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En secret, j'espère un dénouement où je serai en règle avec les êtres qui peuplent mes calepins, où je serai libérée de mes obligations envers les hommes et les mouettes. Oui, je rêve d'une fin heureuse. Pour les histoires vraies et celles que je feins.
Afficher en entier(...) chacun de nous constitue un organisme en suspension dans l'eau, à attendre que cela passe, l'amour comme le reste.
Afficher en entierLe matin imprégnait doucement la nuit, je réfléchissais de plus belle. La lagune était privée d’oxygène, et moi, par la loi biologique qui nous gouverne tous, je restais condamnée à entretenir la circulation d’un air incendié dans mes poumons.
Je relisais mes carnets de notes pour y trouver un peu de souffle.
Quand François m’autorise à l’accompagner à la pêche, il me délivre toujours le même enseignement : « Ma fille, du milieu de l’étang, je constate que le mouvement des vivants est un courant très ancien, et surtout très strict sur un chapitre : tous ses membres doivent respirer. S’ils se retiennent, ils sont aussitôt excommuniés. »
Abstraction faite de notre appartenance au genre humain, François et moi n’avons aucun lien de parenté. Je l’avais rencontré lors de mon installation dans le village, au détour d’une rue où je m’étais égarée. Parce que je lui avais demandé mon chemin en souriant, il s’était institué mon guide :
— Si vous le voulez bien, je vous instruirai des choses et des êtres du coin.
J’avais accepté.
— Sachez d’abord que, sur le port, toutes les rues sont parallèles. Excepté les deux voies principales, qui sont perpendiculaires aux secondaires, mais évidemment parallèles entre elles. Vous me suivez ?
J’avais jeté un coup d’œil aux maisons, indistinctes les unes des autres, abritant les mêmes vies de pêcheur, les murs auréolés de salpêtre, les racleurs de boue boulonnés au seuil des portes.
— Croyez-moi, vous ne serez plus jamais perdue.
François avait-il perçu quelque chose en moi qui relevait de l’exil ?
La nuit n’allait plus tarder à se changer en aube, la chaleur redoublait d’intensité, laissant libre cours au coquillage moribond : ça puait. J’avais ouvert la fenêtre de ma chambre afin de créer un courant d’air. À la surface de l’étang, rien ne bougeait. Dans les profondeurs, la situation devait être pire. Fallait-il se ronger les sangs ? Un temps précieux avait été perdu à ne pas rebrousser chemin, à refuser de croire que d’ici demain nous n’habiterions plus à l’adresse indiquée. Le poisson volant avait battu de l’aile, nous avions tous remarqué son décrochage, mais par ferveur maladive, à la limite morbide, nous avions décidé que notre bonne étoile brillait encore. Chaque année, le record de jours d’ensoleillement est battu.
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