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Je sais ce qu’il en coûte à un travailleur d’acquérir le savoir. J’en ai payé le prix avec ma chair et mon sang, en me privant de nourriture et de sommeil, en mettant en jeu ma santé, ma vie presque. Alors, lorsque je viens vous parler d’espérance et de liberté, faire miroiter devant vous ce monde nouveau qu’il vous faut créer de toutes pièces, cette nouvelle organisation du travail qu’il faut avoir l’audace d’imaginer, je ne suis pas surpris de vous trouver terre à terre et matérialistes, apathiques et incrédules.
Afficher en entierSi je résiste au découragement, c’est que je sais ce que vous avez enduré ; j’ai connu le fouet cuisant de la misère, le mépris cinglant des maîtres, « la morgue du fonctionnaire et toutes les rebuffades ». Mais j’ai la certitude que parmi vous qui êtes là ce soir, si nombreux que vous soyez à avoir sombré dans l’abrutissement et l’indifférence, à être venus par simple curiosité ou pour me tourner en ridicule, il y aura au moins un homme que le chagrin et la souffrance auront poussé à bout, à qui la soudaine révélation des injustices et des horreurs du monde aura fait dresser l’oreille.
Afficher en entierSi le gouvernement opprimait le corps des salariés, la Religion, elle, opprimait leur âme et empoisonnait à sa source le fleuve du Progrès. Elle demandait à l’ouvrier de placer ses espoirs dans une vie future, pendant qu’ici-bas on lui faisait les poches et on lui inculquait toutes les fausses vertus prônées par le capitalisme : frugalité, humilité, obéissance. Le sort de l’humanité se jouait là, dans l’ultime corps à corps entre l’Internationale Rouge du Socialisme et l’Internationale Noire de l’Église Catholique, tandis qu’ici, aux États-Unis, « régnaient les ténèbres insondables de l’Évangélisme américain… »
Afficher en entierSi nous sommes la plus grande nation qui ait jamais existé sous le soleil, c’est avant tout, semble-t-il, parce que nous avons réussi à susciter cette frénésie du travail chez nos salariés ! Nous possédons bien sûr d’autres raisons de nous glorifier, comme par exemple notre consommation d’alcool qui atteint une valeur annuelle d’un milliard deux cent cinquante millions de dollars et qui double tous les dix ans.
Afficher en entierDorénavant, il serait un homme libre. Il allait briser ses chaînes, faire front, se battre. Désormais, il allait se soucier de lui-même, lutter pour son propre compte contre ce monde qui l’avait leurré et maltraité !
Afficher en entierPour garder la cadence imposée, on devait mobiliser l'ensemble de ses facultés; dès l'instant où le premier bœuf tombait et jusqu'au coup de sifflet de midi, puis de douze heure trente à Dieu sait quelle heure de l'après-midi ou du soir, jamais il n'y avait le moindre répit, ni pour la main, ni pour l’œil, ni pour l'esprit.[...] Si un ouvrier n'arrivait pas à suivre, il y en avait des centaines d'autres sur le pavé qui ne demandaient qu'à s'essayer.
Afficher en entierL’Amérique, à la différence de la Russie, jouissait d’un régime qu’on appelait démocratique. Afin de pouvoir gouverner et avoir les mains libres pour organiser toutes sortes de combines lucratives, les dirigeants devaient d’abord se faire élire. Il existait deux groupes rivaux de corrupteurs, connus sous le nom de « partis politiques ». Celui des deux qui achetaient le plus de voix accédait au pouvoir.
Afficher en entierDe la même façon que dans la nature, depuis l’origine des temps, la gélinotte prend la couleur des feuilles mortes en automne et celle de la neige en hiver ou que le caméléon passe du noir au vert selon qu’il se déplace sur un tronc ou sur du feuillage, les hommes et les femmes de cet atelier en arrivaient à se confondre par la teinte avec les « saucisses fraîches paysannes » qu’ils fabriquaient.
Afficher en entierC'est cette nuance-là qui fait tourner le monde. La vesejila est une coutume qui a traversé les âges. Elle a une signification profonde : on peut supporter de vivre dans une caverne, en contemplant les ombres, pourvu qu'une fois dans son existence, on puisse briser ses chaînes, sentir ses ailes pousser, voir le soleil ; pourvu qu'une fois, au moins, on puisse proclamer qu'après tout, la vie, malgré ses soucis et ses terreurs, n'est pas affaire si sérieuse ni si grave, n'est rien qu'une bulle à la surface d'une rivière, une petite balle dorée qu'on lance en l'air à la façon des jongleurs, un verre de vin vieux qu'on avale d'un trait. S'étant un jour senti le maître des choses, l'homme peut reprendre son labeur et vivre sur ce souvenir jusqu'à la fin de ses jours.
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