Tous les livres de Sara Rosenberg
Sous la forme d’un puzzle narratif, Un fil rouge, premier roman de Sara Rosenberg, raconte l’histoire de Julia Berenstein, jeune femme engagée dans l’action révolutionnaire en Argentine, dans les années soixante dix.
A travers le discours et la perception des personnes qui l’ont connue, le lecteur découvre petit à petit l’histoire des disparus dans un contexte de lutte armée et de « guerre sale ». La polyphonie et les différentes modalités d’écriture, de même que la construction labyrinthique du roman obligent à une lecture active grâce à laquelle le lecteur doit se faire sa propre idée sur ce moment historique tragique. Une voix peu à peu s’impose, celle de Miguel, ami de Julia, qui veut faire un film sur elle en interrogeant tous ceux qui ont croisé son chemin, l’ont aidée, aimée, incomprise ou trahie jusqu’à sa disparition.
Miguel sur les traces de Julia est en quête de vérité, mais faire ce film sur l’amie d’enfance à jamais perdue est aussi une façon de faire son deuil, en rendant une présence à la défunte absente. Authentique et émouvant, Un fil rouge tente de restituer la douleur de ceux qui restent, leur incompréhension face à la violence. Dans ce roman politique et poétique, Sara Rosenberg nous livre une vision contrastée et juste d’une période récente où la quête d’un idéal de justice sociale a laissé place à l’affrontement armée, la terreur et le désespoir de toute une génération.
Une intertextualité qui donne une ampleur très littéraire et politique Jeronimo, metteur en scène argentin exilé à Madrid avec sa compagne Griselda, une comédienne alcoolique, disparaît subitement. Il est retrouvé mort, quelques jours plus tard, dans une chambre d hôtel.
Contre-jour est construit comme un thriller sous-tendu par la violence maximale que représente la disparition. Celle de Jeronimo agit de telle manière sur Griselda qu elle retrouve le goût de la résistance. Après des années d aveuglement et de dépression, cette recherche de la vérité et de la justice lui permet de revenir à la vie. Elle est une «ré apparue».
Griselda est alors une femme en lutte qui se débat avec ses dépendances, sa solitude et la disparition de son mari. Son intégrité morale, son souvenir vivace des personnages théâtraux qu elle incarne comme Antigone de Sophocle ou Irma de Genet (Le Balcon), et qu elle cite souvent en guise de réplique à ces interlocuteurs dans la vie courante, crée une intertextualité qui donne une ampleur à la fois littéraire et politique au roman.
Griselda (ré)cite aussi pour se rappeler, pour lutter contre l'effacement de l'Histoire. Paranoïaque, elle incarne le climat de suspicion qui règne dans une société schizophrénique, héritée d un régime totalitaire.

