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Cilia se dandine sur son siège. Elle est aux anges. Je suis ému en la regardant, elle ressemble à une gamine à Disneyland. Ses yeux brillent et elle a les joues toutes rouges. Je suis content de lui faire plaisir.
Afficher en entier-Nan, nan, nan, tu es belle-là, insiste-t-elle en posant la main sur la ma poitrine, un peu durement tout de même. Tu es gentille. Mais tu es comme l’âne, tu veux faire comme toi tu veux. Ecoute bien et laisse faire les choses : la ligne va s'arrêter, parce qu'un ange t'attend, petite. Bizarre, tu vas arrêter de voler. Tu vas te poser pour toujours parce que lui, l'ange, va te couper tes ailes. Inchalla, telle est la volonté de Dieu.
Si je devais résumer : primo, elle me traite d'âne, deuxio, est est en train de me dire que je ne suis pas belle physiquement, tertio, qu'un ange va me couper les ailes, un comble pour l'hôtesse de l'air que je suis !
[Nickie]
Afficher en entierPrologue
Nickie
Deux années auparavant
Mais c’est quoi ces conneries ?! C’est pourtant bien elle que mes copines hôtesses me recommandent chaudement depuis des mois, en me disant que c’est la plus fortiche des diseuses de bonne aventure de la ville ! Je ne comprends rien à tout ce qu’elle me raconte. Elle a visiblement perdu la tête !
– Je ne comprends pas, petite, me dit-elle en scrutant ma paume. Je vois des lignes dans le monde entier, tu ne te poses jamais, toi. Tu vas devenir une femme très heureuse et libre. Tu n’es pas pareil que les autres femmes, je ne sais pas pourquoi. Tu es belle et légère comme une plume.
Puis, elle relève la tête et plonge son regard chargé de khôl dans le mien. Je pousse un soupir de soulagement. Enfin un mot gentil. Elle dit que je suis belle et légère, c’est déjà ça. Je regrette un peu moins les dirhams que je lui ai donnés lorsqu’elle m’a invitée à m’asseoir sur son vieux tabouret de plastique. Elle interrompt sèchement le fil de mes pensées :
– Nan, nan, nan, tu es belle là, insiste-t-elle en posant la main sur ma poitrine, un peu durement tout de même. Tu es gentille. Mais tu es comme l’âne, tu veux faire comme toi tu veux. Écoute bien et laisse faire les choses : la ligne va s’arrêter, parce qu’un ange t’attend, petite. Bizarre, tu vas arrêter de voler. Tu vas te poser pour toujours parce que lui, l’ange, va te couper tes ailes. Inchallah, telle est la volonté de Dieu.
Si je devais résumer : primo, elle me traite d’âne, deuxio, elle est en train de me dire que je ne suis pas belle physiquement, tertio, qu’un ange va me couper les ailes, un comble pour l’hôtesse de l’air que je suis ! Mes copines ont dû me faire une blague, c’est pas possible ! Qu’est-ce que c’est que ce charabia ? Bon, ça suffit, je décide d’en finir avec ces âneries.
– Oh que non, Hadja, je vais voler et ne jamais me poser, comme tu dis. Aucun ange au monde ne pourra me forcer à atterrir. J’aime beaucoup trop la liberté. Allez, merci quand même, Hadja, salam !, lui réponds-je avec un petit sourire qui signifie que je ne lui en veux pas, ni pour son insulte
(elle m’a traitée d’âne quand même !), ni pour toutes ces foutaises incompréhensibles.
La vieille dame se recouvre la tête avec son grand foulard noir puis me jette un coup d’oeil de travers, visiblement vexée, avant d’ajouter :
– Petite, tu te poseras. Parce que ça sera ton choix. Tu es trop comme l’âne. N’oublie jamais que l’ange a beaucoup de pouvoirs.
Ensuite, elle me congédie de la main pour que l’homme aux cheveux grisonnants derrière moi, probablement un touriste américain, puisse prendre place.
Je me lève et vais m’asseoir un peu plus loin sur la place, devant une jeune fille qui réalise des tatouages au henné. Je lui tends la main pour qu’elle puisse me dessiner quelque chose de beau.
