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Tom s’était imaginé que le trajet jusqu‘à la rivière serait une opération top secret, que leur équipage emprunterait des petites rues plus ou moins bien famées, et que de temps à autre ils s’éclipseraient en toute hâte dans des voies sans issue. Pour ce qui était de l’itinéraire, il avait vu juste. Les rues où ils choisirent de passer devenaient de plus en plus étroites et sombres, constata le jeune garçon, qui filait à toute allure sur les talons de Twist. Mais à aucun moment, une fois qu’ils eurent quitté le quartier de Smithfield, ils n’allèrent précipitamment se mettre hors de la vue des curieux. Pas la moindre tentative pour que tout s’accomplisse dans le secret, ce qui l’étonna fort. La chaise à porteurs avançait vite. Trop vite...
Afficher en entierJ’ai fait un p’tit brin d’causette au Géant, pis qu’ici y a personne de vivant pour m’tenir compagnie. Géant, qu’j’y ai dit, toi et moi, tu verras, ça va aller ! Cett’nuit, on renf chez nous tous les deux. Toi t’iras à c’f endroit qu‘y connaît Twist – là-bas, sous l’eau, où qu‘les voleurs de cadav’y pourront pas t’mett’la main d’sus. Et pis moi... J’sais pas... J’sais pas où j’vais aller, mais j’ai dans l’idée que j’vais pas r’tourner avec ‘Is Nibs, en tout cas. J’ai comme l’impression que çui-là, je l’verrai plus, c’démon ! Non, et j’les verrai pus non plus, ces beaux messieurs qu‘ont la vérole.
Afficher en entierC’est alors que la porte pivota sur ses gonds, livrant passage à une ombre – coiffée d’un couvre-chef noir, le torse massif, et aussi inflexible qu’un bourreau s’apprêtant à exécuter un condamné – une ombre, donc, qui franchit la faille pesamment.
Durant une ou deux secondes, l’ombre demeura aussi immobile qu’une statue de pierre. ‘Is Nibs s’avança légèrement vers elle en se propulsant sur le derrière, et s’efforça de distinguer quelque chose à travers ses mèches de cheveux dégoulinantes. Qui était-ce ? Qui était là ? L’ombre menaçante grandit de plus en plus, sur le sol et sur le mur, tant et si bien que ‘Is Nibs avait l’impression qu’elle occupait tout l’espace.
Afficher en entierEmpoignant son crochet et son pied-de-biche, il se penche sur l’ouverture ménagée dans la tombe, avec le calme et le naturel d’un paysan qui vérifie s’il ne reste pas de pommes de terre dans un sillon. Lentement, avec précaution, comme s’il avait toute la vie devant lui, il fait descendre à la verticale d’abord le pied-de-biche, puis le crochet. Les deux outils atteignent leur but du premier coup, et s’insinuent avec une remarquable précision sous le rebord du couvercle du cercueil.
Afficher en entierLa Central Line était poussive en diable, mais il s’en fichait éperdument. En tout cas, une chose était sûre, il n’avait pas à craindre que l’escalator ne lui rôtisse la plante des pieds ! Au moins, ici, il pouvait s’asseoir tranquillement dans la rame, en sachant qu’il ne risquait absolument rien, sinon peut-être de se retrouver avec un chewing-gum collé sur le derrière. Au moins, il était dans son temps à lui, et il avait tous ses repères. Les passagers assis en face de lui regardaient droit devant eux comme s’il était parfaitement transparent, mais il savait que c’était le comportement normal des gens, dans le métro. Pas question de croiser le regard d’autrui, ou d’échanger un petit mot avec son voisin. C’était ça, le Londres des temps modernes. Il fallait s’y faire...
Afficher en entierUn héros, cet homme..., songea-t-il. Thomas Simpson était un héros. Un homme dont les yeux n’avaient rien de particulier, sans doute, et qui devait avoir bon caractère. Le jeune garçon aurait parié que personne n’avait eu l’idée de brûler ses affaires, à cet homme-là. Il aurait parié que toutes ses possessions étaient revenues après sa mort à ses enfants, aux enfants de ses enfants, peut-être même à ses arrière-petits-enfants. Soudain submergé par un profond sentiment de dépression, il fit sans entrain le tour de l’allée circulaire et alla s’asseoir sur un banc. Adossé aux lattes de bois qui avaient conservé un peu de la chaleur de la journée, il ouvrit l’Histoire de la Foire de la Saint-Bartholomew. Le texte commençait ainsi :
Afficher en entierOn étouffait, dans cette baraque ; il y régnait une atmosphère bizarre – et ça ne sentait pas la rose, mais Tom se souciait de ces détails comme d’une guigne, infiniment soulagé qu’il était d’avoir réussi à semer Spune et sa meute de chiens enragés. Les tremblements nerveux de ses jambes se calmèrent au bout de quelques minutes. Mais il lui fallut un peu plus longtemps pour être vraiment certain que personne ne l’avait vu se glisser ici, que personne n’allait entrer comme un ouragan en soulevant l’auvent, avec la ferme intention de le rosser d’importance à coups de gourdin, ou de trancher d’un coup sec à l’aide d’un couteau les ficelles qui retenaient les précieux sacs.
Afficher en entierCelui qui figurait sur la troisième et dernière photo n’était pas difficile à identifier ! Tom sourit, non sans un certain sentiment de gêne, en voyant son propre visage lorsqu’il avait neuf ans. Il avait l’impression d’examiner le visage d’un jeune frère. À l’époque, ses joues étaient plus rondes, ses cheveux plus courts, et il était coiffé à la diable. Mignon comme tout, n’empêche, se dit-il — « un adorable p’tit bonhomme... » Ses yeux n’avaient pas changé, ça c’était sûr. Depuis qu’il était tout petit, il était habitué à ce que les gens – les femmes, surtout... — s’extasient sur ses beaux yeux bleus. C’était d’ailleurs embarrassant, à la longue. Il se demanda soudain si Astra trouverait qu’il avait de beaux yeux – si elle les voyait – mais cette pensée-là, il l’écarta immédiatement.
Afficher en entierEn proie à une grande agitation, il laisse tomber sa plume et traverse la pièce à grandes enjambées pour aller se poster près d’une petite fenêtre carrée qui donne sur Cock Lane et sur la taverne Fortune of War. Le jour va bientôt se lever, et la foule des badauds a commencé à se disperser, mais, même à cette heure, la rue demeure fréquentée par force mendiants, ivrognes et femmes de mauvaise vie.
Afficher en entierMalachi Twist se mit à arpenter la pièce de long en large. Les pans de sa jaquette usée jusqu’à la corde frôlaient dangereusement la flamme des bougies, et les os de ses pieds grinçaient. Il se passa rapidement la main dans les cheveux pour mettre de l’ordre dans les quelques mèches qui ornaient son crâne dégarni, puis il pivota soudain sur les talons pour se trouver face à Tom, les bras étendus et les doigts joints, comme pour demander grâce, et déclara :
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