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Le feu claqua dans l’âtre.
Les pièces d’échecs restaient immobiles sur la table.
Axel fixait son père, le cœur battant, les mots encore suspendus dans l’air.
Il avait proposé d’aider. Un simple chariot.
Big John n’avait pas hésité.
— Non.
Axel sentit la chaleur lui monter au visage.
— C’est justement parce que tout le monde pense comme toi que rien ne change !
Le silence tomba.
Son père avança une pièce, sans lever les yeux.
— Les belles paroles ne remplissent pas les greniers.
Le feu crépita.
Personne ne bougea.
Puis Big John se leva.
Il tourna le dos, déjà ailleurs.
— Les rêves détruisent toujours des vies.
Afficher en entierLa Maison dormait.
Axel ouvrit les yeux dans le noir.
Pas réveillé. Pas endormi non plus.
Il pensa à la porte.
Pas pour sortir. Pour fuir.
Dans sa tête, tout se dessinait avec une précision parfaite. Les pas. Les planches à éviter. L’escalier. Le geste.
Il descendait sans bruit. Exactement.
Les images continuaient. Trop nettes. Trop froides.
Un outil devenait arme. Une chaise devenait lance. Une couverture pouvait étouffer un cri.
Axel détourna les yeux, comme si ces pensées venaient d’ailleurs.
Il se redressa brusquement dans son lit.
Son cœur battait trop vite.
Le matin, tout paraissait normal.
Sauf lui.
Une seule idée resta, gravée en lui :
Ce ne sont pas mes pensées.
Afficher en entierAxel s’arrêta, stupéfait, à l’entrée de l’écurie. Le seau lui échappa des mains dans un bruit sourd.
Devant lui, ils s’acharnaient sur Tempus comme une meute. Les coups pleuvaient.
— Arrêtez ! cria-t-il.
Le meneur se tourna vers lui.
— Dégage, gamin. C’est pas tes affaires.
Axel fit un pas. Son regard ne quittait pas la scène.
— C’est mon frère, je l’ai choisi.
Un rire sec.
— Impossible. Tu n’as pas de frère.
Axel serra les dents.
— J’ai juré de le défendre.
Quelque chose céda en lui.
Son visage se durcit. Ses muscles se tendirent. Sa main trouva le madrier posé contre le mur. Il le saisit comme s’il ne pesait rien.
Un sourire froid passa sur ses lèvres.
— C’est mon frère…
Il fit un pas.
— …et je vais tous vous tuer.
Afficher en entierIls s’assirent en cercle, sans que personne ne le propose. La forme s’imposa d’elle-même.
Un silence. Pas un vide. Un plein.
Axel sentit que c’était là. Le moment.
— J’ai quelque chose à dire, fit-il, la voix basse.
Les regards se tournèrent vers lui.
— Plus tard, on devra affronter des choses qui dépasseront nos bras, et peut-être nos têtes. Je le sais. J’ignore le nom de ces choses, mais je le sens. On peut vivre chacun de son côté, tirer sa journée, rentrer le soir. C’est une vie. Ou alors… on fait autre chose.
— Quoi ? demanda Maya doucement.
— On s’attache. Pas seulement par les rires, pas seulement par les regards. Par une idée. On se tient. On se porte. Et si on le fait assez longtemps, assez fort, on change le monde autour. Un peu. Puis davantage.
Un silence passa. Puis les voix s’élevèrent, une à une.
— Ce qui compte, dit Ford, c’est que chacun fasse sa part. Sans bruit.
— Ce qui compte, dit Radek, c’est qu’on ne lâche pas quand ça cogne.
— Ce qui compte, dit Xilia, c’est de ne pas perdre le sens. Si on oublie pourquoi, on se perd.
— Ce qui compte, dit Maya, c’est de ne pas se laisser voler la joie.
Axel les écouta, un par un.
Puis il hocha la tête.
— Alors on commence ici. Par des choses simples. On travaille mieux que les autres. On se tient debout quand ils se courbent. On parle quand il faut, pas avant.
Il marqua une pause.
— On n’est pas parfaits. On est ensemble.
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