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Extrait

Extrait ajouté par chrisforever 2025-11-04T14:33:11+01:00

Clara n’était pas seule, elle était rare, rhinocéros unicornis… presque une licorne. Elle était rare mais pas éteinte… surtout elle était libre, sur ce morceau de terre, quelque part entre Kaliabor et Doboka. Elle avait la peau dure et son corps pour prison, pourtant elle était libre, en désaccord, aussi libre qu’un oiseau. Elle vivait blottie sous une camisole de cuir et des torrents de rides, une minerve de chair au garrot. Pourtant, l’armure épineuse résonnait d’un écho tendre, un cœur battait dans un gant de boxe.

Les gangues les plus âpres recèlent parfois de fruits doux, ceux qui s’arrêtent aux apparences se laissent mourir de faim, ignorant la saveur de la vie.

Elle se frottait à l’écorce rugueuse des grands tamarins, mais elle n’éprouvait que l’effleurement lointain d’un oubli. Elle se grattait pour à peine une caresse en retour, alors lassée par l’étreinte mollasse des arbres, collante de sève, elle se jetait de toutes ses forces sur les troncs, puis elle chargeait les rochers afin d’apaiser, en vain, ses démangeaisons. Tout ça finissait dans la mare…

Sa fureur se dissolvait en gros bouillons comme le feu d’une lame rougie trempée brusquement dans l’eau. Son corps frémissait à la fraîcheur de la boue, elle barbotait, soulagée, et elle projetait des gerbes de terre. Roulée et retournée par les mains immenses d’un potier invisible, pleine de sollicitude puis saisie d’un émoi coupable, elle basculait sur le flanc et s’étirait, avec délice, le dos dans la vase, les pattes tendues moulinant le ciel. Quand la pataugeoire n’était plus qu’une éclaboussure, Clara frictionnait ses épaules à la rive caillouteuse en barrissant. Elle demandait pardon, elle ne savait pas dire merci. Le bonheur est un peu suspect.

Après ses ablutions, Clara séchait sous le ciel embrasé. La glaise se figeait en plaques épousant son corps. Pétrifiée, prise dans la gadoue, Clara se marbrait de crevasses, puis sa cuirasse se détachait et se désagrégeait en poussière découvrant la peau douce d’un matin. Elle renaissait ainsi plusieurs fois par jour. Elle ressuscitait timidement du fond d’un soleil ébréché.

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