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Une mauvaise humeur qu’il passait, parfois, sur Carole. Oh, pas souvent, il était si peu là ! A cette époque, Charlie était toujours par monts et par vaux, en train de résoudre différents problèmes. Encore heureux qu’ils n’aient pas eu d’enfants, pensait-il. Carole, elle, ne le pensait plus qu’à moitié. Elle réalisa une fois de plus qu’ils vivaient dans des bulles séparées. Des mondes parallèles. Ils n’avaient plus le temps de se parler, d’être simplement ensemble, de partager leurs sentiments. Il avait son job, elle avait le sien, et entre ces deux pôles que restait-il? Pas grand-chose, quelques nuits dans le même lit, quelques sorties, quelques réceptions mondaines. Elle se demanda tout à coup si l’édifice qu’ils avaient cru bâtir existait vraiment ou si c’était une illusion. Elle ne trouva aucune réponse à la question qui la hantait : aimait-elle toujours Charlie ?…
Afficher en entierExactement comme au début. Mais tandis qu’il essayait de la convaincre, Carole avait seulement hoché la tête. Oh, non, avait-elle répondu à travers ses larmes, non, ça n’avait plus rien de drôle… Ils avaient pris des chemins séparés, avaient des besoins différents, voyaient, chacun de son côté, des gens que l’autre ne connaissait pas. Ils passaient le plus clair de leur temps loin l’un de l’autre. D’une certaine manière, ils étaient devenus adultes, avait-elle conclu, mais Charlie n’avait rien voulu entendre. Avec Simon, c’était autre chose. Elle qui avait tant apprécié les absences de son époux goûtait maintenant, jour après jour, la présence constante de son amant. Celui-ci prenait soin d’elle d’une manière particulière… Laquelle? avait voulu savoir Charlie mais, en dépit de ses efforts, Carole n’avait pas su trouver les termes adéquats… Comment mettre des mots sur des notions aussi abstraites que les rêves, les désirs, les sentiments? Tous ces petits détails qui vous font aimer quelqu’un envers et contre tout, à votre corps défendant ?
Afficher en entierAucun des deux ne reprochait à l’autre ses voyages. Leurs séparations rendaient au contraire leurs retrouvailles plus excitantes. Il adorait rentrer de l’étranger et la trouver là, allongée sur le canapé, un livre entre les mains, ou assoupie devant le feu de la cheminée. La plupart du temps, elle était encore au bureau lorsque son mari revenait de Bruxelles, de Milan, de Tokyo ou d’ailleurs. Mais une fois à la maison, elle ne pensait plus qu’à lui. Elle possédait l’art et la manière d’écarter tous les soucis extérieurs. Malgré sa fatigue. Elle ne lui faisait jamais sentir qu’il pouvait compter moins que son travail ; quand, parfois, un procès compliqué la préoccupait, elle n’en parlait pas. Elle donnait la priorité à Charlie… Charlie, qu’elle avait placé au centre de son univers. Pendant neuf ans. Neuf années merveilleuses. Et soudain, boum ! L’explosion ! Il avait l’impression que sa vie venait de s’arrêter.
