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Le troupeau s'est arrêté à quelques mètres seulement du seuil de mon bungalow. Un bison s'est détaché du groupe et a pris la parole. "Avant, c'était moi le supermarché. Ma viande et ma graisse rassasiaient les peuples. De mes sabots, on faisait de la colle. On taillait des armes et des outils dans mes os. Mes nerfs servaient de cordes pour les arcs, mon crâne réduit en poudre guérissait les malades, ma peau avait mille vies - selles de cheval, mocassins, couvertures, revêtement de tipi. De moi, on ne jetait rien. L'odeur de ma rate brûlée éloignait les mouches". Le troupeau de bisons a coulé en sens inverse. La poussière rouge l'a enveloppé. On a entendu des mugissements, des râles et des pleurs d'enfants. Les bisons ont disparu ; à leur place, le grand cimetière de cailloux noirs.
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