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C’est l’enterrement de son plus vieil ami, le bien fade Charlie Topping, qui semble déclencher la prise de conscience chez Andrew N. Dyer, grand écrivain new-yorkais, auteur d’une œuvre cultissime et toujours d’actualité.
Soudain saisi par l’imminence fatale de sa propre mort, Andrew décide de réunir ses fils adultes, avec qui le courant est devenu au mieux alternatif : Richard, l’ex-toxico exilé en Californie qui tente de se réparer en s’appliquant à jouer son rôle de père ; Jamie, l’extrémiste du cinéma-vérité aux motivations douteuses. Deux hommes manifestement en fuite – d’eux-mêmes au minimum. Mais surtout il y a le tout jeune Andy, dix-sept ans, le demi-frère. Dyer entend solennellement le “confier’’ aux deux “grands’’ qui le connaissent d’autant plus mal que sa naissance a en son temps brisé le couple parental. D’ailleurs Dyer a une confession à leur faire à tous, le genre qui, bien qu’indispensable pour se mettre en conformité avec la vérité, vous fait immanquablement passer pour un fou.
Et pour couronner le tout, l’histoire est racontée par Philip Topping, fils de l’ami mort, de toute éternité relégué au seuil de la famille Dyer – comme un joueur remplaçant qui observerait la vie depuis le banc de touche ; qui tenterait de glisser ses propres tragédies dans la lumière des premiers rôles.
Sur cette base somme toute familière, David Gilbert déploie un grand roman familial furieusement new-yorkais, d’une puissance et d’une force d’attraction rares. Il y est bien évidemment question de transmission et d’amitié, du sens de la vie et des tortures de la création, des masques de la vérité et de notre insatiable besoin d’éternité. Entre émerveillement pas dupe et ironie complice, entre acidité et émotion, et au-delà d’une magistrale réflexion sur l’usage de la réalité dans la fiction, l’auteur y interroge l’élasticité des liens, l’endurance des faibles et la ténacité des rêves.
Avec son audace assumée et sa maestria jubilatoire, & Fils a la qualité du classique instantané – et sa lecture fait l’effet de retrouvailles trop longtemps repoussées.
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