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Prologue

Cette fois, c'était certain, il allait mourir.

Mourir pour de bon... sans avoir rien pu faire pour elle.

Déjà, le froid engourdissait tous ses membres comme les griffes du trépas se refermaient lentement, mais implacablement sur lui. Même les serpents dans son dos semblaient s'être endormis pour ne plus jamais se réveiller. Une nouvelle qui l'aurait rempli de joie en d'autres temps, mais qui n'augurait rien de bon, finalement.

La plaie, béante, fatale, ne se résorbait pas. Et l'hémorragie n'en finissait plus.

Quelle quantité de sang avait-il pu perdre ? Il n'en avait aucune idée. Au demeurant, il ne pensait pas que le corps humain puisse en contenir autant...

Il savait ce qui l'attendait. Et il comprenait ce qu'il avait fait. Quel danger, de par son inconscience, il faisait désormais courir à la jeune femme.

Si elle mourait, elle aussi, ce serait sa faute.

Tout était sa faute...

Il était tellement arrogant. Tellement égoïste.

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"Je t'aimais comme jamais de ma vie je n'avais aimé, insista-t-il, s'acharnant à remuer le couteau dans la plaie à ses propres dépens. Passionnément. ardemment. Avec l'intensité et la puissance de quelqu'un qui ignorait tout de ce qu'étaient les sentiments avant que dans une tempête presque insoutenable ravageant absolument tout sur son passage, de mes certitudes comme de mes plus obstinées résolutions, on le lui fasse découvrir."

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"Il la voulait comme jamais de sa vie il n'avait voulu quelque chose.

Augustin réalisa alors ce qu'était le désir, le vrai. Il comprit à quel point il s'était mépris en le considérant tel un simple appétit, au même titre que les autres, à peu de choses près. Un appétit uniquement charnel, se dissociant parfaitement de tout lien affectif, que l'on pouvait assouvir avec ou sans art, selon l'humeur, avec n'importe qui, pourvu que lui en retire le plaisir escompté, et à outrance, sans la moindre conséquence.

Ce qu'il ressentait en cet instant était à mille lieues de tout cela..."

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Il aurait voulu ajouter qu'il était exténué de courir après quelqu'un qui se complaisait à le rejeter encore et encore.

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Sans cesse, lorsqu'il croyait avoir fait un pas en avant, elle le forçait au bout du compte à reculer de deux. Et si chaque avancée s'accompagnait d'un bonheur immense, indicible, chaque retour en arrière était un véritabe crève-coeur, une souffrance à nulle autre pareille.

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Et son pauvre cœur, ce morceau de cendre sec, s’anima brusquement, s’emballa déraisonnablement, cognant contre sa poitrine comme jamais.

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Puis dans une grimace curieuse, passant d'hésitation et embarrassée à déterminée, elle hasarda finalement :

-Nous ne pourrions pas... euh, enfin, tu vois, faire la bête à deux dos comme ça? Je veux dire, sans que j'aie à retirer ma chemise? J'en ai déjà vu d'autres se débrouiller avec beaucoup plus de vêtements sur le dos...

-Pardon?! s'étrangla-t-il avec un mouvement de recul un peu choqué, sans pouvoir ensuite se retenir de s'esclaffer: Faire la quoi?!

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Puis dans une grimace curieuse, passant d’hésitante et embarrassée à déterminée, elle hasarda finalement :

— Nous ne pourrions pas… euh, enfin, tu vois, faire la bête à deux dos comme ça ? Je veux dire, sans que j’aie à retirer ma chemise ? J’en ai déjà vu d’autres se débrouiller avec beaucoup plus de vêtements sur le dos…

— Pardon ?! s’étrangla-t-il avec un mouvement de recul un peu choqué, sans pouvoir ensuite se retenir de s’esclaffer : Faire la quoi ?!

Augustin se passa les doigts dans les cheveux, les repoussant nerveusement en arrière, comme il peinait à intégrer autant d’informations en si peu de temps. Premièrement, cette expression salace et crue, tellement drôle et si étonnamment déplacée dans sa bouche. Ensuite, mais bon sang, à quel genre de scènes avait-elle bien pu assister pour dire une chose pareille ? L’idée que des gens aient pu assouvir devant elle ce type de besoin lui déplaisait au plus haut point. Et pour finir, avait-il bien entendu ? Vraiment ?! Léopoldine insinuait qu’elle était d’accord pour… pour coucher avec lui ? Maintenant ?!

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« Mais il n’allait tout de même pas le lui dire. Pas plus qu’il ne lui avouerait qu’il avait plus que tout besoin d’elle, de son regard, du contact de sa peau contre la sienne, afin de se maintenir à flot, afin de ne pas sombrer tout à fait dans les ténèbres et la démence.

Dès que Léopoldine avait lâché sa main, les symptômes étaient revenus. Augustin luttait contre en s’évertuant de garder la tête baissée, évitant soigneusement de croiser les yeux de ses semblables. Cependant, la méthode n’était pas infaillible et il arrivait parfois qu’il avise par mégarde quelqu’un d’autre, qu’il aperçoive le feu noir niché au creux des pupilles d’un inconnu.

Et alors tout recommençait. La pluie rouge, la douleur, et le déchaînement brut de la cruauté, partout où il avait le malheur de se tourner…

Léopoldine lui mit brusquement un morceau de tissu en coton blanc sous le nez, sans doute prélevé à l’arrière, avec le reste de la marchandise qu’en tant qu’honnêtes marchands ils étaient censés transporter hors de la ville.

— Ton front est noir, Augustin, lui apprit-elle. Je pensais que la pluie pourrait nous être fatale »

Extrait de 

Victorian Fantasy T2 De velours et d'acier

Georgia Caldera

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Augustin se massa les tempes, presque certain d’être atteint de fièvre tant ses pensées dérivaient. Où diable se situait le problème ? Il était prince, bon sang ! Un prince qui n’était certes là que pour faire illusion, assurer la pérennité de sa mère – ce dont elle n’avait évidemment guère besoin – sur le trône, qui sans aucun doute n’y monterait jamais, mais un prince tout de même ! Sa vie était ainsi faite, exactement telle qu’il l’avait désirée : futile, extravagante et inconsidérée, remplie de plaisirs… à outrance.

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