Tous les livres de Bernar Venet
« D’une certaine manière, l’artiste rejoint le scientifique qui considère que, sur le plan de la recherche, il n’y a ni désir, ni valeur, ni bien, ni mal, ni but. Dans leur activité de chercheurs, ils se sentent tous deux libérés de toute dimension morale ou utilitaire. » Bernar Venet
« Ce champ suggère une découpe, une ouverture vers un ailleurs obscur. Comme une marche lente du bleu IKB vers la Ténèbre selon Robert Fludd. Il y a bien là la déclaration programmatique d’un challenge : dépasser la monochromie bleue d’Yves Klein. Le présentisme des œuvres noires du jeune artiste français n’aurait pu être compris, accepté, mis à son crédit d’innovateur en 1961, d’autant plus qu’il était enveloppé, emmailloté, dans la trame d’un continuum culturel qui en enfouissait, paradoxalement, ce qu’Hannah Arendt avait qualifié de « choséité ». La critique d’art française était surtout préoccupée, en se querellant, d’établir des filiations, des généalogies, des antécédences lui garantissant sa supposée gouvernance, déjà plus que contestée, de la création artistique occidentale. Elle ne disposait d’ailleurs pas encore, mais ne s’en inquiétait pas, de l’outillage méthodologique la rendant apte à la saisie interprétative de telles œuvres. Et de celles tout aussi bien de Rauschenberg ! Ce n’est qu’après coup, bien plus tard, que les œuvres noires de Bernar Venet, et pas seulement celles-là, deviendront inscriptibles dans une histoire de l’art tellement dominée alors par l’imperium newyorkais que nombre de commentateurs les y voudront productions vassales de la suzeraineté américaine alors qu’elles ne lui sont en rien redevables. Bien peu de critiques français ont accepté de reconnaître qu’elles ont précédé nombre d’innovations « avant-gardistes » d’outre-Atlantique élogieusement commentées.» Extrait du texte de Bernard Ceysson, Le Tas de charbon (1963), Un Cairn de la modernité ?

