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LES TREMBLEMENTS dans ses jambes ne s’arrêtaient pas. Depuis la première fois où il était monté sur une scène devant des milliers de personnes, quand il était très jeune, Jackson Rawlings ne se souvenait pas avoir été aussi nerveux. Il s’attendait à un silence du public quand il serait annoncé. La foule le bouleversa. Dès l’instant où le présentateur cita son nom, l’endroit explosa sous des hurlements, ce qui le fit grimacer. Cependant, cela lui fit également plaisir et son angoisse s’évapora subitement. Une première chanson, suivie d’une autre et d’une autre encore, et bientôt il fut dans son état d’esprit habituel. Même s’il savait que dès qu’il descendrait de cette scène, ce serait fini, il était résolu à tirer le meilleur de ce qu’il vivait à cet instant.
La fin du concert arriva trop vite au goût de Jackson, mais il attrapa sa bouteille d’eau, avala une gorgée et jeta un œil sur le public tandis qu’il la rebouchait. Quelqu’un lui mit sa guitare acoustique dans la main.
— Merci, dit-il dans le micro.
La foule hurlait toujours alors qu’il se contentait de rester là, immobile. Il observa les visages autour de lui, aussi loin que ses yeux pouvaient voir, et cela n’aida en rien le sentiment de perte qui déferla en lui. Il pouvait entendre son cœur qui se brisait, car ce serait probablement la dernière fois qu’il arriverait à faire tout ça. Il voulait savourer cette sensation, l’absorber totalement et la retenir dans un coin, au plus profond de son cœur.
— Nous allons un peu ralentir, annonça-t-il finalement. C’est dans des moments comme celui-là que je réalise que je ne suis pas aussi jeune que je croyais l’être.
Le public rit.
— Sérieusement, je pense que… ce genre de danse est pour les jeunes. Quoi qu’il en soit, si quelqu’un de spécial est avec vous ici ce soir, rapprochez-le de vous.
Il grimpa sur le tabouret qui avait été placé sur scène lors de son dernier changement de costume et pinça quelques cordes au hasard comme pour essayer de trouver la bonne tonalité. Il repositionna le microphone accroché à son oreille et soupira.
— Ashbridge ! lança-t-il.
Il fut immédiatement récompensé par un cri de plaisir de la foule.
— Comment allez-vous ?
La foule hurla et sauta en réponse à sa question.
Il rit doucement.
— Je suppose que ça veut dire bien, pas vrai ?
Il jeta un regard vers son batteur qui hocha la tête.
— Ouais, mec, admit Maxwell Grahm derrière la batterie.
— Eh bien, c’est parfait, alors… plaisanta Jackson en riant.
Avec des doigts tremblants, il commença à jouer l’intro familière du premier succès issu de son dernier album : Country Soul. La foule était en délire et les La foule était en délire et les briquets s’élevèrent instantanément dans les airs. Il se demanda qui avait lancé la tradition, mais il ne la remettait pas en question. Il continua simplement à jouer.
— Un amour comme celui-ci ne se trouve qu’une fois par lune bleue 1, chanta-t-il. Mais mon cœur, tu es ma lune bleue parce que tout ce dont j’ai besoin c’est de toi… seulement de toi, ma country soul.
Et à sa stupéfaction habituelle, le public chanta avec lui. Peu importe le nombre de fois où les gens l’avaient fait, ou combien de concerts et de spectacles il avait donnés dans sa vie, il était toujours surpris que tant de milliers de personnes connaissent les mots d’un morceau qu’il avait écrit… que tant de gens aient pris le temps d’y prêter attention et d’apprendre quelque chose qu’il avait mis dans sa création. L’adrénaline et l’angoisse remuaient en lui.
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