– Salamou alaykoum. Fais-moi un beau tatouage sur les mains, s’il te plaît, puis, espiègle, j’ajoute, dessine-moi des ailes, là, sur mon avant-bras.
Afficher en entierElle descend les escaliers, pieds nus, en jean et T-shirt court. Oh merde, elle ne porte pas de soutien-gorge, encore une fois ! À croire qu’elle le fait exprès, ou alors, elle n’a pas idée de l’effet que ses seins peuvent avoir sur un mec !
– Bonjour, Michael. Bien dormi ?
– Salut, Cilia. Ouais, ça va. Et toi ?
– Comme un bébé ! Merci encore de m’avoir couchée hier soir. La terre tremblait beaucoup et j’en aurais été incapable toute seule, dit-elle en mordant dans un toast.
Elle se place tout près de moi. Je suis en train de préparer des œufs au plat ; elle pose ses fesses parfaites sur le plan de travail et discute comme si rien ne s’était passé, toujours en croquant son toast à pleines dents. Elle semble parfaitement normale, ce qui m’étonne un peu. Je préfère qu’on en parle une bonne fois pour toutes, et après on n’abordera plus le sujet.
– Et tout va bien, ce matin ? Dis-moi, rien n’a changé entre nous, n’est-ce pas ? Tu avais trop bu et tu regrettes tout ce que tu as dit hier soir, je comprends, mais tout va bien maintenant, hein ?
– J’avais trop bu, mais je pense aujourd’hui exactement tout ce que je t’ai dit hier. Je voudrais que tu sois le premier.
J’en fais tomber ma spatule… Oh non, lorsqu’elle s’est baissée, son T-shirt a bâillé au niveau du cou et j’ai pu voir la splendeur de ses seins lourds et bien ronds. L’érection est de retour ! Merde, je vais finir par attraper une pneumonie avec toutes ces douches froides ! Elle ramasse la spatule lentement et pendant qu’elle se relève, son épaule touche mon mollet, puis ma hanche et enfin mon bras. Elle sourit naïvement, comme si elle ne savait pas ce qu’elle est en train de provoquer !
Afficher en entierLe taxi me dépose juste devant l’entrée du siège de la compagnie. Je cours aussi vite que je peux, mais tout d’un coup, je sens que ma valise est plus légère. Les yeux agrandis d’effroi, je constate qu’elle s’est ouverte ! Mais c’est pas possible ! C’est la poisse ce matin !
Je m’accroupis pour tout ramasser aussi vite que possible. Je suis l’attraction des passants, et à sept heures quarante du matin, ils sont nombreux sur la cinquième avenue !
Alors que je m’affaire en pestant, je remarque une paire de chaussures noires immobiles sous mon nez. Je relève lentement la tête et je me crois dans un rêve. J’entends la B.O. de Titanic. Céline Dion chante dans ma tête. « My Heart Will Go On… » Alexis est devant moi, sourire aux lèvres. Je lui rends son sourire mais reste prostrée lorsque je constate qu’il tient à la main l’un de mes strings et… mon gode !
– Bonjour, Nickie. Je crois que ceci est à vous ? me nargue-t-il. Très joli, ajoute-t-il en désignant de l’index le string de dentelle noire.
Je lui prends les objets des mains et les fourre dans ma valise.
– Oui, c’est à moi, merci, marmonné-je comme si de rien n’était.
Enfin, rien est un bien grand mot. Je crois qu’une goutte de sueur ne va pas tarder à couler sur mon front !
– Voulez-vous un coup de main ?
Oh mon Dieu, je crois qu’il fait un vilain jeu de mots à cause de mon gode.
Je referme ma valise d’un coup très sec et me relève lentement, rouge de honte. Je suis plutôt grande mais il a une bonne tête de plus que moi. Je n’arrive pas à soutenir son regard moqueur. Du coup, je décide de fuir. Tout simplement.
– Non, c’est bon, j’ai fini, merci. Bon, eh bien, bonne journée !
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