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Même s’il l’a déjà fait plusieurs fois, il ne s’habitue jamais à cette sensation intense de chute libre.
Il ressent une montée d'angoisse, une sensation viscérale comme si ses entrailles remontaient dans sa poitrine, accompagnée d'une brève décharge électrique parcourant ses membres – le signal nerveux annonçant probablement l'imminence d'un choc. Aksel n’a toutefois pas l’intention de toucher le sol. Avec un saut aussi court, il sait qu’il doit ouvrir le parachute presque immédiatement, alors il le fait.
Il entend le tissu se déployer avec un claquement rassurant, suivi du freinage brutal de la voile qui attrape l'air, projetant ses jambes vers le bas. Il sent tout de suite que quelque chose ne va pas. Premièrement, il est trop proche du bâtiment de l’hôpital. Tellement proche qu’il y a un vrai risque que la voile soit attirée contre la façade et s’effondre. Deuxièmement, il descend bien trop vite. La rue en contrebas se rapproche à une vitesse alarmante. Il y a beaucoup de voitures garées, la plupart étant des véhicules de police, des ambulances ou des blindés militaires. Il y a de fortes chances qu’il atterrisse sur l’un d’eux, ce qui lui vaudra une fracture assurée.
Aksel pousse un cri paniqué et tire sur la commande de droite. Il parvient à dévier juste assez pour éviter de frôler le bâtiment. Alors que mouvement ralentit un peu la chute, il vise un bout de rue dégagé de tout véhicule.
Ça va faire mal, est sa dernière pensée alors qu’il remonte les jambes et tire sur les deux commandes de toutes ses forces.
L’atterrissage est tout sauf gracieux. Mais il ne le tue pas.
Il amortit du mieux qu’il peut, s’effondrant et roulant. Son épaule percute violemment le trottoir, puis la voile retombe sur lui. Il roule encore quelques fois et finit sur le dos, empêtré dans le tissu blanc.
Il reste allongé une seconde, haletant et analysant son corps. Ses genoux, son épaule et ses hanches lui font un mal de chien, mais rien ne semble cassé.
Merde, j’ai réussi. J’arrive pas à croire que j’ai réussi.
Des cris, des voix déformées se rapprochent. Quelqu’un tire sur la voile, commençant à le dégager. Aksel essaie d’aider, mais il ne distingue plus le haut du bas. La toile enfin arrachée de son visage, il cligne des yeux en scrutant la rue.
C’est comme une scène de film catastrophe. Tous ces véhicules d’urgence, ces soldats armés, ces barricades, ces gyrophares, ces ambulanciers en tenue de protection intégrale. Et bien sûr, une foule de spectateurs. Le choc et le soulagement sont visibles sur les visages des personnes qui l'entourent. Certains applaudissent même.
Aksel ressent une impulsion insensée : se lever et saluer. Avant même qu'il ne puisse réagir, un soldat, le visage caché derrière un masque à gaz, surgit devant lui, lui obstruant la vue et lui criant dessus. Aksel a les oreilles qui bourdonnent. Il tente de lui dire qu’il va bien, qu’il n’a pas besoin d’aide.
Mais il comprend vite que le soldat ne se soucie pas vraiment de son état. Après lui avoir crié dessus un moment, l’homme finit par le saisir brutalement et le remet sur ses pieds. Puis il recule, pointant son arme sur sa poitrine. Un autre soldat, qu’Aksel n’avait pas encore vu, arrive par-derrière et, d’un geste rapide, détache le parachute avant de le jeter sur le côté.
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