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Extrait

Extrait ajouté par Bibounine 2023-10-27T16:20:45+02:00

Eté 2019 : Quand vient la pluie en plein été.

10h30, le 31 juillet 2019.

Montpellier, rond-point du Prés d’Arènes, je roule sans réfléchir en direction de la côte. Je suis censée commencer à midi mais je suis partie plus tôt. Je n’arrivais plus à tenir en place. Je ne pouvais plus être dans cette maison où il se trouvait tranquille, en train de dormir. C’était dans ma maison pourtant, mais j’étouffais. Il fallait que je parte.

La seule pointe de réflexion qui me reste est celle qui m’aide à respecter les limitations de vitesse. Alors que la seule envie que j’arrive à ressentir à ce moment précis, est d’appuyer sur l’accélérateur et dépasser largement les 200 kilomètres heure. Comme si la vitesse enlèverait mon chagrin. Je roule, je fume et je pleure à chaudes larmes.

Je savais depuis toujours que j’aimais un salaud. Maintenant il n’y a plus de doute. Je voulais des preuves et de quoi me dégoûter de lui. J’ai eu ce qu’il me fallait.

Il y a deux mois, j’ai réussi à le voir déverrouiller son téléphone et ce matin à l’aube, ma patience a enfin été récompensée.

Quatre petits chiffres pour ouvrir le Saint Graal. Je suis restée dessus 20 longues minutes.

Tellement choquée par ce que je découvrais, je n’ai même pas remarqué la batterie qui clignotait. Une heure de plus à regarder toute cette perversion aurait

été de trop de toute façon. D’y repenser me fait perdre le peu de souffle que j’ai.

Mon cœur bat si doucement, je me sens tomber dans le vide.

Il faut que j’en parle à quelqu’un, je ne peux pas garder ça pour moi.

Ma mère ? Non pas maintenant, je ne veux pas l’inquiéter. Elle va réagir à l’almodovarienne. Dans deux heures, je vais la trouver ici avec toutes mes tantes espagnoles.

Mon choix s’arrête sur Marie.

Elle est venue il y a tout juste une semaine. Alors oui, entre toutes, c’est elle que je choisis.

— Allô ma poooooouuuuuule, ça va ou quoiiiiiii ?

— Non, pas du tout, ma poulette.

Et là, les larmes coulèrent plus fort et mon chagrin éclata. Enfin, je me suis permise de libérer un peu cette douleur qui s’était plantée au plus profond de mon cœur, trois heures avant.

— Ma doudou, mais que se passe-t-il, ma chérie ? Respire. Qu’est-ce qu’il y a ?

— Ça y est ma poule, j’ai enfin la preuve. J’ai fouillé son téléphone. Il ne parle pas à une ou deux meufs, comme je le soupçonnais, mais à une cinquantaine.

— Mais nonnnnnn.

— Si, ma caille, j’ai halluciné. Je n’en reviens pas. Je suis sous le choc. J’ai regardé toutes les conversations. J’ai tout photographié parce qu’en plus, il serait capable de retourner la situation comme il le fait si bien depuis deux ans.

Il y a tous les âges, tous les styles. Il y en a certaines avec qui il entretient des relations depuis le début de notre histoire.

— Mais ce n'est pas possible ma chérie. Je vous ai vu, il y a quelques jours à peine. Il t’aime ce mec, ça se voit comme le nez au milieu de la figure. Ho, je suis dégoutée pour toi ma douce. Tu ne mérites tellement pas ça. Tu as toujours

été au top avec lui.

— J’ai toujours eu des doutes. Déjà l’été dernier avec son club de plage de merde et toutes ces nanas qui gravitaient autour, j’aurais dû partir en courant. Et je suis restée comme une idiote, persuadée que cette histoire donnerait quelque chose avec le temps. Foutaises !

— C’est vrai que tu l’as toujours soupçonné mais je pensais que c’était du passé. Quel con ! Il le regrettera, tu sais ma chérie.

— Peut-être, mais là en attendant ma Marie, c’est moi qui suis au fond du seau. Je ne comprends pas ce qui m’arrive. Je pensais qu’il m’aimait. Je n’en peux plus car je galère avec cette relation depuis des mois à me raccrocher au moindre de ses “je t’aime” parce que je voulais qu’il soit l’homme de ma vie.

Qu’il soit revenu me chercher 17 ans après m’a fait croire qu’il était mon fil rouge. Je suis perdue ma poulette et si triste surtout.

— Oh ma chérie, ça me fait mal de t’entendre pleurer comme ça. Je ne peux rien faire, je me sens tellement impuissante. En plus, je suis à l’aéroport avec

Aurélie, on s’envole dans une heure maxi pour notre stage de jeûne, yoga et détox. Tu te souviens du stage en Californie dont je t’avais parlé. J’ai acheté tout

ça il y a six mois. Je ne peux rien annuler. Pas comme ça. Pas à la dernière minute. Et le pire c’est qu’on doit couper le téléphone en arrivant et on ne le rallume qu’à la fin de la session qui va durer deux semaines ! Tu ne pourras même pas m’appeler. Je suis désespérée de ne pas pouvoir être à tes côtés alors que tu en as besoin.

— Mais non, ne t’en fais pas, je vais faire aller et puis je vais bien finir par rebondir. J’ai ma famille et quelques amis. On se verra à ton retour.

— Promets-moi que tu vas prendre soin de toi, tu as beaucoup travaillé ces derniers temps et puis tu as beaucoup maigri à cause de toute cette histoire.

— Je te le promets. De toute façon, je me dois d’être en forme pour le retour des enfants et la rentrée. Je vais y arriver.

— Arrête avec tes : je vais y arriver. Tu prends sur toi pour tout. Tu portes tout et tout le monde à bout de bras et tu vas finir par céder ma belle.

— Non je ne céderai pas, je suis comme les roseaux, je plie mais je ne casse pas.

— Écoute ma poule, tu sais quoi, je suis de retour le 15 août. Tu me laisses deux jours pour le décalage horaire et le temps que j’aille voir mes gosses chez ma mère. Ensuite, on part toutes les deux, cinq jours. On va où tu veux, je te laisse t’occuper de tout, je te fais confiance. Tu réserves et je te rembourse à mon arrivée, ok ? Tu veux aller où ?

— Je ne sais pas. Tu es sûre de toi ? Tu devais passer du temps en famille. Et tes gosses ?

— Ma mère je la vois depuis 44 ans et mes gosses ne sont pas à trois jours près ok ? ! De plus, tu es ma famille aussi, celle que je me suis choisie. Alors, on part où ?

— En Sicile. À Marettimo précisément.

— Ok. Je dois raccrocher. On embarque.

— D’accord, profite à fond, ça va te faire beaucoup de bien. Et ne t’en fais pas pour moi.

— Et toi, prends soin de toi surtout. Promets-moi que tu vas faire attention à toi.

— Je te le promets. Je t’embrasse ma Marie. Je t’aime.

— Je t’aime aussi.

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