Tous les livres de Jean Dubuffet
Lorsqu'en 1968 parut la première édition d'Asphyxiante culture, Jean Dubuffet ne prenait pas en marche le train de la mode. Ses positions étaient anciennes, exprimées dès 1946 dans son Prospectus aux amateurs de tous genres.
Aujourd'hui encore la culture institutionnalisée, publicitaire, continue de régner dans l'attente de cette autre, souhaitée par Jean Dubuffet, qui désignerait « l'actif développement de la pensée individuelle ».
Asphyxiante culture est reparu aux Éditions de Minuit en 1986.
La vraie création ne prend pas souci d’être ou de n’être pas de l’art. Je croirais même bien qu’elle se trouve viciée dès que le mot d’art est à son sujet prononcé.
Jean Dubuffet
Rares sont les correspondances inscrites au carrefour des sphères artistique, littéraire et éditoriale. Les plus de six cents lettres qu'ont échangées, de 1944 à 1968, Jean Dubuffet et Jean Paulhan, outre qu'elles étonnent et réjouissent par la richesse, la vigueur et l'intérêt jamais démenti de leurs propos, font à ce titre figures d'exception par l'étendue du champ qu'elles embrassent - jusqu'à faire d'elles un remarquable panorama saisi sur le vif de la vie intellectuelle, politique et culturelle de l'immédiat après-guerre.
Mais pour échapper au simple statut d'archives, fussent-elles de première main, encore faut-il qu'une écriture vienne sans cesse délivrer l'échange de son seul avenir de document. Or Paulhan et Dubuffet sont tous deux de redoutables et prolixes épistoliers. Si chaque lettre est écrite dans le souci de son destinataire, elle l'est donc aussi dans le souci des moyens dont elle use, de la langue et du style - de sorte qu'elle déborde le cadre de l'échange où elle est inévitablement prise pour offrir à chacun un plaisir de lecture qui, sur une période de plus de vingt ans, n'est jamais trahi. L'amateur aura ainsi celui de découvrir les bonheurs d'écriture de Dubuffet ; le curieux aura accès à une source précieuse d'informations sur l'invention de l'Art Brut, la création des Cahiers de la Pléiade, la genèse des textes et des œuvres de Jean Dubuffet ; le connaisseur sera surpris par l'étendue et la profondeur de champ du tableau de la vie intellectuelle parisienne.
L'œuvre de Jean Dubuffet s'apparente à la danse où l'aplomb des corps, qui prennent appui tantôt sur un pied et tantôt sur l'autre, apparaît, et parfois simultanément, toujours rompu et toujours restauré.
C'est peut-être dans le contre-chant perceptible lorsqu'il est, dans le même instant, attentif à ces productions qui relèvent des arts plastiques et à ces écrits, que l'homme du commun, auquel Jean Dubuffet destinait son œuvre, peut saisir la dimension vraie.
Du jeu des dissonances ou des consonances de ces deux formes, rapprochées, de son discours, l'une empruntant à la peinture et l'autre à la langue, naît une sorte de musique, jamais ouïe, qui convient aux fêtes dont de toute part on redécouvre les salutaires effets.

