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Commentaire ajouté par wizbiz06 2019-08-14T15:31:52+02:00
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’ai choisi. Je fonce vers la tente. Dans ma course j’ôte mon blouson, il reste piégé au cerceau d’acier de mon poignet. Je tire alors dessus de toutes mes forces, jusqu’à entendre craquer le tissu. Une partie de la manche droite cède. Je renouvelle l’opération avec mon pull. Je me jette sur Farid, lui frictionne tout le corps du plat des mains. Il tremble, je roule mon pull et mon blouson autour de ses pieds. Il ne se lamente même pas, il ne sent plus rien. Je me dénude, vite, nous enferme dans les deux duvets et me plaque contre lui. J’ai l’impression de serrer un pain de glace. Lové dans mes bras comme un enfant, il chuchote des choses que je ne comprends pas.

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Commentaire ajouté par wizbiz06 2019-08-14T15:31:40+02:00
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ilence nous enveloppe. Michel prend sa position initiale, assis entre nos deux corps enchaînés, et éteint. Il ne bouge plus. J’ai beau crier, remuer, lui demander ce qu’il attend encore de nous, je n’obtiens aucune réponse. Il doit réfléchir à la suite. Tuer ou ne pas tuer ? Tuer directement, avec une arme, ou indirectement, par le froid et les blessures ?

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Commentaire ajouté par wizbiz06 2019-08-14T15:31:26+02:00
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C’est comme un cycle qui reprend. Un cauchemar qui ne trouve aucune porte pour se refermer.Noir. Froid. Mal de crâne. Et immobilité. On prend les mêmes et on recommence.J’ouvre, ferme les yeux. C’est pareil, l’obscurité est absolue. J’essaie de bouger, impossible. On dirait qu’un gigantesque boa constrictor me broie la poitrine. Je peine à respirer, gonfle mes poumons dans une grimace, c’est douloureux. Un cliquetis de chaîne accompagne chaque mouvement de ma cage thoracique. Mes bras sont plaqués le long de mes cuisses, mes jambes serrées l’une contre l’autre. Écrasées plutôt, comprimées pour être plus exact. Mon épaule droite me brûle. Je me rappelle la chute, dans le puits. La casserole qui se dirige vers mon visage. La déconnexion.

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Commentaire ajouté par wizbiz06 2019-08-14T15:31:14+02:00
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 Il y a un truc de récurrent chez toi. Un truc que je trouve pas cool du tout. C’est ta capacité à fuir les problèmes et faire comme s’ils n’existaient pas. Ignorer plutôt que d’affronter, c’est ta philosophie ? Ton chien, que tu laisses se faire massacrer pendant le cambriolage. Avec ce Max, tu préfères le silence aux explications franches. Et puis, piquer la femme de ton meilleur pote… C’est bel et bien du vol. Tout ça, ça me laisse penser qu’ici aussi t’es tout à fait capable de tromper ton monde. De faire croire que t’es un autre et de cacher tes mauvais coups. Peut-être qu’au final, c’est toi aussi le menteur, non ?Il sort son briquet, sa toute dernière clope molle et l’allume avec difficulté.

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Commentaire ajouté par wizbiz06 2019-08-14T15:31:01+02:00
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on nez coule, je l’essuie en silence avec la manche sale de ma veste-duvet. En quasi-apnée, abattu comme jamais, je rampe vers la lèvre de la corniche. Là-bas, l’aura projetée par le réflecteur s’écrase en un gros aplat jaune qui s’assombrit en ses extrémités.Ce-qu’est-devenu-Pok a chevauché cette frontière lumineuse et se trouve complètement immobile, le ventre au ras du sol. Je distingue un cercle sombre et humide sur sa patte arrière gauche. Sans aucun doute sa blessure, qu’il a dû lécher jusqu’à s’en arracher les poils. Sa queue gonfle, droite et hérissée. De là-haut, avec son crâne en losange, la puissance suggérée de sa musculature, il ressemble à une machine de guerre perfectionnée.

