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Et comme ils ne pouvaient pas rester debout toute la nuit, ils s’assirent dans la boue. Tôt ou tard, la fatigue les aurait obligés à en venir là, et il valait mieux l’accepter tout de suite.
« Le brouillard tombera quand la nuit sera froide…» dit Raoul.
Personne ne releva cette remarque. Ils restèrent longtemps silencieux dans cette brume incolore, d’abord lumineuse, et qui, lentement, devenait de plus en plus sombre. Depuis la pluie, leur faim s’était réveillée. Marc se leva, alla couper quelques feuilles de cactus et revint s’asseoir. Ils s’occupèrent tous les trois à grignoter, dans l’obscurité presque complète, et le silence se prolongea.
Serge fut le premier à le rompre.
« Quand je pense que mon père m’attendait à Chicago…, dit-il. Il doit être fou d’inquiétude…»
Il avait parlé à voix basse, comme s’il se parlait à lui-même, comme s’il avait oublié la présence des deux autres.
« Tout le monde descend de l’avion, et je n’y suis pas…, dit-il encore. Il a perdu maman dans un accident d’auto, l’année passée… Si je disparais aussi, qu’est-ce que ça lui fera comme choc ! »
Il y eut un silence de quelques secondes.
« Nous, notre père devait aussi nous attendre à l’aéroport, dit Raoul. Et on devait rentrer en France tout de suite après. Il est chirurgien. Il ne peut pas s’absenter longtemps.
— Chirurgien ? » Serge comprenait maintenant pourquoi les deux frères étaient si bien au courant de certaines choses.
« On doit nous rechercher, dit Marc.
— Bien sûr, approuva Raoul. Nos places étaient retenues dans l’avion qui allait de Champaign à Chicago. Nous étions sur la liste des passagers…
— Et nous étions dans l’avion qui est arrivé à Champaign, enchaîna Marc. Donc on saura vite que c’est à Champaign que nous avons disparu.
— Et surtout, ajouta Raoul, on saura que nous avons disparu en même temps que les diamants.
— Donc, ils ont une piste », conclut Marc, d’un ton optimiste.
Serge réfléchissait, et il était loin d’être aussi rassuré que Marc. Les choses n’étaient pas si simples… Ce fut Raoul qui parla le premier, après un silence qui prouvait qu’il avait, lui aussi, réfléchi.
« Une piste… C’est facile à dire. Est-ce que c’est vraiment une piste ? Ils savent sûrement que Smithson nous a kidnappés, d’accord. Mais ils ne savent pas où il nous a déposés… C’est grand, l’Amérique. Ils peuvent nous chercher partout. Au Canada, dans l’Arizona, dans le Texas… Je ne veux pas te décourager, Marc, mais ils n’ont aucune piste…»
Marc ne répondit pas. Serge le regarda, mais l’obscurité l’empêcha de voir son visage. Il le devinait déçu. C’était inévitable.
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