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Le Dr Joshua Lenostre émergea difficilement de l’engourdissement dans lequel il se trouvait, les muscles roides et la tête lourde. Avant d’ouvrir les yeux, il sentit l’odeur de la terre battue et mouillée lui monter au visage. Il essaya de déglutir mais sa langue comme tout le reste de son corps semblait paralysée. Le silence aussi l’agressa, ni pots d’échappement ni Klaxon pour lui rappeler l’ambiance sonore de la rue Gay-Lussac. Quand enfin il réussit à cligner des paupières, il ne distingua rien des lieux. L’obscurité était particulièrement dense. Comme le silence, elle n’avait rien de commun avec les ombres fugitives et joyeuses du crépuscule parisien. En cherchant à se redresser sur ses bras, il prit enfin conscience d’être allongé à même le sol, les mains reposant dans une sorte de bourbe épaisse et malodorante. Il peina à s’asseoir contre le mur derrière lui. Toujours étourdi, il retarda le moment où il devrait s’interroger sur les raisons de son évanouissement. Son regard fut attiré par deux passants qui tenaient des lanternes à la main et tentaient d’éviter un filet de vase qui courait au milieu du chemin de terre. Les habits portés par les deux hommes, étonnamment petits et trapus, étaient du même marron que la terre qui maculait ses mains. Des lourds tabliers étaient passés autour de leur taille. Joshua devina la laine rêche et urticante de la tunique qu’ils avaient enfilée en dessous, d’autant plus inconfortable qu’elle lui sembla gorgée d’eau. Quand ils passèrent à son niveau, ils ne se soucièrent pas de lui et continuèrent leur conversation. Leur langue était aussi gutturale et écorchée que les pierres du mur auquel il s’était adossé.
Soudain, il se rappela Samuel. N’était-il pas là quelques instants plus tôt, à la sortie de l’Institut, avec le sourire confiant que l’on adresse à un père qui vient de mettre en fuite un voleur ?
Il s’entendit hurler : « Samuel ! Samuel ! »
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