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Résumé
es affaires politico-financières, après un long règne du silence sur le rôle de l’argent, ont stimulé la curiosité de journalistes dits d’investigation. Sous la pression de l’opinion, les dirigeants ont légiféré pour imposer la transparence et l’égalité des chances électorales. Puis des enquêtes scientifiques ont été menées sur les politiques publiques, sur les réformes là où elles ont eu lieu, sur leurs effets là où ils ont été observables, et sur les transformations des stratégies partidaires et électorales qui en ont procédé. En France, le politiste Éric Phélippeau a ainsi mené un travail au long cours sur le financement politique depuis 1988, quand la gauche au pouvoir, elle aussi touchée par les scandales, entama une réforme (1). Celle-ci, plusieurs fois remise sur l’ouvrage, et caractérisée par des difficultés de conception, détournée par les partis — imaginatifs en matière de pompes à finances —, aboutit néanmoins à une loi sur le financement public. Mais cela n’a pas imposé la transparence et l’honnêteté souhaitables.
Le casse-tête a d’autant plus de quoi décourager qu’il n’est pas spécifiquement français, comme le montre une vaste étude comparative dirigée par le même auteur et par l’Américain Jonathan Mendilow (2). Le Handbook of Political Party Funding (« Manuel du financement des partis politiques ») se révèle le plus ample inventaire des multiples systèmes de financement dans leurs aspects juridiques, mais aussi pratiques, grâce aux contributions de spécialistes de pays aux régimes très divers (Canada, États-Unis, Espagne, Corée du Sud, Taïwan, Chili, Afrique du Sud, Russie, etc.). Ils mettent en évidence une opacité quasi universelle et un curieux échec des réglementations, qu’il s’agisse de financements publics ou privés, sans parler des pratiques non légales qui perdurent, ou de la corruption massive. Il n’y a rien de réconfortant dans cette universalité, alors que toutes les études confirment la réalité des influences économiques sur les politiques publiques : lorsque les entreprises financent les partis, elles obtiennent des contreparties en matière de contrats ou de réglementations. À cet égard, la réforme du financement apparaît surtout comme un perpétuel défi : les solutions brillent le plus souvent par leur inanité, quand elles n’engendrent pas des effets pervers, tel un malin génie de la tricherie. En présentant un tel panorama, cet ouvrage collectif donne la mesure du chemin à parcourir.
Cela n’a pas découragé l’économiste Julia Cagé de mener une réflexion pragmatique fondée sur la comparaison entre quelques pays (3). Les démocraties ont une dimension ploutocratique forte, confirme l’auteure, qui relie l’intervention des grands intérêts économiques à l’inflexion libérale des programmes des partis de tous bords. Plus ou moins consciemment, ceux-ci éviteraient de s’aliéner leurs financeurs. Même si elle ne vaut pas causalité, la corrélation est troublante. Il faut cependant remarquer que l’inflexion vers le libéralisme pro-business existe tout autant dans les pays qui ont adopté un financement par l’État. Là, il faudrait mettre en cause la financiarisation des partis, sortes d’entreprises ordinaires avec leurs problèmes de trésorerie. Sans renoncer devant les échecs, l’économiste reprend l’idée d’une taxation citoyenne par une contribution fixe de 7 euros afin de permettre l’apparition de nouveaux acteurs politiques. Même modique, le recours à l’impôt risque de paraître à contre-temps...
Alain Garrigou dans Le Monde diplomatique de janvier 2019 : Professeur de science politique à l’université Paris-X-Nanterre, auteur de Les secrets de l’isoloir, Thierry Magnier, Paris, 2008, d’une Histoire sociale du suffrage universel en France, Paris, Seuil, 2002, et de l’essai Les Elites contre la République : Sciences Po et l’ENA, La Découverte, Paris, 2001.
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