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C’est un voyage dans la mort, sur un fond sépia qui rappelle les clichés d’antan, à l’argentique, ces souvenirs qui se mêlent à l’univers pittoresque de cette bande dessinée. Benjamin Legrand nous emporte dans un cauchemar sans fin, où nous suivons Laurel qui tente de retrouver sa femme dans un au-delà steampunk, où le monde s’est arrêté 150 ans plus tôt. Sous le crayon de Vincenzo Balzano, Bunkerville se déploie dans toute sa magnificence monstrueuse, c’est une ville en décombre qui menace de s’écrouler à tout moment. Tant dans sa narration que dans les planches, la patte experte du réalisateur Pascal Chind se fait sentir, est-ce l’entrée d’un journal intime, une hallucination lugubre du héros ou un film émouvant sur le deuil ? Voici une ode macabre, aux allures d’un long rêve qui nous coupe le souffle. Car pour entrer dans Bunkerville, il faut se laisser submerger et accepter de passer de l’autre côté…
Afficher en entierÀ lire, si vous n’avez pas peur de vous noyer !
J’ai reconnu la patte graphique, identique à « Adlivun », sauf qu’au lieu d’une déclinaison de bleu, ici la dominance est plutôt une colorimétrie sépia étendue.
L’Auteur semble apprécier de rester dans des teintes similaires pour ses histoires, qui lui permettent de renforcer l’ambiance ainsi que le décor de ses récits.
Passons au récit lui-même…
Surtout stipulé à la fin, c’est sûrement très inspiré des histoires de Jules Verne « L’île Mystérieuse » & « L’île À Hélice ». Ne les ayant pas lus, je ne peux que faire confiance à ce qui est supposément écrit à ce sujet. Je ne vais pas plus m’attarder sur ce qui est écrit à la fin, car soit c’est un pur mensonge, soit, hormis certifier et avérer que le voyage dans le temps existe, il ne peut exister d’autres options. Je ne dis pas que je ne crois pas au voyage dans le temps, mais clairement ce n’est pas le sujet de l’histoire de « Bunkerville ». Il n’y a donc pas débat.
Je n’ai pas eu l’impression d’être sur une île à proprement parler. Car étrangement, il ne semble jamais y faire réellement jour. Puis certaines planches laissent plutôt penser qu’il s’agit d’une cité sous-marine, protégée par un dôme.
Tout du long, j’ai eu du mal à me situer dans le décor, le temps semble figé, suspendu, et en même temps long, l’histoire est longue. J’ai eu l’impression d’atterrir chez les fous, et l’histoire en surface de « Bunkerville », c’est ça ! C’est censé être une cité construite par un homme dont l’enfant avait une pathologie mentale, et voulant lui offrir une vie normale, il construisit une cité coupée du monde dans laquelle les gens comme son fils pourraient mener leur propre vie, à leur façon, en toute liberté… C’est tout du moins ce que l’on nous raconte. Pourtant, c’est bien plus que ça, j’ai trouvé que c’était également très biblique. Le déluge ne serait que la conséquence de la stupidité de l’homme, de ses vices, de ses travers ; laisser toutes les permissions possibles, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, mènerait finalement l’humanité à sa perte. Rien de divin, juste nos propres actions effondreraient notre société. J’ai trouvé ça plutôt bien tourné, d’une certaine façon, c’est un point de vue enrichissant et intéressant. Qui ne peut que faire écho à notre propre société déclinante et pervertie.
C’est la fin qui fait tout basculer. On comprend la réelle profondeur de « Bunkerville ». Les différentes couches s’emboîtent les unes aux autres pour montrer l’ensemble de la construction dans ses moindres détails. Tout repose sur l’humain, et un humain en particulier, notre protagoniste Laurel. Il est le cœur de Bunkerville, ainsi que l’acteur et la victime. Chaque image, chaque échange, chaque sous-entendu imagé fait sens, tout devient tangible.
Cette histoire, c’est le fondement de l’être humain dans toute sa complexité. Sa perception, ses actions, ses émotions, toutes les variations possibles qui constituent un humain.
Maintenant la conclusion, ai-je aimé Bunkerville ?
Oui et non. J’ai littéralement mis plus d’un an pour lire cette BD entièrement. J’avais vraiment du mal à accrocher. Beaucoup de passages semblent décousus, incohérents, et comme stipulé plus haut, j’avais du mal à me situer, à savoir comment on passait d’un endroit à un autre. Tout prend sens à la fin, mais n’empêche que cette construction ne m’a pas aidé à m’attacher aux personnages ainsi qu’à l’univers.
En revanche, je ne peux que reconnaître et souligner la qualité d’inspiration et de réalisation. Les bases sont solides mais le déroulement scénaristique manque de clarté pour amener une réelle accroche. La complexité est cependant très bien maîtrisée, dommage qu’on n’en prenne la pleine mesure qu’à la toute fin.
Donc j’ai aimé la complexité, la façon dont j’ai pu réfléchir à certains sujets, à certaines symboliques ainsi qu’à la fin qui dévoile toute la richesse de l’histoire.
Ce qui m’a déplu, c’est que l’Auteur ne m’emmène pas vraiment dans son récit. Il me laisse à la surface, complètement spectatrice d’un non-sens.
Cette histoire est purement un puzzle schématique psychologique. Il faut donc aimer ce genre pour réellement apprécier sa lecture.
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