer.

James restait là, clef à la main, prêt à verrouiller la voiture. Toujours en uniforme, il était fringant, d'une élégance surannée, comme s'il appartenait à la même époque que la maison. Ses boutons en laiton renvoyaient faiblement la lumière des lampadaires. Nu-tête, il portait sa casquette sous le bras. Cela rappela à Emma l'époque où c'était lui qui la faisait fantasmer.

– Je ne pense pas que ça touchera beaucoup Em. Pas après tout ce temps. Je veux dire, elle ne connaissait pas très bien Jeanie. Elle était toute jeune au moment des faits.

– Ils vont rouvrir le dossier Abigail Mantel, reprit Dan Greenwood.

Il y eut un instant de silence. Emma se demanda ce que Dan pouvait bien savoir de toute cette histoire. Les deux hommes avaient-ils déjà parlé d'elle à d'autres moments, quand elle n'était pas là pour les entendre ?

– À cause du suicide ? s'enquit James.

– Non. Un nouveau témoin vient de se manifester. Apparemment, Jeanie Long n'aurait pas pu assassiner la petite.

Il s'interrompit un moment. Emma le regarda se frotter le front de ses doigts trapus. on aurait dit qu'il essayait de gommer la fatigue. Elle se demanda pourquoi il se souciait tant d'un meurtre vieux de dix ans. Elle voyait bien que ça le préoccupait, l'avait empêché de dormir. Pourtant Dan ne vivait même pas au village à l'époque. Ses mains retombèrent. Il avait dû se les laver avant de sortir de la forge. Aucune trace d'argile sur sa peau.

– Dommage que personne n'ait pris la peine d'en informer Jeanie, hein ? reprit-il. Elle serait peut-être encore en vie.

Comme chassés par la bourrasque, les deux hommes se séparèrent. Dan courut fermer les portes de l'Ancienne Forge. La Volvo émit un clac, clignota des phares, et James gravit les marches du perron. Emma s'écarta de la fenêtre et s'assit sur la chaise à côté du lit. Elle installa le bébé au creux de son bras pour lui donner l'autre sein.

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Commentaires récents

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Commentaire ajouté par manue14 2016-06-01T11:46:05+02:00
Diamant

Dans la première partie Ann Cleeves se concentre essentiellement sur le présent.

On y découvre ainsi une enquête vieille de dix ans qui est sur le point d’être rouverte suite à la découverte de nouveaux témoignages.

Contrairement aux enquêtes classiques on ne sait que peu de choses sur les meurtres, les circonstances et les témoignages.

Je trouve que cela change vraiment ! Ici ce sont vraiment les protagonistes et leurs présents qui sont mis en avant. L’enquête précédente est par contre totalement oubliée, ce qui est un petit peu dommage.

Dans cette partie Ann Cleeves pose ainsi le problème d’une enquête peut-être bâclée et de tout ce qui cela engendre, autant pour la famille de la personne tuée que pour celle emprisonnée. Je pense que c’est une histoire qui pourrait (ou qui doit) malheureusement arriver dans la vie réelle.

Au final on se rend compte que les deux familles sont victimes.

Les descriptions sont intéressantes et nous permettent d’entrer facilement dans l’histoire. Par contre pour ce qui est des détails concernant les physiques des personnages il n’y en a presque pas. Personnellement je ne suis pas arrivée à m’imaginer leurs physiques ou même leurs carrures… C’est un peu dommage surtout qu’il y en a beaucoup et que c’est donc un peu difficile de retenir tous les noms et leurs rôles dans le roman.

J’aurais peut-être souhaité avoir un peu plus de suspense à la fin pour me donner envie de continuer la lecture.

C’est vraiment dans la deuxième partie que l’enquête commence.

En effet on assiste à quelques interrogatoires et on se rend compte que les souvenirs remontent à la surface.

