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C’est trop pour moi, il faut que je m’en aille. Je sors aussi discrètement que possible et ferme la porte derrière moi. Une fois dehors, je m’assois sur les marches et je fais ce que je n’ai pas fait depuis plus d’un an. Je pleure. Je fais sortir tout ce que j’ai à l’intérieur et ça fait autant de bien que ça me déchire. Parce que je sais maintenant que malgré tous ses efforts elle n’arrivera jamais à oublier que je suis la raison pour laquelle elle a perdu ses parents.
Je me relève aussitôt et me mets à marcher. Je ne sais pas où je vais et je m’en fous. Il faut juste que je m’éloigne, que je m’éloigne d’elle, pour son propre bien. Je l’aime trop pour lui imposer ma présence. Et c’est quand je comprends où mes pas me mènent que je m’en rends compte. J’aime Arielle Collins. Je l’aime de tout mon être et je ne veux plus jamais lui faire de mal. Et si ça veut dire que je dois me tenir loin d’elle, alors qu’il en soit ainsi. Un jour, elle trouvera quelqu’un qui saura l’aimer comme elle le mérite, quelqu’un qui ne sera pas déjà cassé, comme moi.
Le parc. Ce parc où nous avons passé des heures à nous réchauffer mutuellement pendant qu’elle me racontait ses projets pour l’année prochaine ou que je lui expliquais ce qui m’avait poussé à fuir Los Angeles pour Chicago. Je me prends à imaginer pour la millième fois ce qui se serait passé si je n’avais pas été celui qui avait renversé ses parents. Si je n’avais pas bêtement pensé que j’aimais Ellie. Si notre rupture ne m’avait pas tant affecté. Si j’avais pris la bonne décision.
Je me dirige vers le banc, notre banc. Je balaye l’endroit des yeux pour l’imprimer mentalement. Soudain, mon sang ne fait qu’un tour, mes poings se serrent involontairement. Je sens cette colère familière revenir vers moi en courant. Je sens mes veines palpiter, signe que les ennuis commencent. Ces deux veines de chaque côté de mon crâne, qui descendent jusqu’à la hauteur de mes yeux. Une sensation bien trop familière reprend le dessus quand je remarque de loin que quelqu’un d’autre est assis à ma place. Et qu’il serre dans ses bras une fille qui le regarde comme s’il était le seul homme sur Terre. C’est comme ça que je veux qu’Arielle me voie, mais je sais que c’est impossible.
Cet endroit est notre endroit, à nous deux. Et ces deux idiots. Sont. Assis. À. Notre. Place.
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