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Commentaire ajouté par wizbiz06 2019-08-14T15:30:48+02:00
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lus tard, Michel réapparaît avec la bouteille de vodka entamée et l’orange. Dieu merci, il s’est débarrassé des lambeaux de peau et a renfilé chaussettes et chaussures. Il pose le festin entre nous, de même qu’une assiette. Sur le réchaud qu’il vient de laisser à l’extérieur, il abandonne la casserole, et y introduit de la glace qu’il récupère de la stalactite brisée. Il casse le morceau plus menu en l’écrasant de son poids.— Dire que ça a failli me transpercer… Le jour de mes quarante-sept ans.

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Commentaire ajouté par wizbiz06 2019-08-14T15:30:34+02:00
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Les toiles, de chaque côté de l’entrée, sont enroulées et nouées. J’aperçois, au loin, dans les alentours du glacier, une autre lueur en mouvement : le casque.— C’est moi qui l’ai mis dehors, le réchaud. T’as raison, ça craint vraiment trop, ces gouttes suspendues, j’ai essuyé la toile avec une serviette. Et puis moi, je veux pas qu’il fasse entièrement noir, tu comprends ? Parce que j’ai l’impression d’être mort. Regarde mes doigts, ils ressemblent à des glaçons. Même avec les gants, ça va pas bien, faut que je les réchauffe, en permanence. Et si tu permets, maintenant, je récupère mon bien.

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Commentaire ajouté par wizbiz06 2019-08-14T15:30:20+02:00
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Nous arrivons à destination. Le puits, et tout ce qui ressemble de près comme de loin à une crevasse, m’effraie. Ici, on dirait une porte ouverte vers l’enfer, avec ce courant d’air démoniaque, qui semble nous aspirer vers le bas. Je m’accroupis, mes jambes tremblotent. Le froid me fige le visage. Je palpe sa matière bien trop lisse. Sans doute du calcaire sur le rebord. Je considère le cercle d’acier autour de mon poignet et, subitement, m’imagine suspendu dans l’entre-monde, le bras en l’air, les pieds dans le vide. Je me vois gesticuler en criant, je distingue ce masque de fer perché par-dessus, qui essaie de me remonter à la seule force des bras. Il s’essouffle, s’essouffle, n’en peut plus, ses bras lui brûlent et il lâche tout. La chaîne cède. D’horribles cris craquent au fond de mon crâne, je baisse les paupières et des flashs m’assaillent. Max Beck hurle, sa voix se perd dans les bourrasques de neige, sa barbe se couvre de givre.

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Commentaire ajouté par wizbiz06 2019-08-14T15:30:07+02:00
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i vraiment voulu mourir la première fois quand Max Beck, celui qui fut un temps mon meilleur ami, est décédé d’une chute. Puis voilà deux ans, à l’annonce de la leucémie de Françoise. Je crois qu’en dépit de ce qu’elle a été, du bonheur qu’elle m’a apporté, ma vie est une succession de naufrages. Et même si les plus belles histoires commencent toujours par des naufrages, comme disait Jack London, je suis intimement persuadé que les pires aussi.

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Commentaire ajouté par wizbiz06 2019-08-14T15:29:50+02:00
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a vision qui s’impose à nous est improbable, terrifiante. Droit devant, à l’entrée de la galerie, Michel a posé le casque frontal sur le ventre d’un cadavre, qu’il tire par les chevilles. C’est terrible, on dirait un homme des cavernes qui ramène le fruit de la chasse à sa tribu affamée.En plissant les yeux, je devine la vaste traînée rouge qu’abandonne cette masse blanchâtre, par l’arrière de son crâne. Ses deux bras sont repliés. Michel respire bruyamment, il fume de partout. Le moindre effort, dans un milieu froid et sursaturé d’humidité, brûle des calories.

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