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— Aristide, me dit-il, tu deviens un homme et…
— Je suis pas un homme !
— Tu deviens ! Et je ne veux pas discuter de cela. C’est comme ça, t’es bientôt un homme, comprends bien, Aristide. Je veux te parler parce que j’y vois pas clair. Y a Dieu qui bat les cartes à jouer dans ma tête. Ça va si vite que je pourrais dégueuler certains matins. Je crois que mon cerveau perd ses arêtes, fils. J’ai un secret et il tient dans une petite boîte sur ma langue. Faut que je le soulage sinon ça va me pourrir la vie là-haut.
— Pourquoi moi ? je lui dis en me mettant soudain à pleurer. Faut attendre maman !
— Non.
— Pourquoi moi ?
Je suis terrifié. Je veux qu’il ferme sa gueule ce mérou. Face à moi, au-dessus du buffet, accroché au mur, le cadre en fer rouge de Jésus et ses apôtres en relief se trouble sous mes larmes. Et toute cette flotte sortie de mes yeux tombe et roule à grosses gouttes sur mes genoux. J’ai jamais pleuré comme ça mais mon père, cet enculé, va tout de même me parler.
— Timo est là aussi ! je gueule. Cedar ! Cedar aussi va rentrer du collège ! On l’attend ! je lui crie en tentant de reprendre mon souffle. Je veux pas t’écouter tout seul, moi ! T’entends ? On attend maman ! J’arrive plus à respirer. Pourquoi moi ? je répète.
— Parce que t’es là, fait Carmélien en se frottant le côté du nez.
Je tourne doucement la tête vers lui et je regarde enfin mon père dans les yeux. Carmélien sourit doucement en me répétant : « Parce que t’es là, Aristide. Parce que t’es là. » Alors je l’écoute me cracher son putain de secret tandis que Timo, lui, joue au GI’s dans notre chambre. J’ai treize ans.
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