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Des astres
Raphaëlle Potinet
Je ne peux pas commencer ma journée sans avoir lu mon horoscope. Ma drogue, c’est l’astrologie. Elle est un pansement qui soigne la peur de l’inconnu, un patch anti-hasard que je me colle sur la peau tous les matins.
Les planètes régissent ma vie comme une partition de musique.
Il faut que tous les événements s’enchaînent sans la moindre fausse note, sans la moindre hésitation. Les astres sont comme un chef d’orchestre qui, de sa baguette, me dirige vers la bonne direction. Avec eux, j’avance dans le bon sens. J’ai besoin d’être guidée à travers tous les labyrinthes qui se présentent à moi pour ne pas me perdre. Tous les matins, je veille au bon déroulement de ma journée en trouvant des solutions
à des problèmes qui n’existent pas encore...
Accro
Eric Moulard
Nous étions assis dans la salle d’attente jouxtant le cabinet du docteur Amiot. Julie avait les yeux embués. Ses cuisses à peine recouvertes d’une minijupe en jean délavé accueillaient ma tête qu’elle caressait presque mécaniquement de ses mains fébriles, les yeux dans le vague.
Soudain, ses doigts se tétanisèrent sur mon crâne.
– Pourquoi as-tu fait ça, pauvre débile ? Pourquoi ?, hurla-t-elle.
Ses ongles longs me lacérèrent la peau. Je ne pus réprimer un cri de douleur. Des larmes déferlèrent sur ses joues, le barrage que formaient ses cils cédant sous la pression de la rage et de la tristesse.
Je me sentis soudain perdu dans cette pièce exiguë à l’atmosphère oppressante, simplement éclairée par un néon blafard.
Toute cette agitation alerta l’assistant du docteur Amiot qui entra précipitamment dans la salle, l’air déterminé, une matraque
électrique à la main...
Dernières lignes
Stéphane Beau
– Ils se réunissent toutes les semaines. Pourquoi n’essayes-tu pas ? Après tout, ça ne coûte rien…
Un beau jour, j’en avais eu marre d’entendre mes amis, ma femme, mes enfants, mes collègues me seriner sans cesse cette petite phrase. Elle finissait par résonner en moi en permanence, même lorsque j’étais seul et que je consommais en cachette.
Alors, j’avais pris mon courage à deux mains et j’y étais allé.
Oh, cela n’avait pas été facile. Il m’avait bien fallu quinze jours avant de me convaincre de me lancer, quinze longues journées
à tourner en rond chez moi, comme un lion dans sa cage, quinze jours à rembarrer tous ceux qui avaient le malheur de m’adresser la parole ou même, tout bonnement, de passer dans mon champ de vision.
Puis, un soir, je m’étais vu dans la glace de l’armoire de la chambre. Pas seulement regardé, mais vu, comme si je me découvrais pour la première fois. Et j’avais eu peur…
Minouche
Sylvie Fressigné
Lumière crue et artificielle.
Lumière qui m’arrache d’un mauvais sommeil.
Lumière qui m’écrase. Je suffoque de son absence.
Cellule étroite.
Le cauchemar n’a pas de fin. Mes mains sont désormais inertes, ouvertes sur le vide. Plus de chaleur.
Et puis, j’ai froid. J’ai tout le temps froid. Je claque des dents sans pouvoir me contrôler. Une fièvre continue et persistante me ronge de l’intérieur. Sensation glacée au fond de mon ventre. Elle m’emporte dans des bouffées délirantes qui dessinent, dans mon âme brisée, des images, un peu floues, mais d’une extrême nostalgie, dans laquelle j’aime me réfugier.
Sortir de cette cellule, évasion… Dans mes visions, je vois déferler les marnes rouges du Vallespir et ses chemins oubliés...
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