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Prologue
Je venais de rentrer précipitamment à Paris. Nous étions le dimanche 15 mars 2020. Deux jours auparavant, après plusieurs tentatives pour me joindre par téléphone, Lucie, ma fille, m'avait alertée, précisant que je n'avais pas le choix.
Depuis quelque temps, je prenais plaisir à venir à Agadir pour passer mes congés. Cette année-là, le mois de mars était particulièrement splendide. Les bougainvilliers irradiaient de multiples couleurs et envahissaient joyeusement les façades blanches des villas. Les pâtisseries, les cafés et le souk se remplissaient d'une vie intense. Je flânais chaque matin sur la plage, laissant sur le sable l'empreinte de mes pas. Je laissais mon visage se baigner dans la tendresse chaude et apaisante des rayons du soleil. Je vivais des instants de parfait équilibre, comme il m'arrivait rarement d'en ressentir. Un bien-être fou.
Très rapidement, je dus me rendre à l’évidence. il me fallait quitter le Maroc au cœur de ce beau mois de mars. Sur internet, on annonçait qu'aucun avion ne décollerait d'Agadir pour la France à partir de vendredi soir. Même si la soirée était déjà très avancée, ma première décision fut de contacter l'ambassade par téléphone. A ma grande surprise, une voix amicale décrocha et me conseilla de consulter régulièrement leur site en ligne. « Depuis l'après-midi, les informations sur l'arrêt des vols sont mises à jour fréquemment, me dit-elle. Rien n'est vraiment fixé. »
Le lendemain matin, je filai dans un cybercafé pour effectuer des recherches sur un ordinateur. La page Facebook de l'ambassade n'était pas très claire, mais se voulait plutôt rassurante. En cliquant sur un lien, choisi un peu par hasard, une autre page plus précise donnait un peu d'espoir. il était conseillé de se connecter sur les sites des deux uniques compagnies aériennes susceptibles d'assurer quelques vols pour Paris le dimanche. Je décidais de me donner encore un peu de temps libre pour profiter de ce vendredi à l'identique des jours précédents.
Je me remis en quête d'informations le samedi en fin d'après-midi. Rien de nouveau !
Enfin, grâce à un bénéfique mystère, alors que je commençais à désespérer face à mes prospections infructueuses, très tard en soirée, s'afficha soudain sur l'écran de mon téléphone portable, le vol « Agadir-Paris T02400 » prévu le lendemain à onze heures vingt-cinq. Le cœur battant, je m'empressai de réserver.
Dès neuf heures, ma valise bouclée, je me retrouvai à l'aéroport d'Agadir. Le silence avait envahi l'aéroport. Tous les passagers en partance étaient, comme moi, hébétés. Impossible d'anticiper que je ne reprendrais l'avion que deux ans plus tard.
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