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Le soir ainsi que le lundi – notre jour hebdomadaire de fermeture – je ne voyais pour ainsi dire personne, de même que les jours de pluie, quand les marcheurs étaient rares à s’aventurer sur les crêtes. J’étais alors seul, mais cette solitude était d’une autre nature que celle qui m’étreignait à Lausanne. En plaine, j’étais toujours entouré – collègues, voisins, passagers du métro, passants dans la rue, sans parler des femmes que je fréquentais – et j’étais pourtant autrement plus isolé. Cette sensation si particulière d’être coupé du monde en y étant pourtant immergé, cette sorte d’enceinte qui semblait devoir me rendre invisible et inaccessible aux autres avait en grande partie disparu. Il y avait bien sûr ce silence, ces pièces vides, ces murs éboulés de pierres sèches à l’orée des bois, mais tout cela allait de soi. Il fallait que cela soit. Plutôt que de m’atteindre, ce confinement me régénérait.
Afficher en entierQuitter Lausanne, cette ville qui avait exercé sur l’adolescent que j’avais été une telle attraction et qui me semblait désormais à la fois trop grande et trop petite – c’est-à-dire essentiellement moyenne – trop développée déjà pour qui recherche la solitude et la tranquillité, trop étriquée pour celui qui veut connaître l’excitation et la clameur des métropoles et des ports, ou seulement expérimenter le voile rassurant de l’anonymat. Cette ville, cette sorte de compromis helvétique réellement existant, insatisfaisant comme toutes les demi-mesures, je devais l’abandonner.
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