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Mon pauvre ami ! te voilà condamné à passer quelques années de ta vie entre un tyran qui est quelquefois aimable et une victime qui ne l'est pas du tout !
Afficher en entier- Ainsi depuis trois ans vous passez vos journées dans un désœuvrement absolu?
- Point du tout ; j'ai toujours été occupé du matin au soir.
- Et à quoi donc ?
- A m'asseoir, à me lever, à me rasseoir, à me promener en long et en large dans ma chambre, à bayer aux corneilles, à compter les jointures de ces dalles et les tuiles du petit toit, à contempler le corbeau de fer et la gargouille qui le surmonte, à regarder cheminer les nuages dans le vague des airs, et puis à me coucher là, dans cet enfoncement de la muraille, à y demeurer immobile, les yeux fermés, ruminant l'énigme de ma destinée, me demandant ce que je puis avoir fait à Dieu pour qu'il me châtie si cruellement, me rappelant mes souffrances passées, savourant d'avance mes souffrances à venir, pleurant et rêvant, rêvant et pleurant, jusqu'à ce que de fatigue, de lassitude, d'épuisement, je finisse par m'endormir, ou bien qu'exaspéré par l'ennui, je descende en courant dans la loge d'Ivan, et que j'y exhale à pleine gorge mes mépris, mes fureurs et mon désespoir.
Afficher en entier- Ô le pauvre esprit, en dépit de sa sagesse ! interrompit le comte. En matière de vengeances, tu ne connais que le calicot et la cotonnade. Moi, je me plais à ourdir les miennes avec des fils d'or et de soie !
Afficher en entier- Vous piquez ma curiosité, repartit enfin M. Leminof après un silence ; ne me ferez-vous pas voir un jour vos marionnettes ?
- Impossible! répondit-il ; mon Polichinelle, mes Arlequins et mes Colombines sont si timides qu'ils ne consentiraient jamais à affronter le feu de vos regards. Sans avoir de griffes au bout des doigts, monsieur, vous me semblez peu complaisant pour l'imagination d'autrui, et à votre seule approche mes pauvres poupées risqueraient de demeurer court : elles savent bien que leur répertoire ne serait pas de votre goût ! »
Afficher en entier« Ah çà ! monsieur, dit le comte, de votre propre aveu, vous êtes un parfait égoïste. Votre grande affaire est de vivre, et de vivre pour vous !
- C'est à peu près cela, répondit Gilbert ; seulement j'évitais de prononcer le mot, il est un peu dur.... Ce n'est pas que je sois né égoïste, poursuivit-il ; mais je le suis devenu.
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