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Tournant la tête vers le tribunal, La Péniche eut soudain, devant les yeux, une sorte d'abîme. Il songea que la justice, c'est l'art de dormir sans fermer les yeux.
Afficher en entierDans la salle d’audience correctionnelle du Palais de justice de Rouen, le spectacle commençait.
Tassés sur cinq rangs au fond de leurs sièges de bois comme dans les stalles de chœur d’une abbatiale, les curieux contemplaient, avides, le visage des condamnés. Ils scrutaient le facies renfrogné de la brute, l’air résigné du récidiviste, l’attitude gênée du délinquant occasionnel, figé de honte, les yeux éteints, parmi la pègre.
Les spectateurs étaient ravis. Leur regard trahissait un appétit satisfait, l’air réjoui du mélomane qui examine, l’un après l’autre, le visage de chaque musicien d’un orchestre avant l’attaque des premières mesures.
Le concert ici, c’est un invraisemblable récital de vies privées, d’histoires vécues, joyeuses, tristes ou sordides, étalées au grand jour. Les assistants pénètrent dans les voies les plus secrètes de chaque prévenu, se délectent des interrogatoires, des aveux, des indiscrétions, pendant que les puces de la salle d’audience se régalent du sang de la compagnie.
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