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Prologue
Nickie
Deux années auparavant
Mais c’est quoi ces conneries ?! C’est pourtant bien elle que mes copines hôtesses me recommandent chaudement depuis des mois, en me disant que c’est la plus fortiche des diseuses de bonne aventure de la ville ! Je ne comprends rien à tout ce qu’elle me raconte. Elle a visiblement perdu la tête !
– Je ne comprends pas, petite, me dit-elle en scrutant ma paume. Je vois des lignes dans le monde entier, tu ne te poses jamais, toi. Tu vas devenir une femme très heureuse et libre. Tu n’es pas pareil que les autres femmes, je ne sais pas pourquoi. Tu es belle et légère comme une plume.
Puis, elle relève la tête et plonge son regard chargé de khôl dans le mien. Je pousse un soupir de soulagement. Enfin un mot gentil. Elle dit que je suis belle et légère, c’est déjà ça. Je regrette un peu moins les dirhams que je lui ai donnés lorsqu’elle m’a invitée à m’asseoir sur son vieux tabouret de plastique. Elle interrompt sèchement le fil de mes pensées :
– Nan, nan, nan, tu es belle là, insiste-t-elle en posant la main sur ma poitrine, un peu durement tout de même. Tu es gentille. Mais tu es comme l’âne, tu veux faire comme toi tu veux. Écoute bien et laisse faire les choses : la ligne va s’arrêter, parce qu’un ange t’attend, petite. Bizarre, tu vas arrêter de voler. Tu vas te poser pour toujours parce que lui, l’ange, va te couper tes ailes. Inchallah, telle est la volonté de Dieu.
Si je devais résumer : primo, elle me traite d’âne, deuxio, elle est en train de me dire que je ne suis pas belle physiquement, tertio, qu’un ange va me couper les ailes, un comble pour l’hôtesse de l’air que je suis ! Mes copines ont dû me faire une blague, c’est pas possible ! Qu’est-ce que c’est que ce charabia ? Bon, ça suffit, je décide d’en finir avec ces âneries.
– Oh que non, Hadja, je vais voler et ne jamais me poser, comme tu dis. Aucun ange au monde ne pourra me forcer à atterrir. J’aime beaucoup trop la liberté. Allez, merci quand même, Hadja, salam !, lui réponds-je avec un petit sourire qui signifie que je ne lui en veux pas, ni pour son insulte
(elle m’a traitée d’âne quand même !), ni pour toutes ces foutaises incompréhensibles.
La vieille dame se recouvre la tête avec son grand foulard noir puis me jette un coup d’oeil de travers, visiblement vexée, avant d’ajouter :
– Petite, tu te poseras. Parce que ça sera ton choix. Tu es trop comme l’âne. N’oublie jamais que l’ange a beaucoup de pouvoirs.
Ensuite, elle me congédie de la main pour que l’homme aux cheveux grisonnants derrière moi, probablement un touriste américain, puisse prendre place.
Je me lève et vais m’asseoir un peu plus loin sur la place, devant une jeune fille qui réalise des tatouages au henné. Je lui tends la main pour qu’elle puisse me dessiner quelque chose de beau.
– Salamou alaykoum. Fais-moi un beau tatouage sur les mains, s’il te plaît, puis, espiègle, j’ajoute, dessine-moi des ailes, là, sur mon avant-bras.
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