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Extrait de Visions de Feu ajouté par queenregina 2016-02-14T20:25:47+01:00

Jacob se faufila derrière Caitlin et l’entoura de ses bras. Elle se retourna et l’embrassa sur le front.

— Bonjour, mon chéri, lui dit-elle par signes.

— Je suis un zombie, répondit-il en faisant une grimace.

— Alors va nous préparer de la cervelle pour le petit déjeuner.

Jacob accueillit cette tentative d’humour par un grognement et se rendit dans la cuisine en traînant les pieds.

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Extrait de Visions de Feu ajouté par queenregina 2016-02-14T14:51:10+01:00

— Merci, Maanik. Maintenant, parle-moi un peu de ta maison.

— Que voulez-vous savoir ?

— Que vois-tu ? À qui parles-tu ?

— Mon petit amour, répondit-elle en souriant. Il me lèche les mains. Et… (Caitlin vit les yeux de la jeune fille bouger sous ses paupières closes.) Je vois les arbres près de la porte. Je reviens du bassin d’eau chaude, il fait nuit, il y a du thokang à côté de nous mais, dans le ciel, les étoiles sont de sortie…

— Qu’est-ce qu’il y a à côté de toi ?

— Oh, les étoiles sont si belles ce soir ! Il y en a tant ! (Son sourire semblait presque béat.) Khasaa.

Caitlin jugea qu’il était plus important d’encourager Maanik à parler que de s’arrêter sur chaque détail.

— Ton petit amour, il t’a rejointe devant ta maison ?

— Oui, il est sorti de l’eau en se dandinant, comme il le fait toujours.

— À quoi il ressemble ?

— À un thyodularasi, répondit sa patiente comme si c’était une évidence.

Elle parlait si vite à présent que Caitlin n’arrivait plus à suivre. Il lui fallut quelques instants pour se rendre compte que le débit d’élocution de la jeune fille n’était pas en cause.

— Maanik, peux-tu t’exprimer en anglais pour moi ?

Mais la jeune fille poursuivit son incompréhensible logorrhée. Elle bougeait de nouveau les bras, mais calmement cette fois, avec de grands mouvements qui ne ressemblaient à rien. Caitlin revit Jacob imitant un calmar. Maanik était-elle en train de jouer ?

Brusquement, la jeune fille se redressa et ouvrit les yeux en se tordant le cou pour regarder le plafond. Son flot de paroles s’accéléra, comme ses mouvements, sauf que sa main droite se dirigeait à présent vers son bras gauche comme si elle voulait se griffer.

Caitlin posa les mains sur les épaules de sa patiente.

— Maanik, dis-moi ce que tu vois dans le ciel.

Le langage presque crépitant qu’elle employait franchit ses lèvres plus vite encore. Caitlin interrogea du regard sa mère, qui avait l’air horrifiée, comme si tous les péchés du monde étaient gravés sur le visage de sa fille. Hansa comprit ce que lui demandait Caitlin, mais elle secoua la tête ; Maanik ne s’exprimait pas en hindi. Pourtant ces mots ont une consonance asiatique, et en même temps, pas seulement, songea la psychiatre. Si seulement Ben était là… Puis Maanik se mit à crier à l’adresse du ciel et à se frapper les bras en essayant de se griffer à travers les pansements.

— Maanik, en anglais, s’il te plaît ! Dis-moi ce qui se passe ! cria Caitlin en tentant, sans succès, d’immobiliser l’adolescente.

Celle-ci se remit à hurler. Son corps heurta violemment le sol tandis qu’elle ruait et convulsait. Une force invisible jaillit de nulle part, saisit Caitlin et la propulsa à l’autre bout de la chambre.

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Extrait de Visions de Feu ajouté par queenregina 2016-02-14T14:48:50+01:00

C’était le « bip de la mort », la dernière sonnerie. Elle avait dormi au-delà du lever du soleil, malgré Jacob qui était allé aux toilettes et malgré la première sonnerie – « vagues de l’océan ».

Caitlin s’habilla rapidement tout en se précipitant dans la salle à manger. Elle surprit Jacob en train d’agiter les bras devant son poisson comme s’il était un calmar géant. Il avait l’air de trouver ça beaucoup plus amusant que de mettre ses chaussures et ne remarqua même pas l’arrivée de sa mère.

Un calmar ne m’aurait pas remarquée non plus, se dit-elle. Jacob avait la faculté de se plonger entièrement dans son imagination.

Lorsque, enfin, ils quittèrent leur immeuble, le petit garçon courut devant Caitlin jusqu’au métro et oublia de lui faire un câlin lorsqu’ils arrivèrent devant son école sur la Vingt-Troisième Rue Est. C’est peut-être lié à la préadolescence aussi, songea Caitlin. Une fois seule, elle se rendit compte qu’elle se sentait triste depuis son réveil. Mais ça va passer, se dit-elle avec la même fermeté que lorsqu’elle s’adressait à un patient.

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Extrait de Visions de Feu ajouté par queenregina 2016-02-14T14:47:46+01:00

— Ulzii, chuchota-t-il.

Le règlement de la bibliothèque se mua en une bouillie de mots dénués de sens dans sa tête.