Afficher en entierElle vint passer un long week-end en Angleterre, sans aucune intention d’y rester. Mais elle tomba amoureuse de Londres, puis de Charlie. Ici, c’était différent. Tellement plus romantique! Elle revint chaque fois qu’elle le put, pour des séjours de plus en plus prolongés. Ce fut la période la plus idyllique de leur vie. Ils allaient skier à Davos, à Gstaad ou à Saint-Moritz. Carole avait été dans une école suisse lorsque son père travaillait en France. Elle avait des amis un peu partout en Europe. Elle parlait français et allemand couramment, qualités très prisées sur la scène sociale de la City. Charlie l’adorait. Après six mois d’aller-retour, elle trouva un emploi dans la filiale londonienne d’un cabinet juridique américain. Ils achetèrent une vieille maison à Chelsea et s’y installèrent. Ils étaient follement épris l’un de l’autre. Et si heureux. Si gais.. Leur vie n’était qu’un tourbillon de sorties et de fêtes. Ils commençaient presque toujours leur soirée à l’Annabel’s avant de faire la tournée des boîtes, quand ils ne partaient pas à la découverte de ravissants petits restaurants et de night-clubs en dehors de la ville. C’était le paradis…
Afficher en entierParfois, il avait envie de hurler, d’assener un coup de poing dans un mur ou d’assommer quelqu’un. Bon sang, pourquoi lui avait-elle infligé cet affront ? Pourquoi ce type n’avait eu qu’à passer par là pour que la vie de Charlie et de Carole, leur amour, tout ce qu’ils avaient bâti ensemble, s’écroule comme un château de cartes ? Mais à qui la faute ? A Simon? N’y avait-il pas déjà une fissure dans leur couple ?
Afficher en entierAussi inconscient ? Croire au bonheur alors que, déjà, elle s’éloignait de lui ? Etait-ce arrivé brusquement ou leur merveilleuse entente n’avait-elle été qu’un leurre depuis le début ? Il avait vécu dans la réconfortante conviction d’un bien-être parfait, d’une félicité sans défaut… jusqu’à la fin brutale… jusqu’à l’année dernière… jusqu’à Simon… Fallait-il être stupide! Oui, complètement idiot pour voyager de Tokyo à Milan, et signer des contrats de construction mirifiques, tandis que Carole sillonnait l’Europe pour représenter les clients de son cabinet d’avocats. Le travail.
Afficher en entierIl passa au guichet d’enregistrement, puis dans le salon des premières classes où il constata avec satisfaction qu’il ne connaissait personne. Il avait une bonne heure d’attente devant lui mais il avait emporté des dossiers qu’il se mit à étudier jusqu’à ce que son vol fût annoncé. A bord de l’appareil, les hôtesses qui lui indiquèrent sa place remarquè-rent tout de suite son physique agréable : grand, athlétique, avec des cheveux châtains et de beaux yeux bruns… L’une d’elles nota aussi qu’aucune alliance ne brillait à son annulaire. Mais il s’avança sans la voir et s’assit près du hublot, le regard tourné vers le rideau de pluie.. Il lui était impossible d’échapper à ses souvenirs. Impossible de ne pas ruminer ce qui s’était passé, encore et encore, cherchant sans cesse la faille, la plaie secrète par laquelle les forces vives de leur amour s’étaient écoulées sournoisement, sans qu’ils s’en aperçoivent.
Afficher en entierMais le chauffeur ne pouvait pas le savoir. Lui ne voyait qu’un «gentleman» vêtu d’un costume impeccablement coupé sous un Burberry. Il avait un parapluie coûteux, un attaché-case au cuir un peu lustré, rempli de contrats et de documents. Pourtant, malgré son costume très « british », il n’avait pas l’air anglais. Il ressemblait à ce qu’il était réellement : un séduisant Américain, qui avait élu domicile en Europe. Il se sentait parfaitement à l’aise sur le vieux continent. Repartir le terrifiait. Il avait peine à s’imaginer à New York ; il devait s’y rendre par la force des choses. Mais de toute façon, vivre sans Carole n’avait plus de sens.
Afficher en entierSous la pluie battante de novembre, le taxi mit une éternité pour arriver à Heathrow. Il était dix heures du matin, mais il faisait si sombre que Charlie Waterston pouvait à peine distinguer les images familières de la cité qui défilaient à travers la vitre ruisselante. La tête appuyée contre le dossier, les yeux clos, il se sentait d’humeur aussi morose que le temps.
Afficher en entierElle n'aimait que les livres, les meubles et les objets dont elle avait la garde... parce que les livres et les objets sont neutres. Ils ne font pas souffrir
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