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Susie se détendit, plaçant une main sur l’épaule de son mari. Ils restèrent étendus ainsi, face à face, ni l’un ni l’autre pressé de bouger, accueillant simplement la journée ensemble.
Au petit-déjeuner, Susie eut l’impression qu’on ne voyait qu’elle. La salle était si silencieuse que même le tintement de leurs tasses semblait déranger profondément la paix ambiante. Ce qui les fit taire quelques minutes, mais ensuite l’excitation due aux vacances et aux préparatifs de leur aventure commune prit le dessus, et ils se remirent à bavarder avec animation. La journée semblait très claire à présent, et il y avait dans la salle à manger une grande baie vitrée qui mettait vraiment cette lumière en valeur. Susie se sentit heureuse d’être en vie, mariée et là avec son mari.
Afficher en entierL’impression de son rêve la submergea et elle frissonna. Il y avait eu quelque chose dans ce rêve, quelque chose de différent mais de difficile à définir. Elle avait déjà fait ce genre de rêves, et ils avaient souvent un sens. Mais celui-là n’était qu’un cauchemar ordinaire, décida-t-elle. Elle regarda la poitrine de son mari monter et descendre et éprouva un certain réconfort à voir ce mouvement se dessiner nettement sous les draps. Puis, comme par miracle, il s’éveilla tandis qu’elle l’observait.
Afficher en entierElle se souvint de la conversation qu’ils avaient eue la veille au soir à propos d’une excursion jusqu’au refuge. C’était une cabane de paysan au milieu de nulle part, un lieu où promeneurs et bergers pouvaient passer la nuit, que Martin avait visitée dans sa jeunesse pendant des vacances avec ses parents. Il disait maintenant qu’il avait essayé de la convaincre de s’y rendre lors de leur premier voyage à Fort William, mais qu’elle s’y était farouchement opposée. Elle ne se souvenait absolument pas de cela, mais elle ne discutait pas. Elle ignorait totalement pourquoi il était si avide de coucher à la dure dans une cabane, et ce n’était pas dans ses propres habitudes, mais elle était heureuse de lui faire plaisir. Ce serait une aventure, c’était l’objectif de leurs vacances.
Afficher en entierElle était brûlante de peur et ses bras lui faisaient mal.
Le réveil affichait sept heures cinq mais un peu de lumière filtrait déjà sous les rideaux, du fait du récent passage - une heure en moins - à l’heure de Greenwich. Elle se souvint que le jour de son mariage, dix ans plutôt, avait duré une heure de plus pour la même raison. Elle se tourna et vit Martin, encore profondément endormi, qui ronflait. Son air paisible et bienheureux lui parut impossible. Elle n’arrivait pas à croire qu’il ne soit pas attentif à ses terreurs, qu’il n’ait pas pris conscience que quelque chose n’allait pas et ne se soit pas éveillé pour la réconforter. Comment pouvait-il dormir à côté de quelqu’un, nuit après nuit, et ne pas être en contact avec l’âme de cette personne ? Elle était presque certaine qu’elle-même se serait réveillée en sursaut si la situation avait été inversée. Elle sortit du lit et enfila sa robe de chambre. Elle s’approcha de la fenêtre et jeta un œil dehors, prenant soin de ne pas trop écarter les rideaux par crainte de laisser entrer trop de lumière et de déranger son mari.
Afficher en entierTom remontait l’allée centrale dans le mauvais sens, en direction de Susie. Il parlait, des paroles confuses sortaient de sa bouche comme lorsqu’il était bouleversé. Sa femme était morte subitement, lui disait-il, mais il n’y avait pas de problème parce que le prêtre s’était montré très accommodant, vraiment, et s’était débrouillé pour organiser un enterrement à la place, n’était-ce pas aimable à lui ? Et vraiment, non, tout allait bien, parce qu’il fallait que ce soit fait, sa femme devait être enterrée si elle était morte, et c’était aimable au prêtre de les avoir casés de cette façon, et au moins tous leurs amis étaient présents. Sa bonne humeur était factice et vraiment dérangeante, le sourire d’un clown de film d’horreur.
Afficher en entierLa nuit de son arrivée à Fort William, Susie rêva de mariages.
Elle rêvait souvent de mariages. Surtout de son propre mariage dans la vaste et sombre cathédrale catholique, la robe blanche de haute couture qu’elle avait portée et l’unique rose blanche qu’elle avait eue entre les mains au lieu du traditionnel bouquet. Elle avait fait un rêve récurrent où les épines s’enfonçaient dans ses mains et où elle saignait jusqu’à ce que sa robe devienne rouge. Il y avait un autre cauchemar, qu’elle avait fait alors qu’elle était fiancée mais qui lui venait encore de temps en temps depuis toutes ces années, à propos de sa bague de fiançailles. Dans celui-là, les pierres se détachaient de sa bague et s’éparpillaient sur le sol. Elle se mettait à quatre pattes, cherchant du bout des doigts les diamants et les rubis, puis essayant de les remettre dans leurs emplacements, les voyant tomber et rebondir à nouveau sur le sol, devenant de plus en plus frénétique. Elle s’inquiétait toujours à l’idée que ces rêves pourraient représenter une sorte de présage. Elle croyait en ce genre de chose, même si Martin écartait tout cela et la trouvait plutôt ridicule.
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