Cécile Basecq
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Incontournable Roman Mai 2025
J'ai déjà eu le privilège de lire "Le défilé" de la même collection, "Hissez haut!" de la maison Voce Verso, dont une partie des recettes issues de la vente de ces livres est reversée à l'organisation à but non-lucratif Bibliothèque Sans Frontières, qui "Elle souhaite faciliter l'accès à la culture, à l'éducation et à l'information des populations vulnérables." ( Wikipédia). Cette collection est composée d'hybrides, qui ont des parties illustrées sans texte, alternant avec des textes en prose poétiques semi-illustrés. Celui-ci nous invite sur la barque d'immigrants originaire du Moyen-Orient ou du Maghreb, qui se lance dans une périlleuse traversée dont l'issu est incertaine et ce, à travers les yeux d'une jeune fille, Nita.
Nita s'est fait racontée des histoires où il est question de la mer et de sa beauté. Toutefois, ce jour-là, elle et sa famille ne s'apprête pas à s'y baigner. Après avoir fait leurs au revoir à leur grand-maman, elle et sa sœur, son père et sa mère, embarquent dans un véhicule qui les mèneront aux abords de la méditerranée. De là, selon les dires de son père, ils feront une traversée par bateau, pour rejoindre "un pays merveilleux". Le "bateau" est plutôt une embarcation précaire, beaucoup trop peuplée et dont le passage a été couteux pour la famille. Certains bagages sont même laissés derrière. On place les deux seules enfants au centre de l’embarcation, pour les protéger. Parfois, entre deux épaules, Nita peut apercevoir cette mer si bleue et pour le moment calme. Mais ce calme ne dure pas. Une nuit, elle s'agite, déversant une eau froide sur les passagers, les ballotant en tout sens et même, en leur arrachant un compagnon, qu'elle va refuser de leur rendre. Cette nuit terrible finit par se terminer. Avec une pensée pour cet homme laissé derrière, qu'on a tenté de sauver en vain, Nita peut cependant reprendre espoir: La terre est en vu. Ce pays qu'ils ont enjolivé et où ils croient pouvoir vivre en paix eux aussi. La barque échoue sur une plage peuplée de touristes jusqu'alors insouciants, faisant entrer en collision deux mondes. Des survivants affamés et des vacanciers paisibles. Nita choit sur le sable chaud, juste devant un garçon de son âge, couvert de taches de rousseurs et parlant une autre langue. Il cueille alors dans son seau un coquillage et lui offre, ainsi qu'un sourire, avant de rejoindre ses parents. Un coquillage qui a la couleur de l'aube.
Ouf! Le début ne laisse pas présager ce qui suit, je dois dire. On a l'impression que la petite famille musulmane va bientôt partir en vacances et je me dis qu'à hauteur d'enfant, ça doit effectivement ressembler à ça. On comprend que les parents ne les ont pas préparer à la précarité de leur situation à venir, sans doute pour ne pas les effrayer. C'est au moment de leur arrivé sur cette plage que j'ai saisi ce qui allait arriver. Le papa qui parle d'un passage très cher, le "bateau" en retard, qui s'avère être à peu de chose près une grosse chaloupe. Les bagages laissés derrière. La mer. Nous sommes nombreux à connaitre le sort funeste des nombreuses embarcations précaires qui se risquent à affronter la méditerranée pour quitter des zones de guerre ou des pays gangrénés par des extrémistes fanatiques. Et en suivant Nita, avec son hidjab couvert de pommes rouges, cadeau de sa grand-maman, on se prend à espérer avec elle qu'elle arrive à bon port.
J'ai eu un sentiment quelque peu malaisé quand j'ai lu la partie sur l'espoir de la petite famille, qui décrit l'Europe comme une terre promise, tout en sachant à quel point la question est sensible pour ces même pays, qui ne leur font pas toujours bon accueil justement. Je me dis que leur passage dans l'eau n'étais qu'une étape, la suivante allait être la plus difficile: Survivre à leur pays hôte, si jamais on ne voulait pas d'eux. La question est sensible, j'en conviens. Il y a toute sorte d'enjeux d'espace, de droits civiques, de cultures qui se croisent, mais là tout de suite, ce que ce livre met en lumière, c'est la misère humaine. Personne ne quitte son pays sans raisons. Affronter la mer, c'est admettre que ce qu'on laisse derrière est plus périlleux encore. Alors, le seul sentiment qui m'habite à cette lecture est une profonde empathie pour tous ces gens qui font ces traversées, au péril de leur vie.
D'ailleurs, j'aime voir dans ce garçon qui offre un coquillage un geste de bienvenue et d'ouverture.
Nous accompagnons Nita dans ses émotions, du sentiment d'espoir à sa crainte profonde de ne pas survivre à cette mer agitée et dangereuse. Nous suivons tout de son point de vue, avec une plume poétique et sensible, ainsi qu'un graphisme qui parle de lui-même. Afin de ne pas la perdre de vue, il s'agit de la seule personne à avoir des nuances de rouges sur elle, comme cette petite fille dans la "Liste de Schindler", un film magnifique sur l'holocauste. Son périple n'est pas sans rappeler l'un des derniers albums de Barroux, "Ici et là-bas", un album coup de poing où deux enfants habitent le page, l'un à gauche et l'autre à droite. Tandis que celui de gauche, un petit exilé africain, finit par disparaitre avec son embarcation précaire sous l'eau jusqu'à la fin de l'album, celui de droite, un petit garçon européen, continue sa vie en toute innocence. Ces deux livres se font écho, l'un se terminant dans un scénario favorable et l'autre non.
Ce livre a tout-à-fait sa pertinence pour le tout nouveau cours de CCQ, Culture et citoyenneté québécoise, dans lequel il est question de l'accueil de nos immigrants et des enjeux lié à leur déplacement. . C'est également un cour pour parler de réalités sociales et développer l'empathie. De plus, j'estime important qu'un certain accompagnement soit fait par des adultes ou des enfants plus vieux avec ce livre, vu la gravité du sujet et la présence d'un décès dans des circonstances traumatisantes. Par ailleurs, "Le défilé", un livre paru dans la même collection, sur l'importance de la mémoires de guerre pour les générations d'enfants de paix, est d'ailleurs tout aussi pertinent pour le cours CCQ.
Un hybride coup de poing sensible et poignant, qui appelle à la compassion et à la tolérance, à l'heure où tant de gens d'ailleurs en ont besoin.
Pour un lectorat intermédiaire du troisième cycle primaire, 10-12 ans+
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Voce Verso : 1 livre

