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Personne ne dit le moindre mot, nous ne faisions que rire ou crier, et aussitôt nous commençâmes tous à participer au jeu des poussées, des chutes, une fois par terre nous nous relevions pour recommencer à nous écrouler, nous marchions à quatre pattes, en tendant la main nous heurtions une tête, un dos, une poitrine, nous poussions, étions poussés, nous tombions sur ceux qui étaient déjà tombés, les rires faisaient taire les plaintes, si quelqu’un cherchait refuge dans un fauteuil il y trouvait un occupant, un, plusieurs, impossible de savoir combien dans cette confusion de bras, de jambes, de têtes entassées qui changeaient de place dans l’étroit quadrilatère délimité par les divans.
Afficher en entierQuelqu’un allume un briquet, son visage paraît, monstrueux, au-dessus de la flamme, jusqu’à ce qu’un autre lui fasse sauter son briquet d’un revers de la main : éteins ça, restons plutôt dans le noir.
Dès lors, nous ne fîmes plus que deviner des déplacements de volumes, nous entendîmes le bruit des bouteilles vides provoqué par le faux pas de quelqu’un, les rires des autres, c’est notre mémoire qui allume une fausse lumière pour éclairer ce que chacun se rappelle comme s’il l’avait vu, alors qu’en fait tout n’était qu’ombres qui se secouaient.
Afficher en entierAu fond, sur le divan de l’angle le plus proche de l’escalier, presque dans la pénombre, tu peux voir deux couples qui s’étaient déjà écartés du groupe et se dévoraient de façon symétrique, chacun à l’une des extrémités du divan. Nous ne distinguons pas bien de qui il s’agit, mais peu importe, ce pourrait être n’importe lesquels d’entre nous, à l’époque les appa- riements étaient versatiles. Tout à coup, comme dans un clin d’œil simultané, nous fûmes dans le noir, la musique cessa. L’invisibilité n’était pas complète, note bien, rien à voir avec le noir qui règne ici dedans : par les fentes de la persienne entrait un peu de clarté, faible mais suffisante pour distinguer nos formes réparties dans la salle, noires silhouettes qui commencèrent à rire, à crier, à siffler, jusqu’au moment où quelqu’un ouvrit la porte, où nous sortîmes dans la rue pour constater que nous n’étions pas les seuls à n’avoir plus d’électricité.
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