Dans cette partie, Ann Cleeves nous dévoile certains secrets concernant les divers protagonistes, ce qui nous permet vraiment d’en savoir plus et d’essayer de démasquer le ou les coupables.

Ce qui m’a par contre un peu gênée c’est le nombre assez important de personnages. En effet j’ai parfois eu un peu de mal à retenir le rôle de chacun d’entre eux. Il a parfois fallu que je revienne un peu en arrière pour me souvenir de leurs liens les uns avec les autres. Je pense qu’il aurait pu être bien de rajouter parfois les rapports qui unissent les personnages pour éviter d’avoir à relire les passages précédents…

On sent vraiment qu’Ann Cleeves tient les ficelles et que les personnages n’ont plus qu’à lui obéir.

Ce qui est intéressant c’est qu’on ne sait pas du tout qui est le coupable, les indices nous sont donnés mais quand on réfléchit à qui pourrait être derrière tous ces meurtres, on se rend compte que chacun pourrait avoir une raison.

Ce qui aurait pu être utile c’est de faire quelques retours en arrière pour ne pas oublier l’enquête précédente avec un procès et une innocente emprisonnée qui s’est ensuite donné la mort. Je pense que cette partie est un peu trop laissée de côté je trouve cela dommage puisque finalement c’est cette personne qui est à l’origine de la réouverture de l’enquête. De plus des flashes back auraient pu être non seulement intéressants mais surtout nécessaires !

La fin de cette avant dernière partie laisse planer un peu de suspense, ce qui est une bonne chose. Cela nous donne ensuite envie de lire la dernière partie pour connaître enfin le coupable.

Dans la dernière partie l’enquête se poursuit et l’étau se resserre sur certains protagonistes.

J’aime beaucoup le fait que l’auteure indique de fausses pistes au lecteur. Ainsi il est plus difficile pour nous de trouver le coupable.

Je pense que même en étant attentif à tous les éléments et les petits détails on ne peut pas trouver le coupable mais l’enquête est tout de même bien menée. On se rend compte finalement que tous auraient pu tuer et c’est cela qui rend l’histoire aussi prenante du début à la fin. On a envie de découvrir le coupable !

Ce qui est un peu dommage dans cette partie et dans toute l’histoire en général c’est qu’il n’y a vraiment aucun souvenir précis. Je pense qu’il aurait pu être vraiment utile de rajouter des flashes-back pour pimenter l’histoire et la rendre encore plus réelle. J’ai parfois été un peu frustrée de ne pas connaître certaines choses ou le passé précis de situations importantes.

La fin est assez originale sans être non plus surprenante. Les personnes sont tout de même attachants du début à la fin et on se plaît à les plaindre, les détester ou essayer de les comprendre.

En résumé, une histoire dans laquelle on se rend compte qu’un crime peut briser la vie de quantité de personnes, peut-être même plus qu’on ne le croit…

http://fais-moi-peur.blogspot.fr/2016/05/affaire-n189-morts-sur-la-lande-dann.html

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Commentaire ajouté par LOANDRE 2014-09-23T13:44:22+02:00
Argent

C'est le premier roman de cet auteur que je lis. Jusqu’à la fin le lecteur est tenu en haleine, à conseiller aux amateurs de polars.

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Commentaire ajouté par christpaul 2011-08-18T15:23:37+02:00
Diamant

franchement adorée, elle a super bien écrit, si on aime Elizabeth george c'est le même style, jusqu'à la fin c'est super je le conseil

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Commentaire ajouté par christpaul 2011-06-30T22:23:09+02:00
Diamant

je trouve que ça commence bien, j'ai déjà eu du mal à le lâcher, je verrai si ça continue aussi bien

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Date de sortie

  • France : 2008-11-06 - Poche (Français)

Activité récente

Les chiffres

Lecteurs 22
Commentaires 4
Extraits 2
Evaluations 4
Note globale 6.75 / 10

Évaluations

Titres alternatifs

  • Vera Stanhope, book 2 : Telling tales - Anglais