— Ulzii ? répéta le jeune homme.

Il repoussa sa chaise qui racla le sol. Il devait se rendre quelque part, mais ulzii n’était pas un endroit. C’était…

Il plongea la main dans son sac à dos posé sous la table. À tâtons, entre les lentilles et les oignons, il trouva l’huile de tournesol. De la main gauche, il attrapa la petite bouteille en plastique et la serra contre sa poitrine.

Ulzii. Atash savait, d’une manière ou d’une autre, qu’il avait besoin d’huile. À présent, il fallait qu’il s’en aille le plus vite possible.

Il se leva tant bien que mal, et les pieds de la chaise en bois raclèrent de nouveau le sol. Cela valut au jeune homme des regards agacés de la part de quelques étudiants assis à des tables différentes. Mais Atash ne les voyait même pas. Il s’éloigna et se heurta à la table voisine qu’il longea en s’appuyant contre elle. Puis il se cogna dans une autre table avant de se faufiler hors de la salle.

— Hé, tu ne peux pas aller là ! chuchota un étudiant au moment où la porte se refermait derrière Atash.

Celui-ci l’entendit, mais ces mots n’avaient pas de sens pour lui. Il aperçut des pierres foncées à travers un brouillard rouge et noir. Il vit également un tissu transparent, blanc et jaune, qui tournoyait de manière hypnotique comme s’il était pris dans un cyclone. Voilà l’endroit où il devait se rendre.

Sans se soucier des picotements douloureux qu’il éprouvait au niveau des joues et des mains, Atash sortit des cigarettes de sa poche de chemise. Il les laissa tomber par terre et fouilla de nouveau à tâtons dans sa poche, où il récupéra cette fois un briquet. Il déboucha la bouteille d’huile et la vida à ses pieds. Puis il alluma le briquet et le laissa tomber à son tour. Les flammes léchèrent le sol avant de jaillir à l’assaut de ses jambes.

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Extrait de Visions de Feu ajouté par queenregina 2016-02-14T14:46:15+01:00

Caitlin retira les pansements de Maanik, puis imbiba plusieurs cotons d’huile d’origan qu’elle confia à la mère de la jeune fille en attendant de les utiliser. Elle prit délicatement le bras droit de l’adolescente et passa l’un des cotons sur les blessures, doucement mais fermement.

Maanik ne réagit pas. Son avant-bras tressaillit, mais ses yeux ne bougèrent même pas sous ses paupières.

— Ma pauvre enfant, murmura Hansa.

Caitlin était soucieuse, non pas pour les coupures, relativement superficielles, mais à cause de cette absence quasi complète de réaction. Ce n’était pas un sommeil normal, ni cet état d’engourdissement et de déconnexion qui survient après un choc émotionnel. Elle posa le coton et prit la main de Maanik en appuyant sur le lit unguéal de son petit doigt pour évaluer son degré de conscience. La jeune fille ne réagit pas. Caitlin souleva la paupière gauche de Maanik. Aussitôt, la pupille se dilata.

Étrange, se dit Caitlin. Il n’y a pas de lumière ici…

— Aidez-moi ! hurla l’adolescente en se redressant d’un bond.

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Extrait de Visions de Feu ajouté par queenregina 2016-02-14T14:45:04+01:00

Au milieu des regards discrets que lui lançaient les élèves qu’elle ne connaissait pas bien et les pouces levés de ceux dont elle était proche, Maanik alla s’asseoir à sa place, ouvrit son cahier et copia les mots écrits au tableau. Son stylo tomba à court d’encre, et elle gribouilla des cercles jusqu’à ce que l’encre bleue se remette à couler. Puis elle continua à dessiner des cercles jusqu’à ce qu’elle se reprenne en sursaut. On aurait dit qu’elle s’était endormie et que ces cercles étaient apparus brusquement sur la page. Elle se força à écouter le cours.

Elle se rendit ensuite avec plusieurs camarades en cours de géométrie. Au milieu de la leçon, elle recommença à dessiner des cercles jusqu’à en remplir sa page. Puis elle posa son stylo et se gratta sous la manche de sa robe. Ça ne la démangeait pas, pourtant. Elle avait juste besoin de se gratter.

— Papa…, murmura-t-elle dans un souffle.

Personne autour d’elle ne l’entendit.

— Papa ? répéta-t-elle, plus fort cette fois.

La fille qui se trouvait à sa droite se tourna vers elle.

— Maanik, ça va ?

L’intéressée regarda sa camarade et découvrit à sa place un visage inconnu, celui d’une jeune fille à la peau pâle, presque translucide, comme de la glace sur un trottoir. Ses yeux étaient teintés de rouge, comme le rubis dans la boîte à bijoux de sa mère. Ses lèvres d’un bleu pâle étaient particulièrement prononcées.

Maanik reprit la parole d’une voix sifflante, comme si elle avait du mal à respirer :

— Papa… aide-moi !

L’enseignante quitta rapidement le tableau pour la rejoindre. Maanik se mit à respirer de plus en plus rapidement en enfonçant son stylo encore et encore dans le bureau. De l’autre main, elle se griffa le poignet jusqu’à ce que des sillons sanglants apparaissent.

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