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Description ajoutée par CharlieGordon 2019-03-17T16:21:33+01:00

Jean-Richard Bloch et Jean Paulhan ont 36 ans l’un et l’autre en 1920, quand commence leur correspondance. Fondateur en 1910 de L’Effort libre, Bloch est alors sous contrat avec les éditions de la NRF, où ont paru Lévy en 1912 et …Et Cie en 1917. De son côté, Jean Paulhan, qui a publié à compte d’auteur en 1917 Le Guerrier appliqué, est le dévoué secrétaire de Jacques Rivière, directeur de La NRF depuis 1919.

Leur échange va croissant jusqu’en 1932, année de parution du roman de Bloch, Sybilla, dédié à Paulhan, devenu rédacteur en chef de La NRF. Celui-ci, qui s’était montré « déçu » en 1925 de n’avoir pas retrouvé, dans La Nuit kurde et Sur un cargo, « le sévère, l’incorruptible Jean-Richard Bloch », tente alors de lier avec l’écrivain un complexe dialogue sur le pouvoir des mots : « Là où il y a pouvoir, il n’y a pas mots, et là où il y a mots, il n’y a pas pouvoir. » Mais Bloch est requis par ses engagement politiques – participation au premier Congrès des écrivains soviétiques (1934), organisation du Congrès des écrivains pour la Défense de la Culture (1935), voyage à Madrid (1936) – cependant que Paulhan, conseiller municipal Front populaire à Chatenay-Malabry, orchestre dans les pages de La NRF une vive politisation des débats…

Puis Bloch accepte de diriger avec Aragon le quotidien communiste Ce soir, dont le premier numéro sort le 1er mars 1937. Au lendemain du pacte germano-soviétique conclu en 1939 à Moscou, l’« embarras » entre Jean-Richard Bloch et Jean Paulhan est à son comble, et le sabordage de la revue Europe, que Bloch aurait eu l’intention de « reprendre », achève de distendre leur conversation. Bloch constate alors que « l’Europe, la guerre, les hommes de la politique ont emmêlé leurs fuseaux ».

Après l’offensive allemande du 10 mai 1940, ces différends paraissent « dépassés » à Jean Paulhan au profit de la seule fraternité d’armes et, bientôt, de l’entrée en Résistance. A la veille du départ de Bloch pour Moscou, Paulhan cherche une dernière fois le dialogue – qui passe toujours à ses yeux par les « questions langagières » – en lui adressant, le 22 février 1941, le début de ses Fleurs de Tarbes.

Intellectuels et hommes de revue s’il en fut jamais, Jean-Richard Bloch et Jean Paulhan, écrivains l’un et l’autre, se sont connus, estimés et liés d’une amitié qui ne pouvait être qu’ombrageuse, en raison de leurs relations respectives à la politique. Leur entente, et la possibilité même de cet échange de lettres, supposait cette différence entre eux, et une façon de pleinement l’assumer.

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