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Un instant j’hésite entre crier et m’évanouir. Puis je me rends compte que je ne peux faire ni l’un ni l’autre parce que je suis incapable de bouger. On frappe à la porte. Cette fois je sais qui c’est. Les tueurs d’en face sont venus terminer leur boulot. Ciao, Mavis Seidlitz, pauvre ange destiné à mourir dans une ville étrangère entouré de pinceurs de fesses. Je suis si triste que les larmes me montent aux yeux. Là-dessus, la porte s’ouvre. Le type qui entre est grand et brun mais la ressemblance entre Frank et lui s’arrête là. Il a le visage bronzé, des yeux bleu vif, une bouche à la Attila ou je ne sais quel type qui a violé la moitié de l’Europe. Bref, il me regarde, puis regarde Frank Jordan, et me regardée à nouveau.
Afficher en entierSa chambre est un peu en désordre, mais ils n’ont fouillé ni ses tiroirs ni ses valises. Apparemment, c’est Frank qu’ils cherchaient, je suis tellement excitée que j’ai du mal à rester tranquille pendant que Frank nous sert à boire. Ce n’est pas tous les jours qu’une fille en vacances à l’étranger rencontre un agent américain. Mon devoir est de l’aider, et le fait qu’il ait l’air romantique n’a rien à y voir. Ça ne regarde pas la C.I.A. si une fille pense à la bagatelle, du moment qu’elle est patriote.
Afficher en entierL’Italien ouvre la porte et ils disparaissent dans le couloir. Dès qu’ils sont partis, je ferme la porte, je donne un tour de clé et je cours sur le balcon. Beau-Brun a disparu, sans laisser de traces. Je regarde par-dessus le balcon pour voir s’il n’a pas sauté dans la rue. La place est calme et paisible. Pas de cadavre disloqué comme me le prouve la lumière de l’hôtel.
Afficher en entierVoilà bien la preuve que Frank Jordan a complètement perdu sa bille. Après son amenez-y, il a dû attraper un complexe de persécution. Le meilleur moyen de le guérir, c’est de lui faire rencontrer le directeur de l’hôtel. J’ouvre la porte. Un italien grand et brun entre, suivi d’un type petit et gros. Je me rends tout de suite compte que j’ai fait une bourde. Le petit gros tient un couteau à la main. J’ai très envie de crier pour appeler au secours, mais ça me passe dès que la pointe du couteau me touche la gorge. Le petit gros a des cheveux ébouriffés, et des yeux bleus qui seraient mignons comme tout s’ils avaient une expression. Bougez pas me dit-il dans un roucoulement qui me fait courir un frisson tout le long de l’épine dorsale et même plus bas. Faites pas de bruit, si vous voulez continuer à respirer, compris ?
Afficher en entierComme je n’ai plus rien à faire dehors, je rentre dans ma chambre et je ferme les volets. Presque aussitôt, j’entends frapper à la porte. J’ouvre. Tous mes rêves que je croyais morts, ressuscitent. Beau-Brun est là devant moi, son beau visage tordu par un rictus de colère. Il ne prend même pas le temps de se présenter. Il plaque sa main sur ma superstructure et me pousse. Je recule et me retrouve les quatre fers en l’air. Il entre, ferme la porte, donne un tour de clé et met la clé dans sa poche. Encore un adepte de la technique « salut poupée ». Dommage. Je vais être obligée de lui donner une leçon de judo. Mais il ne poursuit pas ce qu’il pourrait illégitimement considérer comme son avantage. Il reste planté devant moi et me regarde d’un air furieux.
Afficher en entierQuelques secondes plus tard, je me rends compte que ma bouche est toujours grande ouverte. Je me dépêche de la refermer et de sourire. Je comprends tout de suite la situation : mon beau brun est tellement timide qu’il n’ose pas sortir sur le balcon pour me regarder. Il préfère conserver l’anonymat derrière les doubles rideaux et me reluquer avec son télescope. Voilà qui me change agréablement des types que je rencontre habituellement. Quand ils se sont fendus d’un (salut poupée » ils s’imaginent avoir fait une déclaration d’amour enflammée, et ils n’ont qu’une idée, vous basculer sur le premier divan venu, Visiblement, le type qui est derrière les rideaux a besoin d’encouragements. Son télescope n’est même pas braqué dans la bonne direction. Il est pointé de l’autre côté du square. Je m’appuie contre la grille du balcon, et je prends une profonde inspiration. La dentelle blanche de mon négligé se tend avantageusement sur ma superstructure, et je lance :
Afficher en entierJe grimpe droit à ma chambre et je prends un bain chaud. Je me saupoudre de talc et m’asperge de mon parfum favori : « Compte à rebours ». J’enfile un soutien-gorge et un slip et je me faufile dans mon négligé neuf tout en dentelle blanche qui m’arrive quinze centimètres au-dessus des genoux. Il doit être un peu plus de huit heures mais je n’ai pas faim. J’ai déjeuné d’une énorme platée de spaghettis copieusement arrosée d’un vin qu’ils appellent du qui-anti. Un vin très sec, d’après le guide. Mais il se fichait de nous. Moi, je me suis tout de suite rendu compte qu’il est humide, exactement comme la bière. Ma chambre a des portes-persiennes qui donnent sur un minuscule balcon. Je sors respirer l’air frais et voir si mon voisin est rentré.
Afficher en entierC’est un compatriote, je m’en aperçois tout de suite. Nous sortons en même temps de nos chambres respectives et nous nous rentrons dedans. Il ne prend pas la peine de s’excuser. Il me regarde d’un air vide et continue son chemin. Moi, au premier coup d’œil, j’en ai les genoux qui flageolent. Il est grand, beau, brun avec des yeux noisette, tristes comme ceux d’un cocker à qui les arbres cachent la forêt. Le partenaire idéal pour passer des vacances romanesques en Europe. Si lui aussi est un pinceur de fesses au moins il est américain. Nous pourrons toujours causer pendant qu’il me pincera.
Afficher en entierRome et Los Angeles, ça fait deux, je m’en rends tout de suite compte. D’abord Rome est en Europe et la plupart des gens qu’on y rencontre sont des Italiens. Ils parlent tous une langue étrangère marrante comme tout. À peine débarquée, il m’arrive des choses ahurissantes. Figurez-vous que j’ai un sosie à Rome. Et une fille qui doit être drôlement bien roulée. Pas moyen, de faire deux pas dans la rue : il y a tout de suite cinq ou six types qui me collent aux talons et me pincent les fesses en m’appelant « Bella ». J’ai beau leur dire que je ne m’appelle pas Bella, mais Mavis Seidlitz, ils ne veulent pas me croire. Ils se fendent la bouille d’un large sourire, et je n’ai pas plutôt tourné la tête qu’ils me repincent les fesses.
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