Tous les livres de Wiktor Stoczkowski
Il n'est plus de mois sans que les médias ne nous entretiennent des sectes, parasciences, extraterrestres, voyants, astrologues et gourous. La conclusion des enquêtes journalistiques est toujours la même : à l'approche du troisième millénaire, dans une société en mutation, l'homme occidental retomberait dans l'irrationnel. Rien ne prouve cependant que les croyances insolites qui foisonnent dans notre culture soient le fruit de l'" irrationnalité ". Au lieu d'y voir une création des égarés qui renoncent à l'usage de la raison, on peut tenter d'y découvrir un produit du fonctionnement habituel de la rationalité telle qu'elle est réellement. Pour connaître la véritable marche de la raison, il ne suffit pas d'analyser les exploits intellectuels de grands savants : il vaut mieux scruter le spectacle de la pensée ordinaire qui se joue quotidiennement devant nos yeux. Dans les années soixante, plusieurs dizaines de millions de personnes furent séduites, dans le monde entier, par une théorie qui expliquait l'origine de l'homme par une intervention de mystérieux astronautes venus des étoiles. En s'interrogeant sur la genèse de cette conception et sur les raisons de son succès, l'auteur invite le lecteur à un voyage au travers de recoins peu connus de la culture occidentale, où l'on croise les médiums spirites, les invisibles maîtres tibétains, les guerriers de l'Atlantide, les soucoupes volantes et les occultistes travestis en scientifiques. Que nous y guide l'injonction de Fontenelle : " Etudions l'esprit humain dans l'une de ses plus étranges productions : c'est là bien souvent qu'il se donne le mieux à connaître. "
Il y a deux siècles les naturalistes s'emparèrent de la question de l'origine de l'homme, à laquelle seuls les mythes fournissaient jusqu'alors des réponses. Mais la science, après avoir rejeté les traditionnels récits mythiques, a-t-telle véritablement réussi à se libérer de leur influence?
A travers une analyse des principales conceptions de l'anthropogenèse proposées entre le début du XIXe siècle et nos jours, Wiktor Stoczkoski montre que les travaux scientifiques, au même titre que les manuels scolaires ou les ouvrages de vulgarisation, perpétuent encore aujourd'hui la trame de croyances séculaires.
Si la science rejoint souvent la pensée commune dans ses conclusions, c'est parce que l'une comme l'autre restent tributaires d'un ancien imaginaire où se reflète toute une anthropologie naïve : notre manière simpliste d'expliquer l'évolution biologique de l'Homme, les mécanismes de la Culture et les transformations de la société humaine au fil de l'histoire.
Voici porté un regard inaccoutumé sur la science sociale. Depuis son émergence au XIX ? siècle, celle-ci nourrit une double ambition : édifier une connaissance objective de la société ; mettre en oeuvre cette connaissance pour remédier aux déficiences de la société. Souvent tenues pour complémentaires, ces deux aspirations se révèlent parfois difficiles à concilier. Quand l'empressement à refaire la société prend le pas sur le désir de la connaître, les théories académiques se muent en grandes visions du monde, au risque de rompre le lien entre les faits avérés et les conjectures explicatives. Pour s'en convaincre il suffit de démonter les rouages méconnus de la plus puissante synthèse jamais constituée à l'origine de la science sociale et aujourd'hui encore revendiquée comme fondatrice : l'oeuvre d'Emile Durkheim. Confrontée aux données disponibles à l'époque et replacée sur le fond des grands débats qui enflammaient alors les esprits, elle révèle son principal ressort : la promesse d'un salut séculier accompli par les seules ressources de la raison. C'est que la science sociale naissante emprunta au christianisme, par l'intermédiaire de la philosophie, ses deux idées directrices : la conviction que le monde humain est affecté par un mal qui altère l'ordre légitime des choses ; l'espoir que ce mal pourra être un jour abrogé. Quelles sont les contreparties de cette aspiration rédemptrice ?

